La rencontre entre le père d'une victime du Bataclan et celui d'un djihadiste, réunis contre le terrorisme

Georges Salines, qui a perdu sa fille Lola le 13 novembre 2015 au cours de l’attentat au Bataclan, et Azdyne Amimour, le père d’un des trois membres du commando terroriste, racontent leurs échanges dans un livre, "Il nous reste les mots".

L’entrée du Bataclan le 13 novembre 2018, lors d’une cérémonie d’hommage aux victimes des attaques de 2015 (illustration).
L’entrée du Bataclan le 13 novembre 2018, lors d’une cérémonie d’hommage aux victimes des attaques de 2015 (illustration). © BENOIT TESSIER / POOL / AFP
Il y a plus de quatre ans, la fille de Georges Salines, Lola, tombait sous les balles des terroristes au Bataclan. Le fils d’Azdyne Amimour, Samy Amimour, faisait lui partie du commando djihadiste responsable de la mort de 90 personnes ce 13 novembre 2015. Ils ont depuis échangé, réunis dans le deuil et leur combat contre l’extrémisme.

"Il nous reste les mots", rencontre entre le père d'une victime du Bataclan et celui d'un terroriste (S. Bechir / C. Behr / E. Beauge)Azdyne Amimour raconte leur rencontre et explique sa démarche : « Je partais du principe : je fonce, qu’est-ce que je vais risquer ? Il ne va pas m’assassiner, il ne va pas me mettre en prison… Donc cette curiosité, cette envie de savoir… » Georges Salines, lui, a eu le courage d’accepter : « J’étais un peu inquiet de savoir quelle était la nature de sa demande. Ce que j’ai ressenti, c’était un très grand besoin de s’expliquer, de se démarquer du terrorisme, du radicalisme islamiste, extrémiste, de l’intolérance. »

"On n’arrive pas à connaître les raisons de ce changement brutal"

Suite à leur rencontre début 2017, les deux pères se sont revus régulièrement. Un livre est né de leur dialogue : Il nous reste les mots. Reste aujourd’hui toutefois de nombreuses questions. « Il reste toujours un côté où l’on culpabilise, parce qu’on n’arrive pas à connaître les raisons de ce changement brutal », confie Azdyne Amimour.

« Ça reste encore assez mystérieux de savoir pourquoi un individu en particulier en arrive à débarquer au Bataclan et à tirer sur tout ce qui bouge, alors que de très nombreux autres jeunes partagent un peu la même histoire familiale, sociale, se trouvent dans les mêmes quartiers, et ne terminent pas avec une Kalachnikov à la main – et heureusement », analyse Georges Salines. Après avoir présidé une association de victimes, 13 onze 15 fraternité et vérité, il s’engage aujourd’hui dans la lutte contre la radicalisation dans les collèges et les lycées. Azdyne Amimour tente de son côté de trouver sa petite-fille née en Syrie, trois semaines seulement après les attentats.
 
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