Salon de l'Agriculture : et si les Parisiens venaient avant tout pour retrouver leurs racines régionales ?

C'est chaque année un événement. Le "SIA" plus communément appelé "Salon International de l'Agriculture" s'est à nouveau installé Porte de Versailles. L'occasion pour les Parisiens de découvrir de nouvelles spécialités culinaires mais aussi, et surtout, d'autres régions.

Au Salon de l'Agriculture, tous les Parisiens redeviennent Gardois, Basques ou Alsaciens selon qu'ils aient une grand-mère habitant Nîmes ou un frère vivant à Strasbourg. Nous-mêmes, lorsque nous passons les portes du pavillon 3 ce jour-là, nous redevenons tour à tour Normande, Ch'ti et Breton. Car au Salon de l'Agriculture, ce qui l'emporte réellement, c'est le sentiment d'appartenance, la fierté de pouvoir raconter aux autres l'histoire du broyé poitevin ou du figatellu corse... 

Un aligot en bord de mer

Pourtant, à l'entrée du pavillon 3, en cette matinée du dimanche 26 février, ce n'est ni le Nord, ni la Bretagne, ni la Normandie qui nous accueillent mais la Drôme et l'Ardèche. À 9 heures, l'engourdissement est présent. Il faut dire qu'hier, les exposants ont dû faire face aux défilés des politiques et des premiers clients et encaisser la première soirée entre producteurs. L'ambiance est donc des plus apaisées dans la Drôme-Ardèche, ce qui n'empêche pas Nathalie, cachée derrière une pile de saucissons, de nous réciter par cœur le processus de fabrication de son produit phare.

On sait que le salon est aussi l'occasion d'enchaîner les dégustations. À 9 heures, on fait l'impasse sur le saucisson mais pas sur la discussion. Nathalie nous raconte son Ardèche avec des étoiles dans les yeux, les mêmes qui brillent dans son ciel et qu'elle nous plaint de ne pas voir la nuit. "Je n'ai qu'à enfiler mes baskets pour aller faire mon sport en pleine nature", il faut le dire, Nathalie arrive aussi bien à vendre son saucisson que son style de vie. En face de son stand, des pavés de Saint-Nectaire et la région Auvergne-Rhône-Alpes nous font de l'œil. On décide de quitter Nathalie et de continuer notre randonnée en montagne. 

En déambulant à travers les bleus, les beauforts et les salers, on remarque que le bruit des machines s'est mis en route et l'on sent petit à petit le miel cristalliser, la graisse crépiter, la viande rôtir. En Aveyron, on commence déjà à couper le jambon sec, la fouace sort du four et la tomme et ses pommes de terre se rejoignent dans d'immenses marmites qui accueilleront les amateurs d'aligot ce midi.

Du côté de sa Lozère voisine, Guy émince ses cèpes. Lui, c'est du risotto aux champignons qu'il proposera au déjeuner. Sa Lozère, il la porte jusqu'autour du cou, drapé d'un foulard rouge aux couleurs de l'Occitanie. Cette région, l'une des plus étendues de France, englobe aussi bien Toulouse que Montpellier. Inutile de vous dire qu'elle est bien représentée au salon. Aux côtés de Guy, Estelle revient tout juste pour aider son mari, un brasseur lozérien. Professeure d'occitan, Estelle vient de Nîmes mais ne quitterait les causses pour rien au monde. Nous apprenons grâce à elle que le mot "poutou", que beaucoup de personnes utilisent pour dire "bisou", vient en fait de sa langue régionale et qu'il possède même des déclinaisons. Vous vous en doutez, s'il est trop tôt pour le saucisson, il en va de même pour la bière d'Estelle. 

Les trésors multiples d'Occitanie 

Au loin, les cloches du Cantal nous appellent. Des cloches de vaches, alors même qu'elles paissent à l'opposé, dans un autre pavillon. Là encore, nous sommes accueillis par une immense marmite d'aligot. Un plat qui fait l'unanimité mais dont l'origine déclenche parfois des discussions houleuses. Je me garderai donc de donner un quelconque avis, ayant été aussi bien reçue par l'Aveyron, la Lozère et le Cantal. Si l'aligot reste le plat star, la truffade réussit tout de même à s'imposer sur les étals entre les châtaignes des Cévennes et les tommes de brebis. 

