Affaire Jérémy Cohen : "Pas de motifs discriminatoires à ce stade de l'enquête" selon le procureur de Bobigny

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Écrit par Elie Saïkali avec Isabelle Dupont et FTV

Le procureur de Bobigny (Seine-Saint-Denis) a tenu à faire le point ce mardi sur l'enquête sur la mort de Jérémy Cohen. Ce trentenaire de confession juive, est décédé le 17 février après avoir été percuté la veille dans la soirée par un tramway.

Les violences qui ont précédé la mort de Jeremy Cohen, trentenaire de confession juive percuté par un tramway le 16 février, n'ont pas de "motifs discriminatoires" à ce stade de l'enquête, a déclaré ce mardi le procureur de Bobigny Éric Mathais lors d’une conférence de presse.

"Aucun élément ne permet à ce jour d'établir avec certitude que la victime était porteuse de manière apparente ou non d'une kippa au moment de la scène de violence", a-t-il ajouté.

"Bien entendu, tout élément permettant d'établir un motif discriminatoire à cette scène de violence, en particulier antisémite, donnera lieu à une aggravation de la qualification pénale retenue", a toutefois déclaré le procureur expliquant que "de nombreuses investigations restent à mener pour établir les circonstances exactes des faits ayant précédé l'accident".

Vidéo sur les réseaux sociaux, tweet, et élection présidentielle dans quelques jours, le procureur de la République est revenu sur les différentes enquêtes suite à la mort de Jérémy Cohen, le 17 février dernier.

Enquêtes et informations judiciaires

Une première enquête a d'abord été ouverte pour homicide involontaire, pour ce qui s'apparentait alors à un accident mortel de la circulation. "Des investigations avaient été menées pour déterminer une éventuelle responsabilité du conducteur du tramway", explique Éric Mathais.

L'enquête avait été confiée au commissariat de Bobigny et avait été classés sans suite. Mais "rapidement, les éléments recueillis permettaient de comprendre que, quelques instants avant l'accident, la victime avait subi des violences", relève le parquet. En effet "le 10 mars, de nouveaux éléments étaient transmis au commissariat de Bobigny, en l'espèce une vidéo filmée par un témoin", poursuit le procureur.

Dans cette vidéo largement partagé sur les réseaux sociaux, on y voit Jérémy Cohen entouré d’une quinzaine d’individus qui le prennent à partie et le maltraitent à plusieurs reprises. En tentant d’échapper à ses assaillants, il court sur les voies du tramway de la ligne T1, alors qu’une rame approche. Elle le percute. Victime d'un arrêt cardio-respiratoire et d'un traumatisme crânien, Jérémy Cohen décède peu après minuit à l'hôpital.

Une seconde enquête a donc été ouverte pour violences volontaires en réunion. Le parquet de Bobigny a annoncé avoir ouvert une information judiciaire le 29 mars pour violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner, soit la qualification pénale "la plus haute envisageable à ce stade des investigations".

Le service départemental de la police judiciaire (SDPJ) de Seine-Saint-Denis est en charge de l'enquête sous l'autorité d'un juge d'instruction.

Une agression antisémite ?

Un peu plus tôt dans la journée, le père de Jérémy Cohen s'est montré prudent quant au caractère potentiellement antisémite de l'agression de son fils :  "Peut-être que c’est l’un des facteurs déterminants (de l’agression, ndlr). Peut-être qu’il portait sa kippa et que ça a dérangé des gens qui ne supportaient pas qu’il l’ait", s’interroge, avec prudence, le père de Jérémy. Mais, avertit-il, "pour déterminer, il faut des vérifications". "Nous avons demandé à notre avocat d’émettre, à la demande de notre famille, l’hypothèse de l’acte antisémite (…) Jérémy avait l’habitude d’avoir sa kippa blanche, mais pas forcément pour des raisons religieuses", explique-t-il.

"Que justice soit rendue", a réagi l’avocat de la famille Cohen, Me Franck Serfati, "que les individus identifiables qui n’ont pas encore été appréhendés puissent être entendus. Qu’on puisse comprendre pourquoi ils ont agressés Jérémy. Qu’on puisse savoir qui a fait quoi de façon précise en toute légalité, et qu’ensuite, ils soient renvoyés devant la juridiction du jugement, c’est-à-dire la cour d’assises pour répondre de leur méfait."

Ce mardi, le procureur a expliqué que "de nombreuses investigations restent à mener pour établir les circonstances exactes des faits ayant précédé l'accident" notamment des investigations techniques sur la vidéo "pour améliorer sa qualité et affiner son analyse". 

Eric Mathais "invite toute personne détenant des informations utiles à l'enquête à entrer en contact avec les services de police".