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Paris : la fontaine de la Butte-aux-Cailles, un trésor d'eau !

" Il ne faut jamais dire : fontaine, je ne boirai pas de ton eau " ! Une expression que fait sienne la population de la Butte-aux-Cailles, du 13ème arrondissement de Paris... Et pour cause : sur la place de leur quartier coule une fontaine à l'eau d'une pureté inouïe.
Depuis des années, on se désaltère à la fontaine de la Butte-aux-Cailles, située sur la place Paul-Verlaine. Sur cette colline du 13ème arrondissement, la fontaine est alimentée depuis 1904 par un puits artésien. Les habitants de tout le quartier et souvent même au-delà viennent y faire leurs réserves en eau pure, remplissant bouteilles et bidons. Ici, l’eau qui jaillit des robinets en acier depuis 1904 est très âgée : elle est vieille de plusieurs dizaines de milliers d’années.

Une antériorité qui lui confère une double particularité : une forte teneur en fer et en fluor, mais aussi une quasi absence de trace de pollution générée par notre mode de vie. Pas ou très peu de trace des perturbateurs endocriniens, cette eau est un véritable un trésor. Surtout quand on sait que ces substances représentent environ la moitié des pesticides les plus présents dans les eaux qui proviennent du robinet.
 

Une quasi absence de perturbateurs endocriniens 

Les perturbateurs endocriniens sont des substances naturelles ou artificielles, étrangères à l’organisme, que l’on trouve dans de nombreux pesticides, plastiques, cosmétiques et conditionnements alimentaires. Ils peuvent interférer dans le système endocrinien et induire des effets néfastes sur l’organisme d’un être vivant ou de ses descendants. Ils peuvent être à l’origine de maladies comme le cancer du sein, l’infertilité, le diabète ou l’obésité.

Ces substances sont présentes dans ce qu’on boit, ce qu’on mange, ce qu’on respire ou ce qu’on se met sur la peau. En clair, nous sommes tous exposés

alerte Barbara Demeneix, endocrinologue au Muséum national d’histoire naturelle et auteure de l’ouvrage "le Cerveau endommagé - Comment la pollution altère notre intelligence et notre santé mentale" (Odile Jacob, 2016).

Parmi les pesticides perturbateurs endocriniens les plus fréquents, on trouve le glyphosate et l’atrazine. Classé «cancérigène probable» par le Centre international de recherche sur le cancer, le glyphosate (principe actif du Roundup de Monsanto) est l’herbicide le plus utilisé dans les champs en Europe. En conséquence, dans les rivières et les fleuves de France, il est celui que l’on observe le plus fréquemment. Malgré de virulentes oppositions, le glyphosate a été à nouveau autorisé en juin 2016 par la Commission européenne.


Un lieu de convivialité

 C'est un point d'eau qui est aussi un lieu de convivialité. Les habitués discutent et plaisantent tout en remplissant leurs bouteilles d'eau. Tous les jours, ils sont nombreux à venir se ravitailler en eau. Pour Hélène, "ce lieu est sympa et permet de rencontrer des gens". Elle traverse, toutes les semaines, le sud de la capitale pour profiter de cette eau pure.


Étanchez votre soif dans les rues de Paris depuis 1904 

La pureté de l'eau, c'est aussi l'attrait que Vinahoa trouve à cette fontaine. Lui travaille à proximité et vient régulièrement remplir ses bouteilles d'eau pour tous ses collègues de travail. 

L'histoire du lieu, c'est le dada de Giselle. Elle explique que l'installation des fontaines d'eau, à partir du début du 20ème siècle, a été un choix des municipalités pour pallier le manque d'eau courante dans de nombreux foyers parisiens. Jeannine relève aussi le côté économique de se fournir en eau gratuite et accessible de jour comme de nuit. 


Grenelle, Passy et Hébert sont les premiers puits artésiens construit à Paris

À la suite du forage réussi des puits artésiens de Grenelle, Passy et Hébert au cours du 19ème siècle, un puits artésien est envisagé sur la Butte-aux-Cailles afin d'alimenter le quartier en eau et de déverser le surplus dans la Bièvre, affluent de la Seine. Les travaux débutent le 28 août 1866. Ils sont sur le point de s'achever en 1872, lorsque le forage atteint les argiles coulantes du Gault, juste au-dessus de la nappe aquifère. Manquant d'argent, et assiégée lors de la Commune de Paris, la ville doit interrompre les travaux pendant une vingtaine d'années. Le forage reprend en 1893 et l'eau jaillit alors d'une profondeur de 582 mètres.


Une eau âgée de plusieurs dizaines de milliers d'années.

C'est à partir de 1924 que le puits alimente la piscine de la Butte-aux-Cailles située sur la même place. En 1994, la Ville de Paris confie à Eau de Paris la rénovation des différents puits artésiens. En 1999, la nouvelle fontaine est inaugurée. Le forage d'origine étant vétuste, un nouveau forage est réalisé en 2000, à 620 mètres de profondeur.

La nappe s'étendant sous le Bassin parisien à environ 600 mètres sous la surface est bloquée entre des argiles noires qui empêchent sa remontée. A cette profondeur, l'eau est soumise à une pression de 60 bars. Le principe d'un puits artésien consiste à forer jusqu'à la nappe, la pression qui y règne est suffisante pour faire remonter spontanément l'eau à la surface. Le volume de cette nappe est estimé à plus de 700 milliards de m³. L'eau qu'elle contient est âgée de plusieurs dizaines de milliers d'années.


La distribution de l'eau dans la capitale

Le réservoir de Montsouris (203.000 m³) alimente, à partir des eaux provenant des aqueducs de la Vanne et du Loing, les 1er, 2ème, 3ème, 4ème et 7ème arrondissements, et en partie les 5ème, 6ème, 8ème, 9ème, 10ème, 11ème, 12ème, 13ème, 14ème et 15ème arrondissements.

Les réservoirs de Ménilmontant et des Lilas, les réservoirs et cuves de Belleville et de Montmartre (300.000 m³) alimentent, à partir des eaux provenant de l'usine de Joinville, les 18ème, 19ème et 20ème arrondissements, et, en partie, les 9ème, 10ème, 11ème et 12ème arrondissements. Le réservoir de L’Hay-les-Roses (229.000 m3) alimente à partir des eaux provenant de l’usine d’Orly, une partie des 5ème, 6ème, 13ème, 14ème, 15ème et 16ème arrondissements.

Le réservoir de Saint-Cloud (355.000 m³) alimente, à partir des eaux provenant de l’aqueduc de l’Avre, le 17ème arrondissement, et en partie les 8ème, 16ème et 18ème arrondissements.

 
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