EXCLUSIF. "Ils ont fait exprès, c'était volontaire." le jeune homme blessé dans la collision mortelle entre un scooter et la police à Aubervilliers témoigne

Ibrahim H. est à l'arrière du scooter conduit par Wanys R. mercredi 13 mars quand le 2 roues est heurté par un véhicule de la Brigade anti-criminalité appelé en renfort. Dans l'accident, le conducteur décède. Ibrahim H, lui est gravement blessé. Hospitalisé, le jeune homme a accepté de témoigner. Il nous livre en exclusivité sa version des faits.

Le drame a eu lieu mercredi 13 mars en début de soirée à Aubervilliers en Seine-Saint-Denis. Autour de 19 heures, la police poursuit après un refus de contrôle, un scooter avec deux jeunes hommes à son bord. Le deux-roues est heurté quelques minutes plus tard par un véhicule d'une brigade anticriminalité appelée en renfort, venant en sens inverse. Dans la collision, le conducteur, Wanys R, 18 ans est tué. Ibrahim H., lui, est projeté sur la chaussée, grièvement blessé.

"Ceux qui nous ont renversés n'avaient pas de gyro, c'était une voiture banalisée"

Conduit à l'hôpital Avicennes de Bobigny, le jeune homme souffre de fractures au bassin et à la cheville. Il se souvient des dernières minutes avant la collision : "Cela s'est passé à 19 heures pile, au moment où la police a essayé de nous arrêter. On était poursuivi par une équipe de police de La Courneuve, et il y a une deuxième équipe qui a essayé de nous renverser, mais ils n'ont pas réussi. Ensuite on est arrivé à Aubervilliers. Ceux qui nous ont renversés n'avaient pas de Gyro [gyrophare Ndlr] c'était une voiture banalisée. La voiture était à contresens et à pleine vitesse. J'ai été éjecté un peu plus loin après l'impact."

Une vidéo de l'accident mortel a été diffusée sur les réseaux sociaux et dans les médias. Le scooter qui fuyait un contrôle de police s'est retrouvé face à cette voiture de la BAC. Cette dernière s'est déportée,  de sa file de circulation pour éviter un autre véhicule qui n'avait pas respecté une priorité, a indiqué le procureur de Bobigny dans un communiqué d'après les premiers éléments de l'enquête en date de jeudi dernier. Il "s'est ainsi retrouvé face au scooter qui arrivait en sens inverse à vive allure après avoir déboîté pour doubler", a-t-il ajouté. 

"Ils m'ont tapé et essayé de m'étouffer"

Avant d'être conduit à l'hôpital, Ibrahim, toujours conscient, dit avoir entendu la police se réjouir. "Ils disaient 'yes on a réussi à les renverser', ils ont vu que j'étais conscient et que j'avais entendu, alors ils m'ont tapé ou essayé de m'étouffer (...) pour que je me rendorme."

À la question, ont-ils fait exprès de tamponner le scooter ? Ibrahim assure : "Oui c'est cela, ils ont fait exprès, c'était volontaire, j'ai tout entendu. Ils ont dit comme quoi ils avaient réussi leur coup et qu'il n'y avait pas de caméra autour. Ils étaient fous de joie." 

durée de la vidéo : 00h02mn21s
Un reportage de Laurence Barbry, Didier Morel, Yannick le Gall ©France3 PIDF

Collision volontaire ou accidentelle ?

Me Yassine Bouzrou, avocat de la famille de Wanys R.et d'Ibrahim H a porté plainte contre les policiers pour violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner et violences volontaires aggravées.

"La vidéo montre que c'est le véhicule de police qui fait une embardée et qui percute à contre-sens et volontairement le scooter", nous a t-il déclaré. Selon lui, les policiers ont "volontairement" percuté le 2 roues.

Les "allégations" du parquet sur une "collision accidentelle liée au comportement d'un tiers automobiliste paraissent fantaisistes et sont démenties par la vidéo", affirme t-il. Le conseil des victimes a déposé une demande de dépaysement de la procédure doutant de la neutralité des acteurs judiciaires.

De son côté, Me Jérôme Andrei, avocat des deux policiers à l'avant du véhicule récuse cette version des faits. "Il est assez évident que le véhicule de police a dû faire une manœuvre d'évitement d'urgence au dernier moment car le véhicule tiers lui coupait la route, cela ressort clairement de la vidéo." "Dire qu'il l'a percuté volontairement est une contrevérité", a-t-il ajouté, "objectivement cela reste un accident".

Deux enquêtes ouvertes

Le parquet de Bobigny a ouvert une enquête pour blessures et homicide involontaire.

Les trois policiers qui se trouvaient dans le véhicule impliqué dans la collision ont été auditionnés jeudi dernier par les enquêteurs de l'IGPN, a indiqué une source proche de l'enquête, précisant que la manœuvre du conducteur de la voiture de police n'était "pas un acte volontaire".

"L'analyse des témoignages, des rapports de police et de l'ensemble de vidéos se poursuit activement pour avoir de façon la plus objective possible les circonstances de l'accident et les instants qui les ont précédées", a déclaré vendredi le procureur de la République Eric Mathais.