Verbalisée pour avoir chanté à Montmartre, la cantatrice Veronica Antonelli, "stupéfaite et en colère", dénonce une "situation ubuesque"

La cantatrice Veronica Antonelli a été verbalisée par un policier pour avoir chanté devant le Sacré Coeur, à Montmartre, fin juillet. La chanteuse lyrique compte contester son amende, considérant que le policier a fait preuve d'"abus de pouvoir".

Le 17 août, la chanteuse lyrique Veronica Antonelli reçoit un courrier dans sa boîte aux lettres : une amende de 68 euros pour "émission de bruit portant atteinte à la tranquillité du voisinage ou à la santé de l’homme". Les faits remontent au samedi 30 juillet dernier. Vers 17 heures, alors qu'elle termine son interprétation d'un air de Puccini au pied du Sacré-Cœur, à Montmartre, un policier lui "demande d'arrêter de chanter, [s]es papiers et [s]on autorisation écrite", et lui montre qu'il la filmée, raconte-t-elle. 

"Ça fait neuf ans que je fais ça, c'est la première fois que ça m'arrive", constate Veronica Antonelli, qui se dit "stupéfaite et en colère". Depuis 2014, la cantatrice franco-italienne interprète "Montmartre Enchanté", des visites chantées et commentées du patrimoine sur des airs lyriques et a capella. "Je chante toute l'année les mardis, vendredis, samedis et dimanches à Montmartre. [...] La mairie du 18e arrondissement me connaît. Mais on ne m'avait jamais dit qu'il fallait une autorisation écrite sinon je me serais mise en conformité", explique celle qui affirme n'avoir toujours obtenu que des autorisations orales jusqu'à présent. 

Une vidéo relayée sur les réseaux sociaux

Ce 30 juillet, Veronica Antonelli est accompagnée de sa fille adolescente, de trois personnes âgées, d'un photographe et de Mike Borowski, un journaliste-youtubeur venu capter des images. Ce dernier décrit un policier "assez agressif", qu'il décide de filmer "pour avoir une preuve". Sa vidéo, qu'il diffuse sur Twitter, est fortement relayée et provoque l'indignation. 

"Le policier a commencé à se prendre la tête avec le journaliste. Il considérait qu'il l'insultait, qu'il le menaçait alors que ce n'était pas le cas", relate la cantatrice. "C'était assez violent. Il nous a sermonnés en gueulant : 'c'est moi le chef !', 'vous êtes hors la loi'", se souvient Mike Borowski.  

Le policier décide alors d'appeler du renfort. "C'est pas avec mes talons aiguilles que j'allais m'échapper", ironise la chanteuse. "Cinq policiers sont arrivés et nous ont encerclés. J'ai eu peur", confie-t-elle. Elle explique également que le policier l'aurait "menacée" de l'emmener au commissariat et "de [la] garder autant de temps qu'il voulait", ce qui aurait fait peur à sa fille. Le policier finit par rédiger un procès-verbal, qu'elle refuse de signer. 

La chanteuse dénonce un "abus de pouvoir"

"La situation est ubuesque, ça n'aurait jamais dû se passer comme ça. Ce monsieur a eu une évaluation de la situation démesurée. C'est de l'abus de pouvoir", s'indigne Veronica Antonelli. 

Le cabinet de Nicolas Nordman, adjoint en charge entre autres de la police municipale, parle d'une "erreur d'appréciation de la police nationale sur le terrain" vis-à-vis d'une chanteuse "inscrite dans le paysage local". Cette dernière explique avoir reçu "des excuses de la mairie" du 18e arrondissement dès le lendemain. Et le 2 août, la préfecture de police lui a envoyé une autorisation écrite l'autorisant à se produire dans certains lieux de Montmartre les mardis, vendredis, samedis et dimanches après-midi pendant deux mois.

Veronica Antonelli inscrit son art dans "une démarche de réappropriation de l'espace public" qu'elle tente de rendre "bienveillant". Elle se dit d'autant plus choquée par cette "répression symboliquement très violente" qui, selon elle, "interroge sur la place de la culture" en France.