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Gournay-sur-Marne : les habitants mobilisés contre le bétonnage de leur commune

Hubert Préaut, riverain de la Marne devant les 3 niveaux de crues 1955 - 1970 et 1983. Le 2 février 2018, l'eau est montée jusqu’à sa taille. / © Didier Morel / France 3 Paris.
Hubert Préaut, riverain de la Marne devant les 3 niveaux de crues 1955 - 1970 et 1983. Le 2 février 2018, l'eau est montée jusqu’à sa taille. / © Didier Morel / France 3 Paris.

A Gournay-sur-Marne, la dernière crue de février 2018 est restée un traumatisme pour les habitants. La Marne avait alors atteint un reccord : 5,74m. Depuis, ils se battent contre la construction d'immeubles sur leur commune, pourtant classée en zone inondable à 80 %. 

Par Aude Blacher

1910, 1955, 1970, 1983, 2016... A chaque crue, c'est la même chose. Gournay-sur-Marne, ses rues, ses maisons, ses jardins sont sous les eaux. Presque une habitude pour les 6800 habitants de cette ville située en bord de Marne…
Pourtant, le 2 février 2018, ils sont nombreux à avoir eu peur. Ce jour-là, la Marne atteint les 5,74 mètres. L’inondation est telle que même le "mur anti-crue" construit dans les années 70 ne tient pas. "Vous vous levez un matin et même en ayant mis des sacs de sable, vous avez 1m50 d'eau dans le sous-sol, se souvient Hubert Préaut, un riverain de la Marne. C'est arrivé extrêmement vite. C'était très impressionnant. Le courant était si fort que si vous vouliez marcher, vous deviez vous tenir aux murs. Ma fille, elle, a dû être évacuée en barque."
En février 2018, l'inondation a submergé le barrage "anti-crue" de Gournay-sur-Marne. / © Isabelle Préaut.
En février 2018, l'inondation a submergé le barrage "anti-crue" de Gournay-sur-Marne. / © Isabelle Préaut.
700 habitations sont submergées. Pendant une semaine, les habitants sont privés de gaz et d'électricité. Par mesure de sécurité, un centre de loisir et un collège restent fermés pendant 15 jours.
La Marne a atteint 5,74 m en février 2018. / © Isabelle Préaut.
La Marne a atteint 5,74 m en février 2018. / © Isabelle Préaut.
Pour les riverains, c’est l’épisode de trop. Pétition, manifestations… Ils demandent au maire l’arrêt des permis de construire de petits immeubles, alors que 80 % du territoire est classé en zone inondable. Sans succès. Car selon l’association "Non au Bétonnage de Gournay-sur-Marne", l’édile aurait donné son aval sur de nombreux permis de construire ces derniers mois. En 2017, 43 logements ont été construits. En 2018 : 102. Et sur les quatre premiers mois de 2019, près de 203... "A côté de chez moi, deux parcelles ont été vendues pour y construire 50 logements, explique un habitant. Or, il y a un an et demi, les gens y passaient en bateau avec plus de 1m d'eau de haut. Ca me parait déraisonnable de densifier la population dans ces zones-là."
Une quinzaine de permis de construire sont actuellement recensés à Gournay-sur-Marne. / © Didier Morel / France 3 Paris.
Une quinzaine de permis de construire sont actuellement recensés à Gournay-sur-Marne. / © Didier Morel / France 3 Paris.

De son côté, le maire (SE) Eric Schlegel dit respecter la loi. Il rappelle que zone inondable ne veut pas dire zone inconstructible et que tout nouveau bâtiment doit respecter des règles du Plan local d'urbanisme (PLU). "Nous devons être vigilants, c'est sûr. Mais on est pas non plus être dans des zones inondables comme en bord de mer. Nous sommes dans des zones constructibles, dans le respect du PLU et du Plan de prévention des risques d'inondations (PPRI)." 
Eric Schlegel explique également qu'il a l'obligation de construire des logements sociaux car sa ville est très en dessous des quotas. "Nous avons un retard considérable. C'est la loi."
La ville de Gournay a l'obligation de rattraper son retard en construction de logements sociaux. / © Didier Morel / France 3 Paris.
La ville de Gournay a l'obligation de rattraper son retard en construction de logements sociaux. / © Didier Morel / France 3 Paris.
Ce n'est pas l'avis de Joëlle Escolano, la présidente de l'association "Non au Bétonnage de Gournay-sur-Marne". "Il se cache derrière cette loi Allur mais actuellement il construit plus de logements privés que sociaux. Donc notre quota de 25 % va être exponentiel. On y arrivera jamais." 
L'association a décidé de faire appel à un cabinet d'avocats pour demander à l'édile de faire usage des pouvoirs qui lui sont conférés afin de stopper "ce bétonnage à outrance au détriment de la sécurité des habitants de la commune".

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