Retour à l'école : « pour quelques semaines de classe, ça sert à quoi de prendre un risque pareil ? »

Sur la base du volontariat, les écoles primaires et maternelles rouvriront progressivement à partir du 11 mai, et à partir du 18 mai pour les collèges. Si certains parents sont impatients, d’autres ont d’ores et déjà décidé que leurs enfants ne retourneront pas en classe.

Les écoles rouvriront progressivement à partir du 11 mai et à partir du 18 mai pour les collèges.
Les écoles rouvriront progressivement à partir du 11 mai et à partir du 18 mai pour les collèges. © Martin BUREAU / AFP
Le retour sur les bancs de l’école, Olivia 8 ans et sa maman Sonia l’attendent avec impatience. Parties se confiner à la campagne chez la mère de Sonia, elles ont hâte de retrouver Paris. "Je milite pour la reprise ! Olivia a vraiment besoin de revoir ses amis". Maman de trois enfants de 8 ans, 5 ans et 1 mois, Sonia commence à trouver le temps long après sept semaines de confinement et espère aussi un peu souffler avec le retour à l’école. "On n’est pas prof ! On essaie mais la maîtresse est plus pédagogue et il y a une émulation de groupe qui est importante et qu’ on n’a pas à la maison. Il y a des notions, par exemple les divisions, qui ne sont pas simples à comprendre, en classe ça passe mieux". La famille attend désormais des dates de rentrée.

Pas de retour à Paris avant l’été pour certaines familles

Partis en Normandie, Frédéric et Florentina, parents de Marie (les prénoms ont été modifiés), en grande section de maternelle dans le XIe arrondissement ne reviendront pas à Paris avant août ou septembre. "Les conditions ne semblent absolument pas réunies pour reprendre l’école. Je ne comprends pas, si ce n’est d’un point de vue économique. Demander à un enfant de l’âge de Marie de respecter les gestes barrière c’est une absurdité !", déplorent-ils. Acteur et metteur en scène, rien ne les retient professionnellement. "On a perdu notre boulot et donc on n’a pas de pression. On peut se permettre d’être précautionneux, pas tant pour Marie mais pour les profs et les parents"», assurent-ils. Et tant pis si Marie veut retourner en classe et déteste l’école à la maison, la petite fille devra un peu patienter avant de revoir les copains.

A Mousseaux-sur-Seine dans les Yvelines, Sabrina Pino partage ces inquiétudes et a décidé qu’elle ne renverra pas sa fille en classe en mai pour éviter la propagation du virus. "Lounéa ne retournera pas à l’école parce que j’ai la chance de pouvoir faire ma profession en télétravail. Je pense que beaucoup d’enfants ont été porteurs sains et l’ont transmis à des personnes fragiles, si on peut éviter ça, je pense que c’est mieux", explique la maman.

Si on a la possibilité de la remettre dans des conditions qui ne semblent pas trop compliquées sur le plan sanitaire, on le fera.


Médecin à l’hôpital Saint-Louis à Paris, Juliette Soret pense qu’elle re-scolarisera sa fille actuellement gardée à la maison par son mari. "Si on a la possibilité de la remettre dans des conditions qui ne semblent pas trop compliquées sur le plan sanitaire, on le fera. On a aussi un bébé de 5 mois alors le télétravail de mon mari en ce moment il est un peu compliqué !", concède t-elle. "On se dit qu’elle est déjà exposée par sa maman et qu’on ne reverra pas les grands-parents."

Les collèges ne rouvriront qu'à compter du 18 mai dans les départements où la circulation du virus est très faible, a assuré Edouard Philippe, mardi 28 avril, devant l’Assemblée nationale. Seules les classes de 6ème et de 5ème seront concernées dans un premier temps.

« C’est un travail de malade »

A Eaubonne dans le Val d'Oise, Ouahida ne sait pas encore si elle laissera sa fille élève en 6e retourner au collège. "Franchement je ne sais pas si elle ira. Ca m’inquiète, c’est risqué". La maman aurait préféré un retour en classe en septembre. "Pour quelques semaines de classe,  ça sert à quoi de prendre un risque pareil ?", s’interroge t-elle.

Pourtant sans connexion internet, l’école à la maison s’avère particulièrement difficile, Ouahida doit déposer sa fille chez une collègue tous les jours pour qu’elle puisse suivre les cours en visioconférence. "Chez moi ça ne passe pas, et il faut aussi imprimer les cours, c’est un travail de malade, ça me stresse beaucoup", raconte la maman qui s’en remettra à la décision de la principale du collège.  "Je ne peux pas laisser ma fille à la maison quand le collège est ouvert. Si je ne la mets pas, j’ai peur que ça se retourne contre elle."

Le casse-tête des parents enseignants

Amélie (le prénom a été modifié) maman de deux petites filles en CE2 et en grande section, elle même enseignante et directrice d’école tente de préparer la rentrée. "'Je suis convaincue que c’est nécessaire pour nous, pour les enfants. C’est important de terminer l’année, d’échanger." Mais ce retour en classe suscite beaucoup de questions. Sa fille aînée en CE2 pourrait ne rentrer en classe que le 18 ou le 25 mai. "Si ma fille ne peut pas reprendre l’école, qu’est-ce que je fais ?", s’interroge l’enseignante qui s’inquiète aussi de l’ouverture de la cantine pour ses filles.

Autre interrogation la poursuite de l’enseignement à distance. "Je sais que certains enfants ne reviendront qu’en septembre. Comment être en classe et faire l’école à distance ?", poursuit-elle. L’enseignement se fera par groupe de 15 élèves maximum a assuré le Premier ministre. "Dans les petites communes rurales, il n’y a pas de centre de loisirs, qui va accueillir les enfants qui ne seront pas en classe ?", se demande t-elle. Amélie attend désormais des réponses de l’inspection académique. "Le retour à l’école oui mais dans de bonnes conditions", conclut-elle.
 
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