En descendant un peu plus au sud, on arrive à Montpellier, capitale de l'Hérault. Le fromage et la charcuterie s'imposaient jusque-là quand tout à coup, le vin fait son apparition. Dominique vient de Pézenas, son tablier rose autour de la taille, il parle lui aussi occitan et représente la fédération des IGP (indication géographique contrôlée) de l'Hérault. 

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Dominique est le représentant des IGP de l'Herault. Il parle couramment occitan. ©France 3 PIDF

Après nous avoir humiliés pendant quelques minutes en tentant de nous faire prononcer des mots incompréhensibles, c'est avec le sourire que nous quittons Dominique et l'Hérault en se promettant que "benlèu" on y reviendrait.

Sur le tapis rouge de l'Occitanie, un coin est évidemment réservé à la piste de pétanque. Il n'est pas encore midi, mais sur le zinc du Gard, les visiteurs sont déjà accoudés, une huître dans la main, un vin blanc dans l'autre. On me le confirme au bar, il n'y a pas d'heure pour manger une bonne huître et sur cet ilot jaune, au milieu de tout ce rouge, les rivalités entre départements s'effacent autour d'un verre. Au Salon de l'Agriculture, on ne fait pas que manger, on se fait aussi des copains...

De l'Angleterre à l'Allemagne, l'influence de nos voisins 

Après une bonne heure en Occitanie, nous décidons qu'il est temps de changer radicalement de paysage  Avec ses stands noirs et blancs, la Bretagne nous tend les bras et, croyez-le ou non, il n'y a pas le moindre drapeau à l'horizon. L'odeur de fromage et remplacée par celle du froment, les crêpières bien alignées sont enduites de beurre salé et servent déjà les premiers impatients qui n'ont pas su attendre l'heure du déjeuner. Nous nous arrêtons, hésitants, devant les rangées de Kouign Amann luisants, le breton du groupe est à deux doigts de craquer mais nous ne flanchons pas. Nous continuons jusqu'au stand de Kevin et de son whisky au blé noir, le seul étal sans cidre.

Kevin parle breton. Il faut dire qu'avec l'occitan, c'est l'une des irréductibles langues régionales qui se pratique encore. Kevin nous parle de son prénom d'origine irlandaise et de son amour du whisky qui lui vient du Pays de Galles. Dans la langue comme dans le cœur, les influences anglo-saxonnes sont omniprésentes dans ce pays si proche du Royaume-Uni. Alors que je m'interroge sur l'absence de ballade celtique dans cette région pourtant réputée pour sa musique, une fanfare me fait tourner le regard. 

De l'ouest à l'est il n'y a qu'un pas, c'est vrai, en tout cas, au Salon de l'Agriculture. Nous traversons la Bourgogne Franche-Comté où Dany, vendeuse de vin jaune, nous apprend une expression jurassienne, excellente pour le marketing : "Le vin d'Arbois, plus on en boit, plus on va droit". Expression qui ornait même les étiquettes des bouteilles à une époque. Des cuivres fanfaronnent toujours quelque part et c'est guidés par l'odeur de vin chaud et les notes du cor et du baryton que nous nous retrouvons finalement en Alsace.

Le Grand Est, tout de bleu vêtu, nous ouvre les bras! Il est midi et sans que nous nous en rendions compte, la foule s'est épaissie et des files de visiteurs convergent vers les stands de choucroute. Le dimanche, c'est la journée des familles et les enfants ont bien envie de goûter aux bretzels géants recouverts de fromage grillé. Le moins que l'on puisse dire, c'est que le Grand Est remporte facilement la palme du plus grand nombre de saucisses empilées sur un stand. Des grillées, des roses, des blanches, des rouges, des flambées, des sèches, il y en a pour tous les goûts... Nous suivons donc, curieux, l'extrémité de l'une de ces files pour arriver jusqu'à l'un des étals les plus généreux du salon, celui de Jean-Marie, "Au marché de Riquewihr". C'est bien simple, tous les produits cités ci-dessus sont présents sur le stand de Jean-Marie et bien plus encore. Le salon, c'est un immanquable pour cet alsacien qui y vient depuis plus de vingt ans. Et l'on comprend vite pourquoi. Devant lui, c'est la cohue, ça se bouscule pour goûter les spécialités de l'est. Affamés, nous quittons l'Alsace pour nous rendre dans la Moselle voisine où je me permets une petite halte, le temps d'acheter une confiture aux mirabelles, fruit emblématique du département.

