Les Survivantes ou la force du collectif pour quitter le trottoir au Théâtre 13 à Paris

A Paris ou ailleurs, Les Survivantes travaillent dans les marges de nos vies. Ces femmes que l'on préfère ne pas voir, retrouvent une dignité sur les planches. Un pièce chorale, empreinte de "brutalité, tendresse et humour" selon les deux auteures. Le Théâtre 13 limite ce spectacle à 100 personnes.
De gauche à droite : Clara (Amel Charif) ; Mimi (Gigi Ledron) ; Carmen (Catherine Wilkening)
De gauche à droite : Clara (Amel Charif) ; Mimi (Gigi Ledron) ; Carmen (Catherine Wilkening) © Lionel Roy 2020
En 2019, 188 mineures ont été identifiées dans des affaires de proxénétisme. C'est un tiers de plus que l'année précédente. Selon un article du Monde, ce fléau "touche aujourd'hui tous les milieux sociaux, toutes les zones géographiques." Inspirée de témoignages recueillis par le Mouvement du Nid, le spectacle Les Survivantes retrace le parcours de cinq femmes tombées dans la prostitution : Clara (Amel Charif) est une jeune femme qui a été arrachée mineure à sa famille en Ukraine ; Mimi (Gigi Ledron) a suivi son amoureux depuis le continent africain ; Rose (Blandine Métayer, également co-auteure) est devenue une combattante contre la prostitution après "avoir subi 22 ans de violences sexuelles" (son personnage est inspirée de Rosen Hicher) ; Carmen (Catherine Wilkening) s'est retrouvée à la rue après la faillite de la société qu'elle dirigeait ; enfin Birgit (Isabelle Linnartz, également co-auteure et metteure en scène), celle qui proclame qu'elle n'est pas une prostituée mais une masseuse. Face à ces femmes de toutes les générations, un homme, joué par Jean-Claude Leguay, qui endosse tour à tour les rôles de clients et de proxénètes - ou encore de père.

Interview // Isabelle Linnartz - Les survivantes from Théâtre 13 on Vimeo.

Je suis une survivante, je marche.

L'histoire se déroule entre le va et vient des clients, le bruit et les odeurs d'une station d'autoroute en friche. Baignés dans les néons glauques, les parcours différents de ces cinq femmes se rejoignent dans une lutte commune : sortir de l'enfer de la prostitution. Chacune à leur tour, elles nous livrent leur histoire et l'histoire de leur combat pour relever la tête, sortir de l'ombre pour la lumière.

Chaque femme compte, sinon aucune ne compte.

