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Pour défendre les héros de l'environnement, Élisabeth Schneiter n'attend pas la COP 24

Journaliste à Reporterre, Élisabeth Schneiter est aussi l'auteure du livre "Les Héros de l’environnement " paru la semaine dernière. Nous avons rencontré, à son domicile parisien, ce grand témoin d'un monde en souffrance écologique. 

 

Par France Montagne

Élisabeth Schneiter a fait de la défense de l'environnement son cheval de bataille.
Elle parcourt le monde pour rencontrer ces héros qui, parfois au péril de leur vie,
se mobilisent pour sauver la planète. Puis, elle enquête et raconte. Une cinquantaine de chefs d'État et de gouvernement réunis à Katowice en Pologne,
depuis le lundi 3 décembre, pour participer à la COP24.
La COP 24, c'est la 24ème conférence internationale de la convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques. 
Il s'agit de LA plus importante réunion internationale sur le climat depuis l'adoption de l'accord de Paris, en décembre 2015.

Trois enjeux majeurs pour cette conférence :
-définir les règles d’application de l’accord de Paris, pas ou peu appliqué encore en 2018.
-élever l’ambition climatique mondiale, 
-renforcer la solidarité internationale face aux transformations en cours et à venir. 
 
 
  • Chaque semaine 4 défenseurs de l'environnement sont tués dans le monde

Partout dans le monde, des femmes et des hommes s'engagent pour défendre l’environnement.
Parfois, ils le paient cher. Souvent de leur vie.  Ces « gens ordinaires » subissent une violence
croissante à mesure que la situation écologique empire et que les ressources naturelles
diminuent.

L’ONG Global Witness écrit dans son rapport 2018 que quatre défenseurs de l’environnement
sont assassinés chaque semaine, et probablement davantage puisque les informations sont
incomplètes. Le rapport montre aussi que ceux qui, partout dans le monde, sont responsables
ou complices des attaques contre les défenseurs de l’environnement, restent en grande
majorité impunis. D’innombrables militants reçoivent des menaces diverses et souvent de
mort, envers eux et leurs proches, subissent un harcèlement juridique, des arrestations, des
assignations à résidence et des détentions arbitraires, ou sont soumis à une surveillance
illégale, à des chantages ou sont enlevés sans qu’on sache où ils sont.
Le nombre de morts augmente chaque année et l’intensités des violences aussi.
 
  • En Europe aussi la violence monte

La violence de la répression des manifestations pacifiques augmente à mesure que la situation
écologique empire et que les ressources naturelles diminuent.
En Europe aussi la violence monte.
Les policiers qui ressemblent de plus en plus à des militaires forment de véritables
bataillons contre des activistes presque toujours désarmés.

Il y a plusieurs niveaux de violences.
La diffamation est un premier niveau, suivi de l’intimidation.
On fait passer ces activistes pour des délinquants, et certains gouvernements
votent des lois qui les assimilent à des terroristes violents.

Une pratique courante en France, pour discréditer les activistes, est d’effrayer les gens pour
les empêcher de comprendre les enjeux véritables des luttes et les mettre du côté des
industriels…
Par exemple, les occupants de la ZAD de Notre-Dame des Landes ont été caricaturés
dans certains discours, dans certains médias et assimilés à des terroristes.
On parlait de "djihadistes écolo" (Le Point), d’extrémistes verts (Atlantico) , ou d’écoterroristes (Le Monde),
terme apparu au code pénal en France en 2004 comme: “ayant pour but de troubler gravement
l’ordre public par l’intimidation ou la terreur, introduire dans l’atmosphère, sur le sol, dans le
sous-sol, dans les aliments ou les composants alimentaires ou dans les eaux,… une substance
de nature à mettre en péril la santé de l’homme ou des animaux ou le milieu naturel.
  • Ecotérroristes : un nouveau terme, mais qui désigne t'il ?