Au Nord, les corons

À ce stade, nous avons l'estomac dans les talons mais avant de quitter le pavillon 3 il nous reste un dernier arrêt à faire, un incontournable pour la nordiste que je suis : les Hauts-de-France. Quand bien même je ne me ferai jamais à ce nom de région (j'avais voté pour "Terres du Nord"), il est inconcevable pour moi de ne pas m'y arrêter et j'y embarque donc mes deux collègues bon gré mal gré. Au premier pas que nous posons du côté ch'ti, un groupe d'hommes entonne "Les Corons" de Pierre Bachelet, hymne non-officiel du pays et des soirées de BDE. Un cornet de frites à la main, comme partout ailleurs les visiteurs déambulent, peut-être un peu moins droit qu'ailleurs pour certains.

À mon grand étonnement, pas de moules/frites à l'horizon, mais je suis heureuse de voir que la bière est mise à l'honneur. Il est vrai que de nos jours, chaque département possède au moins une brasserie artisanale et sa gamme de bières. J'ai d'ailleurs été étonnée de voir autant de stands de bières cette année. Mais rien ne remplace dans mon cœur la bière du nord. Grands amis des Belges, les plus aigris d'entre vous diront que nous leur avons tout piqué. Néanmoins, les cramiques, les gaufres fourrées lilloises et le maroilles viennent bien de chez nous et ils brillent ici autant que les sourires des gens qui nous accueillent. Nicole est entourée d'une centaine de cubes orange à pâte molle. Le temps des mines, elle l'a connu Nicole, elle se souvient encore quand, dans son enfance, on parlait ch'ti dans les campagnes : 

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Nicole a toujours vécu dans le département du Nord. Elle regrette le temps où les gens parlaient le ch'ti aussi bien que le français dans sa région natale. ©France 3 PIDF

Elle tenait un magasin dans le temps, un magasin dans lequel "on parlait ch'ti ou on achetait nin " ! Mais sa mémoire s'embrouille et en ce dimanche, c'est aux Parisiens qu'elle vend son maroilles. C'est avec un serrement au cœur que nous quittons Nicole, comme l'on quitte une grand-mère après un bon repas. Après avoir passé un peu de pommade sur notre cœur, il est tout de même temps de penser à notre estomac. 

Le pavillon 3 touchant à sa fin, nous continuons notre tour de France au pavillon 7. Notez qu'au Salon de l'Agriculture, les stands des produits régionaux sont présents un peu partout. Les territoires d'Outre-mer, eux, sont installés au pavillon 5. 

Une tartiflette à 27 euros...

Il est presque 14h lorsque nous trouvons enfin une place réconfortante au pavillon 7 dans un petit restaurant savoyard monté pour l'occasion. Il faut savoir qu'au salon vous pouvez bénéficier d'installations typiques de chaque région pour pouvoir vous restaurer assis, ce qui n'est pas du luxe après une matinée de marche. Là encore, bien sûr, il y a la queue et il faudra vous armer de patience ou savoir trouver une table libre au bon moment. À côté de notre chalet savoyard, un autre restaurant propose des spécialité du Gers et du Périgord.

Une fois assis, pas de panique, tout est prévu pour les Parisiens, de la tenue traditionnelle jusqu'aux prix exorbitants. Mes collègues payent donc 27 euros pour une tartiflette très moyenne et trois bouts de salade. Si je peux me permettre un seul conseil durant cette longue découverte, achetez sur les stands et combattez le doux appel de la chaise en plastique. 

