Les Lilas : la mort de l'adolescent de 13 ans n'est pas un drame isolé

Une bagarre entre jeunes s'est soldée par la mort, dimanche, d'un adolescent de 12 ans aux Lilas. / © PHOTOPQR/LE PARISIEN/MAXPPP
Une bagarre entre jeunes s'est soldée par la mort, dimanche, d'un adolescent de 12 ans aux Lilas. / © PHOTOPQR/LE PARISIEN/MAXPPP

Depuis début septembre, plusieurs rixes entre bandes rivales ont fait des blessés voir des morts en banlieue parisienne. Phénomène inquiétant : l'âge des protagonistes, de plus en plus jeunes. 

Par Aude Blacher

C'est une nouvelle victime des affrontements entre bandes rivales en banlieue parisienne. Dimanche, un adolescent de 13 ans est mort des suites de ses blessures après avoir été roué de coups de barre de fer aux Lilas (Seine-Saint-Denis).
Cinq mineurs âgés de 14 à 17 ans viennent d'être placés en garde à vue. Deux d'entre eux se sont rendus à la police dimanche en fin de journée et les trois autres ont été interpellés lundi matin.
Ce décès intervient un mois après celui de Luigi, 16 ans, tué de de plusieurs balles à la gorge dans la cité Romain-Rolland à Saint-Denis (93).
 

Le 26 septembre à Garges-les-Gonesses (Val-d'Oise), Othman, 17 ans, avait eu plus de chance. Après avoir été passé à tabac par une dizaine de personnes armées de béquilles et de boules de pétanque, le jeune-homme s'en était finalement sorti avec 67 points de suture au niveau de la tête. Très vite, un jeune majeur et un mineur avaient été mis en examen pour tentative d'homicide volontaire et écroués.
 
 
Le lendemain, le 27 septembre, c'est à coup de marteau, de pied et de poing qu'un adolescent de 15 ans est frappé par plusieurs personnes à la gare de Brunoy dans l'Essonne. Une scène d'une rare violence filmée par des témoins. Les agresseurs ont finalement laissé leur victime au sol après lui avoir volé sa sacoche qui contient... 30 euros.
 

Le 1er octobre encore, une cinquantaine de jeunes s'affrontent dans le quartier du Bas-Domaine à Mantes-la-Ville (Yvelines). Après une enquête, 32 jeunes sont placés en garde à vue. D'après une source policière, des "battes, marteaux brise-glace, câbles électriques, couteaux et un katana (sabre japonais)" ont été retrouvés sur les suspects. Le plus jeune d'entre eux est âgé de 13 ans. 
 

Il y a deux jours enfin, le 13 octobre, c'est une centaine de jeunes qui se bagarrent à Champigny-sur-Marne après s'être donnés rendez-vous via les réseaux sociaux. Certains des protagonistes sont cagoulés, armés de barres de fer, de bâtons et de shockers électriques. L'origine du différend n'est pas connue mais il pourrait s'agir d'un affrontement de territoire car la rixe a opposé des habitants de la commune de Champigny-sur-Marne et à celle voisine de Villiers-sur-Marne. 
 

Des phénomènes liés au territoire


Le territoire, c'est l'un des premiers motifs de ces violences. "Les individus vont se reconnaître non pas en fonction de leurs origines ethniques mais par leurs origines territoriales : "c'est mon quartier, c'est mon secteur, c'est ma rue", indique Eddy Sid, policier au syndicat SGP. "Cela peut-être aussi pour des mots sur des réseaux sociaux. Ou de simples querelles amoureuses." Des motivations souvent futiles, pas forcément lié au trafic de stupéfiants.

Outre l'ultra violence de ces jeunes, ce qui est nouveau pour les spécialistes, c'est la jeunesse des protagonistes, parfois préadolescents. Des jeunes au casier souvent vierge. "Là où on avait avant des jeunes adultes majeurs, depuis près d'une décennie on retrouve dans ces rixes des jeunes de 12-13 ans. Cela dépasse rarement la majorité car soit ces jeunes se réinsèrent par le biais des services judiciaires ou éducatifs, soit ils se professionnalisent pour commettre cette fois-ci de menus larcins," explique Eddy Sid. Selon Grégory Goupil, policier au syndicat Alliance, "ce sont des faits spontanés. Les bandes ne sont pas forcément organisées autour d'un leader. Pour les arrêter, il n'y a pas de remède miracle. Il faudrait plus d'effectifs et l'occupation renforcée de la voie publique car les bagarres sont extrêmement courtes, ultra violentes, et nous n'avons pas le temps d'intervenir."
Malgré ces récents événements, la délinquance de bande serait selon le sociologue Antoine Jardin en stagnation en France. Entre 2016 et 2017, elle aurait même baissé de 19% à Paris et dans les villes de la petite couronne d'après le ministère de l'Intérieur qui répertorie 90 bandes organisées en France, dont près de la moitié à Paris et dans sa proche banlieue.

 

Des élus réclament plus de sécurité


Dans leur ville, certains élus ne font pas le même constat. Et se disent impuissants face à cette violence de bandes. Ce lundi matin, le maire PS des Lilas Daniel Guiraud a réclamé à l'Etat "un plan d'action" et des "moyens matériels et humains suffisants pour s'attaquer au phénomène", pointant un réel problème de service public. "A force, de réduire au fil des ans le nombre d’agents publics, de fonctionnaires de police, de justice, on le paie un jour ou l'autre", détaille Daniel Guiraud. "Aujourd'hui, la société le paie."
Même constat chez Alexis Corbière, député LFI de la 7e circonscription de Seine-Saint-Denis. "Il faut redonner aux associations les moyens de jouer pleinement leur rôle de moteur du lien social, de l'inclusion de tous - et d'abord des jeunes. Des éducateurs spécialisés doivent être déployés afin de lutter contre la délinquance juvénile. Enfin, il faut cesser de maltraiter l'école publique car bien souvent, échec scolaire et marginalisation vont de pair."
 

Il y a un mois déjà, après la fusillade de Saint-Denis, le président du département Stéphane Troussel avait déclaré : "Nous ne pouvons nous résoudre à ces drames (...) L'action de la police et de la justice doit d'urgence être renforcée."
Hier, suite au drame survenu aux Lilas, l'élu réitère sa demande. "Le prochain ministre de l’Intérieur, avec celui de l’Education et des Familles, devra s’atteler à un plan d’actions ambitieux pour en finir avec les phénomènes de bande."
 

Ce lundi matin, une réunion d'urgence était organisée à la Préfecture de Bobigny avec le Préfet, les maires des communes et des représentants des différents services de l’Etat concernés.


 

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