Nuit de la Solidarité : des bénévoles dans les rues pour montrer le visage de la précarité à Paris

La 4e édition de la Nuit de la Solidarité a lieu ce jeudi 25 mars. 2 000 bénévoles vont sillonner les rues de Paris pour recenser les personnes sans-abri et leurs besoins pour ensuite mieux adapter les dispositifs d'aides.

2 000 bénévoles vont parcourir les rues de la capitale ce jeudi soir à Paris.
2 000 bénévoles vont parcourir les rues de la capitale ce jeudi soir à Paris. © GERARD JULIEN / AFP

A 21 ans, Bénédicte Lubangi Ndundu va faire sa première Nuit de la Solidarité et ne cache pas ses appréhensions. "J'ai un peu peur que l'on tombe sur des gens qui pensent qu'on leur veut du mal. Le fait qu'on soit en groupe, c'est rassurant, surtout que c'est la nuit", raconte-t-elle.

Cette Parisienne étudie les sciences sanitaires et sociales à la Sorbonne-Paris-Nord (Paris XIII) et souhaite se confronter à ce qu'elle apprend en cours : "On étudie les personnes en situation de précarité, ce qui concerne le social, mais on n'y est jamais confronté. Aujourd'hui, c'est devenu presque normal de voir des gens dans la rue, on n'y prête plus trop attention".

Car selon elle, ces personnes souffrent du regard porté sur eux. "On a des a priori. On se dit qu'ils ont eu des vices et que ce sont ces vices qui les ont amenés dans cette situation, comme la drogue, et qu'au fur et à mesure ils ont tout perdu. Mais on ne sait pas ce qui se cache derrière cette précarité", poursuit-elle.

Chaque année, environ 3 500 personnes recensées

Comme elle, 2 000 bénévoles vont arpenter les rues de la capitale un questionnaire à la main ce jeudi. L'objectif est ainsi d'aller à la rencontre des sans-abri, de les décompter et de comprendre leurs besoins.

"Cela nous a d'abord permis de mettre tout le monde d'accord sur un chiffre. Ensuite, chaque groupe est équipé d'un questionnaire d'une vingtaine de questions ce qui nous permet d'avoir un état des lieux de la situation sociale, sanitaire, psychique que nous rencontrons", explique Léa Filoche, adjointe (Génération·s) à la maire de Paris en charge des solidarités, de la lutte contre les inégalités et contre l’exclusion.

L'année dernière, ce sont 3 601 personnes qui ont ainsi été recensées. Ce chiffre, relativement stable depuis le début de l'opération, cache néanmoins des réalités jusqu'alors peu connues.

"Dès la première édition, nous avons découvert que 12% des publics étaient des femmes alors que jusque-là toutes les études les mettaient autour de 2%. Cela nous a fait réfléchir et nous avons pris des mesures pour avoir des espaces dédiés aux femmes à la rue que ce soient des lieux d'accueil de jour, des haltes de nuit ou des bains-douches qui leur sont réservés", indique cette élue.

Fragilité extrême face à la Covid-19

Des associations comme Aurore bénéficient aussi des retombées de cette étude grandeur nature. Perrine Dequecker, bénévole depuis la première édition et chargée de la communication de l'association, va diriger une équipe de 4 ou 5 personnes cette année.

Elle aussi a été surprise par le nombre de femmes à la rue. "Les femmes à la rue se cachent, elles sont complètement invisibilisées", analyse-t-elle. Plus récemment, elle a observé une évolution de la précarité.

"L'année dernière, il y a eu une grande détresse. J'ai vu des gens qui ne connaissaient même pas le 115. Certes, c'est compliqué, ils sont eux-mêmes submergés par la demande et ont du mal à répondre à tous les appels. Des gens ne savent pas non plus qu'il existe des dispositifs de jours", se souvient-elle.

Autre visage de la précarité qui l'a marquée, celui de jeunes migrants isolés. "Avec la Covid-19, nous allons apprendre d'autres choses sur leurs besoins, leur état de santé. Il va falloir les vacciner aussi", prévoit Perrine Dequecker. L'association Aurore a fait savoir aux autorités que ses personnels médicaux pourraient participer à cet élan.

Le questionnaire distribué aux équipes contient d'ailleurs quatre nouvelles questions concernant l'épidémie et l'impact sur ces personnes. "D'après de premières remontés, au final, peu sont positifs. Mais beaucoup d'entre eux ont des comorbidités qui font que les drames arrivent quasi systématiquement", affirme Léa Filoche.

Selon elle, ce faible nombre de contaminations s'élucide facilement : "La Covid-19 est une maladie du lien social. Ceux qui n'en ont pas sont isolés de tout."

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