Paris : le Muséum national d'histoire naturelle en 10 questions

© J.Meunier MNHN
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Depuis son inauguration le 21 juillet 1898, le Muséum national d'histoire naturelle perpétue la volonté de médiation de la science auprès des générations successives de visiteurs. La rédaction vous propose un rapide survol de cette institution parisienne en 10 questions-réponses. C'est parti !

Par France Montagne

© J.Meunier MNHN
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  • Pourquoi parle-t-on de galerie ?

Le terme de galerie est utilisé pour désigner une salle aménagée pour la présentation de collections artistiques ou scientifiques. Le Muséum possède plusieurs galeries – la Grande Galerie de l’évolution, la galerie de Minéralogie et de Géologie, la galerie de Botanique. Chacune, possédant sa propre collection, est l’équivalent d’un musée spécialisé dans un domaine spécifique de l’histoire naturelle. Au Muséum, ce que l’on nomme la galerie de Paléontologie et d’Anatomie comparée correspond en réalité à deux galeries logées dans un même bâtiment.

© MNHN, JC.Domenech
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  • D’où viennent les squelettes exposés ?

Les collections de la galerie se sont constituées peu à peu depuis la création du Muséum au xviie siècle grâce à des dons, des legs ou des achats. Au cours des xviiie et xixe siècles, des voyages de découvertes sont organisés sous l’égide militaire, qui permettent de rapporter de nombreux animaux du monde entier – comme l’expédition d’Égypte menée en 1798 par Napoléon Bonaparte (1769-1821), qui se fit accompagner par plus de cent cinquante ingénieurs et savants réunis au sein d’une Commission des sciences et des arts. Ces équipées sont l’occasion de prélèvements d’espèces, rares ou ignorées, réservoirs de données botaniques, zoologiques et anthropologiques incomparables complétant les tableaux de classification. À la même époque, les saisies militaires sont aussi une source importante d’acquisitions. De nos jours, les spécimens qui entrent en collection proviennent le plus souvent d’animaux morts en captivité ou, pour les fossiles de paléontologie, de fouilles réalisées par les scientifiques du Muséum.

  • Est-ce que ce sont de vrais os ?

Tous les squelettes présentés dans la galerie d’Anatomie comparée sont de vrais os. L’os est un système vivant composé de matière organique (principalement de collagène) et de matière minérale (carbonate d’hydroxylapatite) qui lui donne sa résistance. Après la mort de l’animal, les composés organiques disparaissent peu à peu, seule la partie la plus compacte de l’os reste. Dans le sol, des minéraux pénètrent dans l’os compact et le modifient : c’est ainsi que les fossiles se forment. Mais si l’os est conservé à l’air libre, comme pour les squelettes de cette galerie, l’action des agents extérieurs est très faible et les ossements sont très peu modifiés. Ils peuvent donc se conserver très longtemps. Les plus vieux squelettes exposés dans la galerie sont les squelettes extraits de momies rapportées d’Égypte par Étienne Geoffroy Saint-Hilaire : ils ont près de 4 000 ans.
© MNHN, JC.Domenech
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  • Montre-moi ton squelette et je te dirai ce que tu manges !

Tous les aliments n’ont pas les mêmes propriétés nutritives : la viande concentre plus d’énergie que la salade. Un herbivore va donc passer plus de temps à manger qu’un carnivore : cela s’observe sur son squelette. Le cheval, qui broute souvent debout la tête en bas, a son squelette adapté à cette position : les pattes raides soutiennent sans effort le tronc rigide. La tête est supportée par de grands muscles et de longs ligaments fixés aux hautes vertèbres du garrot. Les mains et les pieds sont transformés, très allongés, le nombre d’os est réduit à un os canon et un doigt dont la dernière phalange forme le sabot : ces longues pattes permettent une fuite rapide.

Au contraire, le guépard, pour chasser, reste à l’affût, s’approche furtivement, avant de bondir sur sa proie. Il consacre près de deux heures à la manger avant une longue digestion. Un carnivore, à l’arrêt, est soit assis soit couché. Les pattes souples se plient au repos. Tout son corps est flexible et sa musculature permet une détente élastique de l’ensemble du squelette pendant la chasse. Les doigts des mains et des pieds, pourvus de griffes acérées, forment des armes puissantes.
© MNHN, A.Iatzoura
© MNHN, A.Iatzoura
  • Pourquoi tous ces bocaux dans les vitrines ?

Les parties molles d’un être vivant ne se conservent pas aussi facilement que ses os. Pour pouvoir les étudier aussi longtemps que nécessaire, les scientifiques doivent d’abord fixer la partie à conserver, c’est-à-dire arrêter le processus de décomposition, le plus souvent à l’aide d’une solution à base de formol. Puis le spécimen est transféré dans une solution de conservation qui va stabiliser son état et le préserver des infestations. Cette solution, qui peut être à base d’alcool, de glycérine ou de formol, dépend de la nature de l’objet à conserver.

  • L’échelle des temps géologiques, c'est quoi ?

