VIDEO. Des voies rapides aux pistes cyclables... Quand la voiture perd sa place à Paris

"Rue des Archives" nous plonge dans la mémoire de l'audiovisuel. Cette semaine, coup de projecteur sur la place de la voiture dans Paris, alors que le permis de conduire fête ses 100 ans. Des embouteillages, à l'ère des mobilités douces, en passant par la construction des voies rapides.

Vingt carrosses bientôt arrivant à la file / Y sont en moins de rien suivis de plus de mille.” Cette description d'un embouteillage parisien n'a pas été rédigée en 2022. Mais bien publiée en 1660 par le poète Nicolas Boileau, dans sa Satire VI consacrée aux "Embarras de Paris". Une critique du bruit et du trafic déjà présents dans la capitale en ce 17e siècle.

Des chars et charrettes, la critique pourrait aujourd'hui viser l'automobile, dont la place est l'objet d'un débat politique intense. En fonction des classements, "Paris est entre la 5e et la 40e ville la plus congestionnée" dans le monde, précise Tom Dubois, urbaniste spécialiste de la mobilité, porte-parole du groupe de réflexion "Forum Vies mobiles".

En 2020, plus de 460 000 véhicules constituaient le parc roulant parisien, selon les chiffres du ministère de la Transition écologique. Un chiffre en constant recul depuis 2010... Toutefois loin des 230 000 véhicules de toute classe recensés en 1908, selon le journal Gil Blas, cité par le site RetroNews. Une époque où le permis de conduire, créé en 1922, n'existait pas encore.

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Un commerçant et une contractuelle (une "aubergine") se disputent au sujet de la piétonnisation d'une rue parisienne, en 1974. ©Ina / ORTF / 2e chaîne, 2 avril 1974

Le Paris des bagnoles

Dans les années 60, l’heure est à la domination de la voiture. C'est durant cette décennie que les berges de Seine vont être transformées en boulevard urbain, afin de faciliter la traversée de la capitale. "Cette voie express trouve le moyen de traverser tout le Paris historique, sans en déranger l'harmonie, et peut-être même, dans une certaine mesure, en l'améliorant", déclare le Premier ministre Georges Pompidou, le 22 décembre 1967, lors de l'inauguration.

"On pense que la voiture est le symbole de la modernité, de la liberté. Il faut donc créer des axes pour fluidifier le trafic, aller le plus rapidement possible", explique l'urbaniste. Or, "plus on crée de tuyaux, plus on crée de trafic".

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Le Premier ministre Georges Pompidou inaugure les voies sur berges le 22 décembre 1967. ©Ina / ORTF / 1re chaîne, 23 décembre 1967 & ORTF / 1re chaîne, 22 décembre 1967

Vers la ville "adoucie"

Cette vision de la ville sera largement remise en question dans les années 70. En 1972, des cyclistes manifestent quai Saint-Bernard, à Paris, pour exiger plus de place sur le domaine public routier. "On se rend bien compte qu'il y a des problèmes de pollution locale et de congestion qui dégradent la qualité de vie", analyse Tom Dubois.

"Paris est l'une des villes où il y a le plus gros réseau de transports collectifs au monde."

Tom Dubois, urbaniste spécialiste de la mobilité

"Rue des Archives", 9 décembre 2022

Un tournant dans la politique de la ville, qui se traduit notamment par l'installation des bornes visant à sanctuariser les trottoirs, ou encore les premières pistes cyclables. Les maires sont alors Jacques Chirac, puis Jean Tiberi. Bien plus tard, dans les années 2010, sous l'impulsion de Bertrand Delanoë, l'arrivée du Vélib', et la piétonnisation des voies sur berge confirment ce virage. La voiture n'est plus la bienvenue.

? "Rue des Archives", c'est chaque vendredi, à 11h50, sur France 3 Paris Île-de-France. Retrouvez l'intégralité du numéro #11, consacré à la place de la voiture à Paris.

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Alors que le permis de conduire fête ses 100 ans ce mois-ci, retour sur la place de la voiture à Paris au fil du 20e siècle : des premiers embouteillages, à l'ère des mobilités douces, en passant par la construction des voies rapides dans la capitale. Avec Tom Dubois, urbaniste spécialiste de la mobilité, porte-parole de "Forum Vies mobiles" ©France 3 Paris Île-de-France