Alors, si "écotérroriste" peut designer des individus, ne serait-ce pas également envisageable de désigner également par ce terme 
les sociétés qui vendent des tonnes de produits chimiques toxiques déversés ensuite sur les terres agricoles
et dans les rivières ?

Leaders autochtones ou paysans, manifestants pacifiques, avocats, journalistes ou membres
d’ONG travaillant pour dénoncer les atteintes à l’environnement, l’accaparement des terres et
d’autres violations… des citoyens ordinaires, se retrouvent en première ligne dans la défense
de l’avenir de notre planète. Et ils sont confrontés à des menaces de plus en plus violentes,
parce que, non seulement les gouvernements et les entreprises ne remplissent pas leur devoir,
mais tendent à les stigmatiser comme des criminels !

Nicolas Hulot, en donnant sa démission du gouvernement, a clairement énoncé la raison de
cette situation dangereuse.

Les lobbies n’ont rien à faire dans les cercles du pouvoir. Il faut
à un moment ou un autre poser ce sujet sur la table parce que c’est un problème de
démocratie. Qui a le pouvoir ? Qui gouverne ?

  • Morts pour la défense de l'environnement


                    -Ajit Maneshwar Naik, 57ans    
Dandeli, une ville sur les rives de la Kali, une rivière du nord de l’État indien du Karnataka.
Le 27 juillet dernier, un homme marche tranquillement vers sa voiture lorsqu’un individu
masqué surgit un sabre à la main, se jette sur lui et le frappe de son arme.
Des passants se portent à son secours et l’emmènent à l’hôpital ; il y arrive mort.
Ajit Maneshwar Naik venait de gagner un combat pour éviter qu’un septième barrage ne fasse
définitivement disparaître la rivière Kali et les écosystèmes qui l’entourent.
Il continuait d’affronter les mafias locales en luttant contre les déversements d’effluents polluants
par des papeteries de la région, où les taux de pollution de l’eau sont élevés.
L’Inde est l’un des pays où on tue le plus de militants de l’environnement.

                      -13 manifestants en Inde         
Le 22 mai dernier, à Tuticorin, dans l’État indien du Tamil Nadu, 20.000 manifestants
protestaient contre la menace toxique posée par la fonderie Sterlite Copper, une filiale de
Vedanta. Des policiers ont tiré à balles réelles sur les manifestants et ont tué 13 personnes.
Un scandale tel que le gouvernement du Tamil Nadu a décidé de fermer la fonderie.
Fatima Babu, une ancienne professeure d’anglais, qui anime depuis 23 ans la lutte contre l’entreprise
polluante, pleure les morts : "Quelque chose ne va pas dans le monde, les militants sont
traités comme des terroristes, alors que nous sommes au contraire de vrais patriotes, qui
refusons que notre pays soit vendu à des industriels qui en tirent profit !
"
Elle espère que la fermeture sera définitive et que l’entreprise réhabilitera correctement l’environnement pollué.

                      -Steffen, 27 ans
Steffen M., un jeune militant de 27 ans est mort le 19 septembre, alors qu’il cherchait à
documenter l’arrestation d’un militant. Il écrivait et filmait la résistance du collectif Hambi
Bleibt, dont les 150 militants perchés dans 51 cabanes dans les arbres, s’opposent depuis six
ans à la destruction de la forêt millénaire de Hambach en Allemagne.
Une forêt passée de 4.100 hectares à 200, dans l’ouest de l’Allemagne.
3.500 policiers armés de canons à eau, accompagnés de chevaux et d’hélicoptères étaient sur place
pour permettre l’abattage mené par la compagnie électrique RWE pour étendre une mine de charbon géante à ciel ouvert.
Selon un sondage du journal "Die Zeit", 75 % des Allemands s’opposent à la destruction de la forêt, pourtant l’État soutient
l’entreprise RWE, un vrai problème de démocratie. Après la mort de Steffen, il semble que cette forêt sera épargnée.



 

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