Cette échelle, utilisée depuis le début du xxe siècle par les scientifiques pour dater les événements survenus durant l’histoire de la Terre, est régulièrement mise à jour en fonction des découvertes. Ainsi les notions d’ères primaire, secondaire, tertiaire et quaternaire, longtemps utilisées, ont-elles été remplacées par celles d’ères paléozoïque, mésozoïque et cénozoïque, chacune subdivisée en plusieurs périodes.

  • Les oiseaux sont-ils les descendants des dinosaures ?

Les dinosaures n’ont pas disparu il y a 66 millions d’années ! Les oiseaux sont des dinosaures, issus d’un groupe de dinosaures carnivores, les théropodes. Il y a environ 150 millions d’années, un groupe de dinosaures carnivores arboricoles au corps couvert de plumes, proche des droméosaures (comme Bambiraptor ou Unenlagia), colonise une nouvelle niche écologique, le ciel, ce qui leur permet d’échapper plus facilement à leurs prédateurs, mais aussi de chasser eux-mêmes plus facilement. Archaeopteryx, le premier fossile de dinosaures à plumes découvert, est l’un des plus anciens exemples de ces dinosaures capables de voler : certains le considèrent même comme le plus ancien oiseau. Son squelette mêle des caractères de dinosaure (la longue queue constituée de vertèbres) et d’oiseau (présence d’ailes et de plumes). Tout au long du Jurassique et du Crétacé, les oiseaux évoluent : disparition des dents et réduction de la queue, changement de l’orientation du pubis, acquisition d’un bec corné, allègement des os, fusion des clavicules, pratique d’un vol plané puis battu… Ayant réussi à passer la crise Crétacé-Tertiaire il y a 66 millions d’années, ils se diversifient pour être devenus, aujourd’hui, plus nombreux que les mammifères avec plus de dix mille espèces.
  • Comment les dinosaures ont-ils disparu ?

À la fin du Crétacé, il y a 66 millions d’années, une modification majeure de l’environnement crée une rupture dans l’échelle des temps géologiques, avec la disparition d’environ 50 % des espèces. Quoique célèbre en raison de la disparition très remarquée de (presque) tous les dinosaures, cette crise s’avère pourtant la plus modeste des cinq grandes crises du passé. Deux hypothèses semblent être privilégiées par les scientifiques comme causes de celle-ci : une météorite tombée dans la péninsule du Yucatán au Mexique et un épisode de volcanisme intense dans l’ouest de l’Inde. La crise résulte sans doute des effets cumulés de ces deux phénomènes.

  • L’homme est-il à l’origine de la disparition des mammouths ?

Depuis 10 000 ans, la quasi-totalité de la « mégafaune » – mammouth, Megatherium, Megaloceros, Glyptodon, etc. – a disparu. Les scientifiques avancent deux hypothèses pour expliquer ces disparitions massives : le changement environnemental, avec la fin de la dernière période glaciaire, et la chasse par les êtres humains. La question n’est pas tranchée avec certitude. Certains paléontologues suggèrent que les extinctions sont dues à la chasse, mais que celle-ci n’a eu un effet critique que parce que les populations de la mégafaune connaissaient déjà de fortes difficultés liées aux changements environnementaux.
© MNHN, B.Faye
© MNHN, B.Faye
  • L’homme est-il à l’origine de la disparition des dodos ?

Oui, le dodo ou dronte (Raphus cucullatus) est un animal emblématique de la disparition d’espèces sous l’influence de l’homme. Découvert en 1598 sur l’île Maurice, ce gros oiseau terrestre, qui pouvait atteindre 1 mètre de haut, a définitivement disparu moins d’un siècle plus tard, victime de la chasse et de l’introduction d’espèces invasives (porcs, chiens, macaques). Des études récentes ont montré qu‘il descendrait d’un groupe de pigeons d’Asie du Sud-Est dont l’insularité aurait entraîné de profondes modifications morphologiques et écologiques.

 

La galerie en dix dates

1802 : création de la chaire d’anatomie comparée par Georges Cuvier.
1853 : Alcide d’Orbigny, premier titulaire de la chaire de paléontologie.
1893 : début des travaux des galeries d’Anatomie comparée, de Paléontologie et d’Anthropologie, sous la direction de Ferdinand Dutert, architecte en chef du Muséum.
1898 : inauguration du bâtiment le 21 juillet 1898.
1937 : rattachement du musée de l’Homme au Muséum d’histoire naturelle et transfert des collections anthropologiques de la galerie vers le bâtiment du Trocadéro.
1958-1959 : construction du pavillon Ouest par l’architecte en chef du Muséum, Henri Delaage.
1965 : installation des collections d’invertébrés fossiles au 2e étage.
1989 : inscription de la galerie à l’Inventaire supplémentaire des monuments historiques.
1998 : centenaire de la galerie ; renouvellement de nombreuses vitrines dans le cadre de l’exposition « Ossements ».
2014 : début de la rénovation de la façade du bâtiment.

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