Tout a commencé en 2013 quand le Mouvement du Nid a demandé à la comédienne Blandine Métayer de lire en public des témoignages de femmes, des travailleuses du sexe. Cinq ans plus tard - et après un long travail d'écriture à partir de ce matériau brut et une résidence au Théâtre 13 - a pièce trouve sa force dans un récit très cohérent - car ce n'est jamais évident de transposer sur scène des récits de vie. Le spectacle évite l'écueil de la juxtaposition de textes au profit d'une révolte portée par Rose, figure emblématique de la lutte contre la prostitution. "Grande violence, addiction et pauvreté. Au-delà des clichés, la prostitution, c’est cela." selon Grégoire Théry, Président du Mouvement du Nid. Selon la metteure en scène Isabelle Linnartz, l'ambition de la pièce c'est aussi de "révéler les douleurs intimes et surtout de se rapprocher des prostituées, car jusqu'à présent, elles sont toujours mises à distance. Ce sont des femmes que l'on voit à travers des "vitrines", mais on se dit, ce n'est surtout pas moi."
Après tout ce travail créatif, elle poursuit avec une grande honnêteté : "Ce qui m'intéresse c'est de dire aux femmes, comme moi je me suis dit, cela pourrait être moi. Finalement j'ai eu de la chance, car j'aurais pu complètement me retrouver dans cette situation."
De Gauche à droite : Clara (Amel Charif) jeune femme arrachée mineure à sa famille en Ukraine, Mimi (Gigi Ledron) a suivi son amoureux depuis le continent africain et Rose (Blandine Métayer) devenue une combattante contre la prostitution après "avoir subi 22 ans de violences sexuelles"
De Gauche à droite : Clara (Amel Charif) jeune femme arrachée mineure à sa famille en Ukraine, Mimi (Gigi Ledron) a suivi son amoureux depuis le continent africain et Rose (Blandine Métayer) devenue une combattante contre la prostitution après "avoir subi 22 ans de violences sexuelles" © Lionel Roy 2020
Sur scène une des prostituées tord le cou au vieil adage du plus vieux métier du monde en affirmant avec force : "C'est une situation et pas un métier." Une situation de fait non choisie. Aucune petite fille ne rêve d'un avenir dans la prostitution. Pourtant la prostitution des mineures est en pleine expansion. Combien sont-elles aujourd'hui ? Nul le sait. Un article du Monde précise néanmoins qu'entre 5 000 et 8 000 mineures (ce sont en grande majorité des filles) seraient en situation de prostitution en France aujourd'hui, selon une estimation de l'association Agir contre la prostitution des enfants établie en 2013.
Les survivantes, un spectacle pour se déciller devant une réalité de notre société complice, à voir jusqu'au 5 avril 2020.
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Les survivantes ✊🏻 Un spectacle inspiré de témoignages recueillis par le @mouvementdunid, qui retrace le parcours de cinq femmes tombées dans la prostitution, et rappelle "l'urgence à sortir du silence qui entoure encore l’un des tabous les plus tenaces, la prostitution, en donnant la parole à ces femmes." 👉🏼 A voir jusqu’au 5 avril . 📸 © Lionel Roy . . . 🗞 Presse : ✨ « L'accent est mis sur la normalité de ces personnages. Leurs paroles, leurs échanges, leurs façons de voir pourraient être ceux de n'importe qui. Mis à part cette poussée de violence qui surgit par moment comme un stigmate de la violence quotidienne qu'elles subissent. Mais la pièce refuse de tomber dans le drame et c'est plutôt le côté vivant qui est privilégié. La trame du spectacle raconte d'ailleurs en filigrane la lutte de ces femmes pour s'arracher à ce milieu et leur victoire. L’histoire de la réinsertion sociale sur lequel débouche Les Survivantes (car oui, tout finit très bien), passe finalement un peu au second plan par rapport au réalisme de la vie commune de ces cinq femmes en contact direct avec la violence masculine et avec l’indifférence d’une société qui les tolère sans les intégrer. Reste que dans cette existence qui ressemble à une survie extrêmement précaire, des instants de grâce naissent parfois, comme cette courte scène où l’une des filles, incarnée par Gigi Ledron, chante à capella dans le silence aride de ce froid morceau de terre qui semble abandonné. » Bruno Fougniès - Regarts.org

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Bon à savoir : CORONAVIRUS au Théâtre 13
Pour Les Survivantes comme l’ensemble des autres représentations et activités sont maintenues jusqu’à nouvel ordre. Par contre, les représentations d'Eugénie Grandet et de l'Orchestre de Chambre de Paris sont annulées.
La direction du Théâtre 13 précise : "Afin de limiter la diffusion de l’épidémie du Coronavirus (COVID-19), les pouvoirs publics viennent d’interdire tous les rassemblements regroupant plus de 100 personnes. La limite à 100 personnes s’entend par événement et non par site. Ce qui nous permet de maintenir l’ensemble des représentations dès lors que par salle, artistes, personnel et public compris n’atteignent pas 100 personnes, ce à quoi nous allons veiller. Le Théâtre 13 met en place les mesures sanitaires nécessaires."
Les Survivantes au Théâtre 13 Jardin - Un spectacle et des rencontres
Texte Isabelle Linnartz et Blandine Métayer, mise en scène Isabelle Linnartz
Avec Amel Charif, Gigi Ledron, Isabelle Linnartz, Jean-Claude Leguay, Blandine Métayer, Catherine Wilkening
Du mardi au samedi à 20h – le dimanche à 16h jusqu'au 5 avril 2020
Théâtre 13  / Jardin 103 A, boulevard Auguste-Blanqui – 75013 Paris (métro Glacière)
 
  • Rencontres libres et gratuites 
- Dimanche 15 mars 2020 après la représentation de 15havec l'équipe artistique et le témoignage d'anciennes prostituées.
- Vendredi 20 mars 2020 après la représentation de 20h avec la participation de  Médecin du Monde / Hélène Lebail, responsable de mission pour le dispositif Lotus Bus (qui présentera le programme de prévention de Médecin du Monde auprès des travailleuses et travailleurs du sexe chinoises dans le 13ème) et de l'association des droits de l’Homme de la Sorbonne / Tanya Vasilev (Master Droits Publics).
 
  • Exposition photographique
Dans le hall du Théâtre 13 / Jardin à ne pas manquer les photos d'Anouck Everaere et Margot Raymond
Cette exposition est une mise en lumière de la violence sous-jacente que subissent les femmes en prostitution.
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