Les batteries rechargées et nos estomacs remplis, nous partons donc à l'assaut du pavillon 7 et devant nous, l'Ile-de-France ! Ironiquement, c'est celle que je trouve être la plus bucolique de tout le salon. Les sols sont verts, les stands montés en bois clair et surmontés de petites guirlandes de guinguettes blanches et rouges. On se croirait dans une immense prairie. Pas de restaurant ici mais de grands chefs étoilés en pleine action à côté d'une terrasse de bistrot parisien et d'un stand de pâtisseries très soignées. Pour le rustique, on repassera. L'Essonne a tout de même réussi à faire goûter son fameux cresson à l'un de mes collègues plus ou moins consentant et malheureusement un peu fâché avec cette plante. Il n'empêche que j'étais à deux doits d'acheter une bouteille de cette belle soupe verte. Nous quittons cette Ile-de-France quelque peu idéalisée pour saluer le Centre-Val-de-Loire et, plus loin, le Poitou et la Charente où j'achèterai un magnifique tourteau, souvenir d'une jeunesse dans ce qu'on nomme à tort "la diagonale du vide". 

Les rois de la fête ! 

En descendant le long de la Nouvelle-Aquitaine, nous dépassons Bordeaux et ses vins. Soudain, tout près, une clameur s'élève, la fumée s'épaissit et l'odeur de graillon s'intensifie. Les Basques sont à la fête. On picole, on chante, on se tape dans le dos et on fait griller des viandes. Une ambiance de soir de match, et pour cause !

Le XV de France joue ce soir-là contre l'Ecosse dans le Tournoi des Six Nations. Un événement pour cette terre de rugby qu'est le Pays Basque. Je mettrai ma main à couper que cette partie du salon présente plus de bars que de stands. Les mange-debout accueillent des tripotées de copains qui lèvent bien haut leurs verres de pastis. Beaucoup de mes confrères et consœurs ont parlé d'un salon plus "alcoolisé" que les autres. Malheureusement, en ce dimanche, à cet endroit précis, difficile de les contredire. On ne peut cependant pas enlever aux basques leur sens de la fête et toute cette agitation semblait somme toute bon enfant, interrompue qu'elle était d'éclats de rires, de chants de supporters et de lancers de bérets. Nous avons joué le jeu et avons repris la route après quelques blagues potaches, quittant nos nouveaux amis, en pleine préparation de match.  

Après avoir perdu ce qui nous restait de voix, nous rêvions d'un endroit un peu plus calme. Malheureusement pour nous, les voisins des Basques ne sont pas moins bruyants mais seulement mieux organisés.

Accoudés au comptoir, comme leurs camarades, les Corses sont à la bière. Des chants résonnent, graves et chauds, ils s'élèvent au-dessus des discussions animées. Plus réfractaires, les habitants de l'île sont retors lorsqu'il s'agit de parler mais pas de chanter. Alors que nous posions nos questions habituelles, accueillies par un sourire franc mais muet, trois hommes se sont tout naturellement mis à vocaliser avec une justesse et une profondeur qui nous laissent aujourd'hui encore tous émus. Un geste de partage simple et puissant. Je pourrais tout aussi bien vous parler de leurs produits mais sous le pavillon orange de la Corse, où flottent à chaque coin de stand les têtes de maures insulaires, les gens sont encore la plus belle trouvaille que vous puissiez faire. 

Nous sommes sortis de notre rêverie par une arrivée massive de supporters. Le match va bientôt commencer. Les Corses se sont passés le mot et rejoignent les Basques dans une grande déambulation vers l'écran géant qui retransmet la rencontre dans un autre pavillon. Ils récupèrent avec eux toute la Nouvelle-Aquitaine et la Normandie. Bientôt, l'Ile-de-France prend place dans le peloton de tête et tout ce beau monde va chercher les Bretons, les Nordistes, les Alsaciens. On crie, on chante, on se bouscule, on rigole. Cette joyeuse cohue, un verre de blanc, de cidre ou de bière à la main se concentre petit à petit à l'entrée du salon, la tête levée vers l'équipe de France, tous réunis sous une seule et même bannière. 

Au terme de cette déambulation, force est de constater que les particularismes culinaires restent très ancrées dans le paysage français contrairement aux langues régionales dont il a été compliqué de trouver des locuteurs. Pour comprendre cette disparité nous avons rencontré un expert en langues régionales. 

