Dans le rétro. La Toussaint et les codes perdus du deuil

Cimetière parisien en 1968 le jour de la Toussaint. / © INA
Cimetière parisien en 1968 le jour de la Toussaint. / © INA

La Toussaint n’est pas la Fête des morts, qui elle a lieu le lendemain, le 2 novembre. Dans une société qui occulte la mort, cette fête nous donne l’occasion de penser à notre mortalité. Deux jours pour songer à ceux qui ne sont plus et pour évoquer la mort.

Par Sylvie Drouin

Que reste-il de la Toussaint ?

Fête catholique instituée au IXe siècle, la Toussaint honore tous les saints et précède la fête des morts. Que reste-il, en 2018, de la Toussaint ?

Un week-end prolongé - parfois très meurtrier sur les routes de France ; une météo réputée incertaine voire foncièrement maussade alors qualifiée à juste titre de "Temps de Toussaint" ; et toujours, des chrysanthèmes à foison sur les tombes des cimetières. Car la tradition perdure, au grand bonheur des fleuristes qui réalisent un de leur meilleur chiffre de l’année.
                           

La perte des symboles du deuil

En dehors de ce temps dédié au culte des morts, la mort nous échappe et perd toute visibilité. Les signes du deuil et l’évocation de la mort disparaissent. On ne porte plus les habits noirs durant des mois, le brassard n’est plus de mise ni la cravate noire. La couleur noire n’est plus celle du deuil.

Depuis longtemps les tentures de deuil noires ou grises n’encadrent plus la porte d’entrée de la maison du défunt. D’ailleurs on ne meurt quasiment plus chez soi, mais à l’hôpital ou en maison de retraite.

Le corbillard s’est auto-banalisé. Les tristes cortèges des enterrements se sont dispersés, comme les cendres d’une urne funéraire ouverte à tous vents. La pratique de la crémation est de plus en plus répandue et participe aussi à cette perte de la symbolique du deuil par la disparition du corps et de la pierre tombale.

Aujourd’hui on ne repère plus une personne qui est en deuil, ce qui ne nous permet pas de prendre les précautions d’usage vis-à-vis d’elle.

Pensez-vous à la mort ?

Déjà en 1973, dans un reportage de l’ORTF, un sondage de la revue Le Pèlerin nous révèle que 17 % des Français pensent souvent à la mort, 56 % parfois et 27 % jamais. La mort est devenue un sujet tabou.

"La France est un pays latin dans lequel on emploie l’euphémisme, on n’emploie pas le mot mort." disait le Professeur Péquignot en 1973. Nous préférons célébrer la jeunesse et parier sur l’immortalité en repoussant l’âge du décès. En revanche, la mort spectaculaire et fictive est surreprésentée dans les médias, au cinéma, dans les jeux vidéo. Elle y est souvent associée à la violence et la souffrance. Ce qui, soit nous effraie, soit nous indiffère. Il semble que la réception raisonnée et admise de notre mort future est de plus en plus occultée. Nous ne voulons plus envisager cette ultime échéance. Pourtant nier la mort est vain, car elle, ne nous oubliera pas…

La mort individuelle, intime, s’efface sauf en ce début du mois de novembre, où la Toussaint nous rappelle à notre condition humaine.
 

A lire aussi

Sur le même sujet

Les + Lus