Procès des attentats du 13-Novembre : un dispositif de soutien psychologique au sein du tribunal

L’association Paris Aide aux Victimes accueille et apporte un soutien psychologique aux victimes. Carole Damiani, docteure en psychologie et présidente de l'association nous explique le dispositif mis en place durant les 8 mois de procès.
Des psychologues de la Paris Aide aux victimes accueillent et soutiennent les victimes des attentats du 13-Novembre.
Des psychologues de la Paris Aide aux victimes accueillent et soutiennent les victimes des attentats du 13-Novembre. © Alain JOCARD / AFP

Salle des Pas perdus ou dans la grande salle d'audience, on les repère à leur gilet bleu siglé de 3 lettres, PAV : Paris Aide aux Victimes. "Accueillantes" ou psychologues, elles ne sont jamais bien loin des parties civiles. Un verre d’eau, se repérer dans les couloirs du palais de justice, nouer un lien par l’accueil et soutenir. Voici le rôle de l'association Paris Aide aux Victimes. 

Pouvez-vous me présenter l’association Paris Aide aux Victimes ?

Ce dispositif d’aide existe depuis plus de 30 ans. Il a été mis en place au sein des tribunaux pour aider les victimes à connaître leurs droits. Au départ, il était plutôt constitué de juristes. Progressivement les associations se sont organisées en Fédération avec une association par département. Nous sommes l’association parisienne. Nos missions se sont progressivement étendues : aide psychologique, aide aux démarches sociales. L’association est agréée par le ministère de la Justice pour mettre en œuvre la politique d’aide aux victimes décidée par le Garde des Sceaux.

L’an dernier, nous avons reçu 15 000 victimes et conduits 66 000 entretiens avec des juristes concernant les droits des victimes mais aussi des rendez-vous avec des psychologues ou des assistants sociaux.

Comment avez-vous préparé ce procès des attentats du 13-Novembre ?

A Paris, l’association a une spécificité, l’aide et l’accompagnement aux victimes de terrorisme. Dans le cadre de ce procès, nous sommes mandatés par le procureur de la République. Le parquet nous a transmis la liste des victimes et c’est nous qui allons vers elles. Ce qui explique que nous en connaissons déjà certaines.

Nous avons été associés à la préparation du procès depuis 2 ans. Avec les parties civiles et les avocats. Notre objectif est de protéger les victimes du 13-Novembre. Par exemple, en ce qui concerne la presse, nous avons mis en place le système des 2 couleurs du cordon des badges d'identification que portent les parties civiles. Rouge, je ne veux pas parler ou être pris en photo. Vert, je n’y suis pas opposé.

Habituellement l’équipe est constituée de 25 personnes, psychologues, juristes, assistantes sociales. Sur ce procès, 12 psychologues et trois accueillantes seront mobilisés pendant les huit ou neuf mois.

Dans la salle des Pas perdus ou dans la salle d’audience, vous êtes très visibles. Est-ce important ?

Oui, les "accueillantes" et psychologues portent un gilet siglé PAV, Paris aide aux victimes. C’est important d’être visibles, de dire, "nous sommes là". On est devant, (Ndlr, la salle d’audience), on est dedans, on est dans toutes les salles.

Nous allons vers

Carole Damiani

Nous avons également une démarche proactive. Nous n’attendons pas que les victimes viennent nous voir. Ce dispositif a été mis en place pour le procès des attentats de 1995. Cette démarche, nous l’avons approuvée, améliorée, affinée. Nous allons vers. Nous sommes dans l’offre. On forme les équipes pour qu’elles puissent détecter les signes de désarroi, de détresse. Ce n’est pas un soutien psycho thérapeutique classique qui se fait à l’extérieur du palais pour certains. Là nous souhaitons plutôt nouer une relation de confiance, que les gens se sentent "en lien".

Le procès s’est ouvert mercredi, l’association a-t-elle déjà été sollicitée ?

Dès le premier jour, des victimes sont venues nous voir. Ce n’est pas tant pour les propos d’Abdeslam mais pour la longueur du débat. (Ndlr : "Ça fait plus de six ans qu'on me traite comme un chien (...) Après la mort, on sera ressuscité. Vous allez rendre des comptes," a déclaré sans y être autorisé l'accusé lors de la première journée d'audience).

Certaines victimes avaient juste envie de faire une pause

Carole Damiani

 

 Nous avons une pièce qui communique avec la salle d’audience. Certaines victimes avaient juste envie de faire une pause. Elles avaient envie de souffler. L’avantage de cette salle de retrait, c’est qu’elle est à l’intérieur de la salle du procès car les victimes ne veulent pas quitter l’audience et s’éloigner des débats. C’est appréciable pour elles.

D’autres victimes viennent vers nous de façon plus informelle. 

Concernant l’attitude des accusés, nous avions déjà fait des réunions préparatoires. Certes c’est une chose d’être prévenu intellectuellement et de le vivre mais nous conseillons de ne pas se focaliser sur Abdeslam.

À quel moment l’association sera-t-elle la plus sollicitée ?

Si on s’appuie sur notre expérience, les moments les plus difficiles sont évidemment les témoignages des victimes, les photos et les vidéos. Le temps des plaidoiries est également compliqué.

Pour certaines personnes, l’enquête peut être difficile également. Il y a moins d’émotion peut-être mais les victimes veulent et ont besoin de réponses aux questions qu’elles se posent. Les parties civiles seront très attentives à ce moment-là. On s’aperçoit que ça peut "lâcher" à des moments où il y a des points très techniques et très précis. Par exemple, combien de temps pour aller d’un endroit à un autre ?

Notre rôle est alors d’aider les parties civiles à faire une pause. Savoir faire une pause est notre premier conseil. 

Dans quel état d’esprit êtes-vous en ce début de procès ? Inquiète ? Sur vos gardes ?

Je suis plutôt sur mes gardes. J’ai mis une double ligne de soutien psychologique au cas où. Je pare. Je mets des pare-feux. Le but du jeu pour nous est d’éviter que ça flambe trop fort.

Lors du procès on peut arriver à une flambée de ce qui était jusqu’à présent apaisé

Carole Damiani

A la fin du procès, on échange autour des débats, de ce que le procès a apporté. Les victimes ont besoin de faire une pause, de souffler. Mais je parle avec expérience, le procès apaise sur le coup mais, il ne soigne pas, un procès n’est pas fait pour cela. Après il y a une autre étape encore, une troisième phase. Un peu plus loin dans le temps. Et là il faut également rester attentif aux victimes.

Paris Aide aux Victimes propose également son dispositif de soutien aux professionnels : greffiers, magistrats ou journalistes. 

 

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