3 questions à : 

Michel Feltin-Palas, journaliste à l'Express, auteur de Sauvons les langues régionales ! aux éditions Heliopoles, à retrouver chaque semaine dans une lettre d'information qui retrace la richesse des langues régionales "Sur le bout des langues"

  • Comment sommes-nous passés d'une France multilingue à un modèle unique basé sur le français ? 

On estime qu'au XVIème siècle, 10% des Français parlent français, ce chiffre va progresser très lentement. Il va passer à 20% au moment de la Révolution française et on pense que la barre des 50% est franchie à peu près au début du XXème siècle, au moment de la Première guerre mondiale. On parle français partout en France seulement depuis 50 à 60 ans. C'est une révolution dans un pays qui a plus de mille ans. Sous la IIIème République, seul le français est appris à l'école. La langue des diplômes, de l'élévation sociale, c'était le français. Les enfants qui parlaient une autre langue dans la cours de récréation étaient punis. Durant des siècles, la France s'est définie par trois caractéristiques : un pays chrétien, rural et multilingue. Au XXème siècle, la France devient un pays agnostique, urbain et monolingue. Dans les villes, on a tendance à chercher une langue commune, les langues régionales étaient très présentes dans la paysannerie, c'est la modernité qui, entre autres, les a amenées à être moins pratiquées. Ajoutez à cela l'effet des médias de masse et des guerres mondiales, tout cela a contribué à l'uniformisation de la langue mais ce n'est pas la raison principale. Il y a une volonté politique derrière tout ça, on a fait du français la seule langue utile à la promotion sociale. Une langue utilisée par une élite qui a, par la suite, voulu étendre son hégémonie à travers un modèle unique. 

    • Qu'est-ce qui motive les locuteurs à faire perdurer les langues régionales ? 

    Le premier réflexe, c'est un réflexe quasi naturel de transmettre sa langue maternelle à ses enfants. Il y a beaucoup de personnes qui mettent leurs enfants dans des écoles "immersives", ce sont des écoles en Bretagne, en Occitanie, en Alsace ou en Catalogne où tout l'enseignement a lieu dans la langue locale. Ils le font alors qu'eux-mêmes ne connaissent pas la langue ou n'ont pas forcément d'attaches régionales. Il y a une réelle volonté de préserver la langue de leur famille parce que, quand on condamne une langue, ce n'est pas simplement l'enfant que l'on critique, on critique aussi ses parents et toute la culture qui y est rattachée. Inscrire ses enfants dans ces écoles ou leur apprendre soi-même la langue de la région, c'est une forme de résistance aujourd'hui. Imaginez que demain, Bruxelles décide que la seule langue officielle de toute l'Union Européenne c'est l'anglais. Tout à coup, elle devient la seule langue de l'éducation, des administrations, des médias, des assemblées politiques. Vous avez des gens qui n'ont simplement pas envie de ça, qui sont d'accord pour que le français soit la langue commune mais qui ne sont pas d'accord pour que le français soit la langue unique. Malheureusement, d'après l'UNESCO, aujourd'hui, toutes les langues de métropole sont menacées de disparition à moyen terme. 

    • L'exemple français est-il valable dans d'autres pays ? 

    Prenons l'exemple du gallois et du breton. Ces deux langues avaient exactement le même nombre de locuteurs il y a 40 ans. Dans les années 80, on comptait 500 000 locuteurs pour chacune d'entre elles. Aujourd'hui, ces langues dites régionales font face à une langue nationale très forte. En France, on estime qu'il reste 200 000 locuteurs du breton alors qu'il y a 650 000 locuteurs du gallois. Au Pays de Galles, tous les enfants de toutes les écoles publiques sont obligés d'apprendre le gallois jusqu'à l'âge de 16 ans. Il existe au Pays de Galle une télévision publique et une radio publique qui diffusent 24h/24h en gallois. Si l'unique raison de la disparition des langues était la modernité, alors pourquoi une telle disparité entre le gallois et le breton ? Il y a en France, une réelle absence de volonté politique de conserver les langues régionales.