Terrasses éphémères :" Cette année, si on a 3000 terrasses estivales, ce sera un grand maximum"

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Écrit par Elie Saïkali

Dès ce vendredi 1er avril, les terrasses estivales, appelées initialement "terrasses éphémères", font leur grand retour dans les rues de Paris. Cette année, elles doivent obéir à de nouvelles règles, dénoncées par certains restaurateurs et cafetiers.

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"Mes terrasses étaient sur le trottoir d’en face. Pas conforme par rapport au règlement de la zone de la rue Montorgueil", regrette David Zenouda. Représentant du secteur de la nuit au sein de l’Union des métiers de l’industrie et de l’hôtellerie (UMIH), David Zenouda est également gérant de six établissements, dont deux restaurants, à Paris. Il ne pourra pas agrandir ses deux terrasses. En cause : la nouvelle règlementation édictée par la mairie de Paris. Elles sont regroupées au sein du RET, règlement des étalages et des terrasses.

Un nouveau règlement

Adopté en juin 2021, ce nouveau protocole est le fruit de discussions entre la Ville, les associations professionnelles et celles représentant les riverains. Ces derniers s’étaient notamment plaints de nuisances lors de la mise en place des terrasses "éphémères" : des nuisances sonores tard le soir, ou encore l’obstruction de l’espace public gênant la circulation des piétons. Comme l’indique la mairie de Paris, l’objectif du RET est "d'aider les commerçants tout en s'attachant à préserver la tranquillité des riverains". Alignement des terrasses, des contre-terrasses, largeur des voies et des trottoirs... tout a été passé au crible par la Ville.

Des codes trop contraignants

Cette nouvelle règlementation est cependant mal accueillie du côté des syndicats. "Le RET est beaucoup plus contraignant par rapport à ce qu’on a pu constater lors des étés 2020 et 2021 (…) Cette année, si on a 3000 terrasses estivales, ce sera un grand maximum. On va diviser par 4 le nombre de terrasses", explique Franck Delvau, président de l’UMIH pour Paris et l’Île-de-France. "C’est un constat accablant (…) et une situation pénible pour les petits établissements qui avaient la possibilité d’agrandir leurs terrasses", dénonce David Zenouda, ajoutant qu’il y a encore près de "3000 dossiers encore à l’étude" à l’heure actuelle.

Certains n'auront leur autorisation que courant avril, voire courant mai.

Franck Delvau, président de l'UMIH Paris et Île-de-France

Parmi les grandes nouveautés du RET, l’interdiction d’installer une terrasse estivale sur une place de livraison. "Quand on a signé le RET, on nous avait laissé entendre que chaque exploitant allait pouvoir demander le déplacement de la place de livraison, au frais de l’exploitant, si à côté il y a bien une place de stationnement". Mais "entre-temps", explique-t-il, "95% des maires d’arrondissement ont refusé le déplacement de la place de livraison. Cela réduit fortement le nombre de terrasses estivales qu’on va trouver dès le 1er avril", regrette Franck Delvau.

L’installation d’une terrasse estivale doit se faire sur demande, à la mairie de Paris. Et on ne peut procéder à l’installation qu’après avoir reçu le feu vert de l’Hôtel-de-Ville. "Certains n'auront leur autorisation que courant avril, ou alors durant le mois de mai", assure Franck Delvau. "Cette situation va créer des problèmes", notamment avec des professionnels se passant de l'autorisation pour s'installer sur l'espace public.

Du côté de la mairie, on temporise. La nouvelle police municipale parisienne doit mener une première phase de contrôle "avec pédagogie et discernement", mais aussi "vigilance" face aux "nuisances produites", affirme la Ville, qui sait, marcher sur des œufs tant les relations entre commerçants et riverains excédés sont tendues.

"Couteau sous la gorge"

Certains secteurs de Paris seront privés de terrasses cette année. C’est notamment le cas pour la rue Saint-Denis ou de la rue Montorgueil dans le IIe arr.. Une décision prise par la mairie de Paris Centre. Une bonne nouvelle pour les riverains. Moins bonne pour les commerçants.

Laurent Nègre est propriétaire du restaurant "La Grille Montorgueil". Il se dit "complètement dégouté", de ne pas pouvoir agrandir sa terrasse cette année. "J’aurais pu doubler ma terrasse. Passer de 20 à 40 places, voire 50", nous explique-t-il.

La police municipale n’arrête pas de passer pour vérifier qu’on ne dépasse pas de six centimètres. C’est un peu pénible. On a un peu le couteau sous la gorge.

Laurent Nègre, propriétaire de "La Grille Montorgueil"

Il doit en plus faire face aux contrôles effectués par la police municipale. "On est vraiment embêté. La police municipale n’arrête pas de passer pour vérifier qu’on ne dépasse pas de six centimètres. C’est un peu pénible. On a un peu le couteau sous la gorge", dit-il, agacé. Il raconte : "Ce midi, un monsieur s’est assis pour discuter avec des amis. La police est passée, et on a dû négocier pour éviter l’amende. Ce week-end, on a pris une amende parce qu’on dépassait un peu. C’est à la limite du harcèlement. D’autres collègues se sont aussi fait embêter".

Il insiste : "Devant chez nous, à cause d'un manque de signalisation, des véhicules font des marches arrières, dangereuses, au milieu des gens, et personne ne dit rien. Par contre, nous, on nous aligne parce qu’on dépasse de quelques centimètres. Voilà ce qui se passe en ce moment rue Montorgueil. C’est aberrant".