Hyper Cacher : “Nos enfants ont vu leur père rentrer dans la colonne d'assaut en direct”

Des membres de la Brigade de recherche et d'intervention, en septembre 2017 (illustration). / © IP3 PRESS/MAXPPP
Des membres de la Brigade de recherche et d'intervention, en septembre 2017 (illustration). / © IP3 PRESS/MAXPPP

Le 9 janvier 2015, l’assaut est donné après plus de 4h de prise d'otages, au magasin Hyper Cacher de la porte de Vincennes à Paris. Catherine Salinas, épouse de l’ancien numéro 2 de la BRI, a vécu la peur de perdre son mari, alors en première ligne. Entretien.

Par France 3 PIDF avec AFP

Elle donne le point de vue d’une Femme de policier d’élite : Catherine Salinas, épouse de George Salinas, ancien numéro 2 de la BRI (Brigade de recherche et d'intervention), a écrit un livre publié en avril dernier chez Mareuil Editions avec Véronique Fauvergue, l’épouse de l’ancien patron du Raid, dans lequel elle sort de l’ombre. L’occasion d’exprimer son besoin de témoigner, alors que son mari était en première ligne lors de l’assaut de l’Hyper Cacher.
Le 9 janvier 2015, Catherine Salinas se trouve avec sa fille devant la télévision, son fils suivant depuis ailleurs les événements. Elle reçoit alors un texto de son mari : « Il me prévient qu’ils vont donner l’assaut et il met des petits cœurs et des smileys, un truc qu’il n’avait jamais fait de toute sa vie. Je me suis dit : "S’il fait ça, c’est vraiment très dangereux et peut-être même qu’il a décidé de mourir". »

Catherine Salinas voit alors son époux « arriver porte de Vincennes, et monter sur la rampe d’accès au périph’ » : « Evidemment ils [ses enfants] reconnaissent leur père, parce qu’il est grand par rapport à certains. Ma fille a des larmes qui coulent, elle ne sanglote même pas. Elle me regarde et elle me dit : "Papa va mourir". Je lui réponds que non, et en même temps, pendant cette minute trente d’assaut, je me dis : "Qu’est-ce que je vais bien pouvoir lui dire si ça explose ?" »

"Quand il y a l’inconnu, on a peur"

« Nos deux enfants ont vécu quelque chose d’inimaginable, ils ont vu leur père rentrer dans la colonne d’assaut, en direct », raconte-t-elle. Quant à la peur de perdre son mari, Catherine Salinas ne s’y est jamais vraiment habituée : « On n’y pense pas tout le temps, et heureusement sinon il faudrait comme je le dis changer de mari, parce que sinon la vie serait insupportable. On sait qu’il y a un risque, on se rassure en se disant qu’ils sont hyper entrainés et que, ma foi, ça va peut-être passer. Les moments très durs, c’est quand on ne connait pas les missions, quand on n’en avait jamais entendu parler avant entre nous. Quand il y a l’inconnu, on a peur. »

Quelques mois plus tard, le 13 novembre 2015, le téléphone sonne de nouveau : George Salinas doit rentrer à Paris. Quand sa fille lui demande de ne pas y aller, Catherine Salinas se souvient des mots de l’ancien numéro 2 de la BRI : « Qui le fera si jamais je n’y vais pas ? ».

De sobres hommages à Paris, cinq ans après

Cinq ans après, de sobres hommages ont été rendus mardi aux victimes des attaques de janvier 2015 à Charlie Hebdo, Montrouge et l'Hyper Cacher. Une centaine de personnes se sont rassemblées en fin de matinée rue Nicolas-Appert, devant les anciens locaux de Charlie Hebdo et les noms des victimes ont été lus devant leurs familles et leurs proches. Dépôts de gerbe, minutes de silence, Marseillaise : le même rituel, tout en sobriété à la demande des familles, s'est répété ensuite Boulevard Richard Lenoir, où le lieutenant de police Ahmed Merabet a été abattu par les frères Kouachi, puis porte de Vincennes devant le magasin Hyper Cacher, où Amédy Coulibaly a tué quatre hommes, tous juifs, lors d'une prise d'otages le 9 janvier 2015.
Un hommage à la policière municipale Clarissa Jean-Philippe, tuée à Montrouge (Hauts-de-Seine) le 8 janvier 2015 par Amédy Coulibaly, est également prévu mercredi sur les lieux du drame.
 

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