TEMOIGNAGE. Une école occupée en solidarité avec une mère et son enfant à la rue

Une enfant de 10 ans et sa mère n'ont plus de solutions d'hébergement depuis un mois. Des parents d'élèves et des enseignants de l'école du Clos dans le 20e arrondissement à Paris, où est scolarisée la fillette, ont décidé d'occuper l'école pour obtenir un hébergement pérenne.

Une nuit dans la rue près d'une bouche de métro, trois nuits dans la salle d'attente des urgences de l'hôpital Debré… Depuis plus d'un mois, Madame C. et sa fille sont contraintes tous les soirs d'appeler le 115, totalement saturé, qui ne leur trouve pas d'endroit pour dormir.

Madame C. est fatiguée, elle n'arrive plus à se reposer. "Lorsque j'ai dû quitter le logement où j'étais hébergée avec ma fille. Nous nous sommes retrouvées dehors, j'étais sans-abri, alors nous avons passé la nuit, à côté d'une bouche de métro", raconte-t-elle. Ensuite, dit-elle, "Nous avons passé trois nuits aux urgences de l'hôpital Debré dans le 20 arrondissement".

"À l’hôpital, c’est très difficile", raconte la mère de famille. "On ne peut pas se coucher, on s'assoit sur une chaise ou on s’adosse à un mur". À tenter de dormir dans ces conditions, sa fille est tombée malade. "Ma fille a attrapé froid. Je ne savais plus quoi faire. Alors j’ai parlé à l’école de ma situation", explique-t-elle. 

Depuis une quinzaine de jours, un groupe d’enseignants de l’école et de parents d’élèves ont mis en place un réseau d’entraide. Le lundi 27 mars, le collectif a décidé d'occuper l'école pour obtenir un logement pérenne pour la mère célibataire et sa fille et les soutenir dans les démarches. Tous les matins, à 8 heures, ils organisent un petit-déjeuner solidaire dans la cour de l'école.

"C’est une initiative des parents d’élèves soutenus par les enseignants", explique Anna Roiné, parent d'élève élue de l'école du Clos. "Ça fait deux nuits que Madame C. et sa fille dorment à l’école". "On s'est organisé, et il y a un roulement d'enseignants et de parents qui dorment aussi à l’école".

Hébergement durable

Les parents demandent qu'une solution durable soit trouvée pour cette mère et sa fille et annoncent qu'ils occuperont l’école jusqu’à ce qu’une solution pérenne, soit trouvée. "On attend la réponse du cabinet du maire du 20e qui pourrait proposer une solution d’hébergement pour ce soir, mais pour l’instant, je n’ai pas de confirmation", explique Anna Roiné.

"Mais même si un hébergement est confirmé pour ce soir", ajoute-t-elle, la mobilisation se poursuivra avec le maintien des petits-déjeuners solidaires. "Nous voulons obtenir un hébergement durable pour cette mère et son enfant", insiste-t-elle, car "si c’est juste une solution pour cette nuit, pour nous, ce n'est pas une solution". 

Manque de suivi médical

"On s’est aperçu au retour des vacances de février que la maman avait perdu son hébergement, ça faisait 15 jours qu’elles étaient à la rue", confirme Alain, l'enseignant de l'enfant."Dans ces conditions, c’est très dur pour elle", assure-t-il. "Elle n'est vraiment pas en forme et elle manque aussi de suivi médical."

"Des enfants qui n'ont pas d'hébergement ce n'est pas aussi rare que ça", déplore Anna. "Je suis parent d’élève élue depuis sept ans et c’est la quatrième fois qu’on a à gérer ce type de situation dans notre école", dit-elle.

"Et pourtant, des hébergements pour faire dormir des familles, il y en a", poursuit Anna Roiné. "À Paris, il y a des bureaux vides, des appartements vides, et dans les écoles, il y a je ne sais combien de mètres carrés chauffés disponibles".

Face aux services sociaux qui mettent en avant la complexité des situations des familles, elle admet, "Oui, sans doute". Mais ce qu'elle n'admet pas c'est que des enfants dorment dehors. "On inscrit des enfants à l’école, ils font partie des effectifs et ensuite on n'est pas capable d’héberger des enfants alors qui sont en plein apprentissage, en pleine croissance". "Ce n’est pas normal", dénonce-t-elle.