Pourquoi Île-de-France Mobilités menace de suspendre ses versements à la SNCF et à la RATP ?

IDF-Mobilité entend suspendre ses versements envers la RATP et la SNCF au 30 septembre prochain si l’autorité régionale ne se voit pas verser d’aides financières de la part de l’Etat pour compenser les pertes liées à la crise sanitaire.

L’autorité régionale des transports publics franciliens réclame à l’Etat un soutien financier de l’ordre de 1,3 milliard d’euros afin de pouvoir compenser les pertes pécuniaires de la crise sanitaire. Sans cet engagement de la part de l’exécutif, Île-de-France Mobilités menace de suspendre ses versements à la RATP et à la SNCF au 30 septembre prochain. Pour justifier cette requête, IDFM explique à France 3 Paris Île-de-France que l’organisation souhaite "mettre l’Etat devant ses responsabilités. Puisqu’il est actionnaire majoritaire de la SNCF et de la RATP, nous lui demandons un effort de solidarité nationale". Île-de-France Mobilités évoque notamment la nécessité d’une telle aide en ce qu’elle permettrait selon l’organisation d'une meilleure gestion des transports . 

IDFM se veut tout de même rassurant l’état des transports en cas de suspension de ses versements "la SNCF et la RATP continueront à travailler et à faire tourner trains, métros et bus, il n’y a pas d’inquiétudes à avoir" nous précise l’autorité régionale. Malgré l’ultimatum du 30 septembre, l’organisation reste optimiste quant à la volonté de l’Etat de lui verser l’aide financière demandée avant cette date. En termes de budget annuel, Île-de-France Mobilités estime à 11 milliards d’euros ses besoins financiers pour assurer un bon fonctionnement des transports. Sur ces 11 milliards, un tiers des revenus proviennent sur des années hors crise sanitaire des voyageurs. 

Or, depuis le début de la crise du Covid, il manque à la régie 1 milliard d’euros par rapport à ce que l’organisation perçoit habituellement de la part des usagers des transports. "Les transports publics représentent un élément moteur de l’économie francilienne, nous demandons donc l’aide de l’Etat pour assurer la pérennité de leur bon fonctionnement", plaide l’autorité régionale. 

Les associations d’usagers craignent que le remboursement de la dette se fasse au détriment d’améliorations des transports

Parmi les associations d’usagers des transports publics, la perspective d’une nouvelle dette à rembourser pour IDFM pose une problématique en termes d’amélioration des services pour les usagers. "On ne souhaite pas que le remboursement de la dette se fasse au détriment d’améliorations des transports. Le trou financier que va créer cette dette peut avoir des répercussions sur le réseau pendant des décennies à travers notamment l’augmentation du prix des Pass Navigo ou une détérioration de l’entretien des lignes sous prétexte qu’il faut garder l’argent pour rembourser la dette" regrette Arnaud Bertrand, président de l’association d’usagers Plus de Trains. "Nous considérons que ce n’est pas aux usagers de porter le fardeau d’une crise historique et de subir les conséquences du remboursement de cette dette ", poursuit-il.

« On risque de devoir rembourser cette dette durant des années »

Du côté des élus, certains estiment que le recours à une aide de l’Etat n’apporte jamais les résultats financiers espérés par la région. Ainsi, Jacques Baudrier, élu communiste membre du Conseil d’Administration d’IDFM estime que "l’an dernier la région n’a obtenu que 400 millions d’euros pour palier un déficit de 1,6 milliards d’euros"

Comme alternative aux aides financières de l’état, Jacques Baudrier propose pour IDFM en particulier d’augmenter le versement mobilité dans les secteurs les plus riches. Le versement mobilité correspond à une contribution financière d’entreprises en région parisienne permettant le financement des transports en commun. De plus, le représentant du Parti Communiste déplore le fait qu’une nouvelle dette viendrait s’ajouter à cette de l’an dernier qu’Ile-de-France Mobilités n’a pas terminé de rembourser. 

Enfin, il craint qu’un recours à des aides de l’état ne résulte qu’en une accumulation de dettes non-remboursables sur les 5 prochaines années avant que le trafic ne retrouve un niveau d’avant-crise. "Même si l’on perdra moins d’argent, on risque de continuer à en perdre durant les prochaines années et il faudra rembourser un jour où l’autre si l’on s’appuie sur l’exécutif chaque année", conclut-il.                    

 

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