Dans la Seine en crue, la jeune policière s'est noyée à cause de décisions ahurissantes

Les recherches se poursuivent pour tenter de retrouver la policière disparue dans la Seine lors d'un exercice. / © BSPP
Les recherches se poursuivent pour tenter de retrouver la policière disparue dans la Seine lors d'un exercice. / © BSPP

Le Canard Enchaîné révèle, ce mercredi 25 avril, que la préfecture de police de Paris a caché dès le départ, les circonstances réelles de la noyade, le 5 janvier 2018, d'une jeune policière de la brigade fluviale au plus fort de la crue de la Seine. Pour ne pas dévoiler des erreurs impensables

Par Christian Meyze

Le Canard Enchaîné révèle, ce mercredi 25 avril, de nombreux éléments des enquêtes concernant la disparition et la noyade d'Amandine, 27 ans, jeune policière, habilitée plongeuse depuis à peine un mois à la brigade fluviale de la préfecture de police de Paris, lors d'un exercice en pleine crue de la Seine. Des éléments accablants, que la préfecture de police et le ministère de l'intérieur connaissent depuis le jour du drame. Et qu'ils ont choisi jusque-là, de garder secrets.
Le 5 janvier 2018, la Seine, comme les autres cours d'eau d'Ile-de-France, est en crue depuis plusieurs semaines. Une crue importante qui rend le débit du fleuve beaucoup plus fort que d'habitude.


Exercice d'entraînement

Ce matin là, la brigade fluviale décide de faire un exercice d'entraînement. Rien d'étonnant en soi : les policiers de ce corps d'élite s'entraînent constamment, y compris, justement, dans des conditions exceptionnelles puisque leurs interventions sont souvent requises d'urgence dans des circonstances périlleuses.
Mais en pareil cas, on attend d'une brigade de ce niveau, que toutes les précautions soient prises pour que justement ses plongeurs soient en sécurité.

Or l'enquête semble dire que l'endroit retenu pour réaliser l'exercice était celui du choix le plus dangereux, celui où le courant était le plus puissant. 


Plongeur sans équipement

Mais il y a encore plus grave et surprenant : la jeune plongeuse, Amandine, qui n'est qu'à ses premiers jours dans la brigade, indique à un moment qu'elle est en difficulté. Normalement, une très longue corde de sécurité reliée au Zodiac de la brigade lui même solidement amarré à la berge la sécurise et l'empêche d'être emportée par les flots.
Pourtant, quand le moniteur de plongée qui dirige l'exercice est alerté de ses difficultés, il prend une première décision incohérente en donnant l'ordre à un de ses hommes de plonger à la rescousse alors que cet homme n'est pas équipé de sa bouteille d'air.


L'ordre de lâcher la corde

Troisième élément étonnant : ce plongeur sans son équipement, lui aussi débutant, est lui très vite en difficulté du fait de la violence du courant. Et à cet instant, le moniteur de plongée décide, contre toute logique, de lâcher la corde de survie reliée à Amandine pour pouvoir désamarrer le Zodiac et récupérer le plongeur.

Le plongeur est repêché, fort heureusement, mais entre-temps, Amandine a disparu, emportée par les flots.

Les secours vont la rechercher pendant plusieurs jours. Mais dans les circonstances où elle a disparu, avec le débit d'eau qu'atteignait le fleuve, lestée de sa bouteille et de sa ceinture de plomb, et une température de l'eau très froide, les recherches sont restées vaines.

Mais ce que révèle le Canard Enchaîné surtout, c'est que la préfecture de police et le ministère de l'intérieur connaissaient tous ces éléments dès le 5 janvier : le moniteur de plongée a déjà tout raconté à ses collègues et à sa hiérarchie.
C'est pourtant la thèse de l'accident malheureux que la préfecture choisit de livrer à la famille comme à la presse. Pourquoi ? Il n'y a pour l'instant, aucune explication.

La mère d'Amandine s'est constituée partie civile. Le parquet a ouvert une enquête le 27 février dernier pour "homicide involontaire".

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