Mode Estime, l’association où les femmes sont à l’honneur

Installé à L'Île-Saint-Denis cet atelier textile accueille une quinzaine de travailleurs vulnérabilisés, et tente de les aider à se remettre sur pied par le biais de la couture.

Une salariée de l’association Mode Estime confectionnant les habits d’une poupée. Crédit photo Elie SAIKALI
Une salariée de l’association Mode Estime confectionnant les habits d’une poupée. Crédit photo Elie SAIKALI

Armée de son fil à coudre, de son tissu et de sa machine, Limin confectionne les habits d’une poupée. Elle coud sa jupe jaune et son haut rose. Avec une grande habileté, cette professionnelle fait preuve d’une grande précision pour que la qualité soit au rendez-vous et faire plaisir à l’enfant qui recevra la poupée. Car dans la couture, un mauvais geste et il faut tout recommencer.

Cela fait quatre ans qu’elle travaille, avec beaucoup d’autres, au sein de l’atelier de confection de l’association Mode Estime. Située au sein d’un grand local dédié à l’Économie Sociale et Solidaire – appelé le PHARES – à L’Île-Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), sa mission est de redonner de l’estime, par la mode, à des personnes qui se sont retrouvées éloignées de l’emploi et les insérer sur le marché du travail. 

"Une grande famille"

Elle emploie 15 personnes, essentiellement des femmes, venant de tous horizons, tant géographiques que professionnels. Certains viennent de Chine ou d’Inde, d’autres d’Afrique du Nord ou sahélienne. Il y a des professionnels et des débutants. Ils ont pourtant, tous, une passion commune : la confection et la couture. Et c’est au sein de l’atelier de Mode Estime qu’ils et elles mettent en pratique leur passion. "Ça fait cinq ans que je travaille dans l’atelier. C’est mon premier travail en France. Avant je faisais de la couture en Guinée, et j’ai approfondi ici en apprenant sur les machines en France", nous confie Fatou, une travailleuse au sein de l’association. "C’est mon premier travail (…) je connaissais quelques aspects de la couture. C’est plus ma mère qui faisait de la couture, mais je m’habitue aux machines", ajoute Ramandeep, travailleuse depuis septembre au sein de l’association, confectionnant de son côté des lingettes démaquillantes lavables, remplaçant ainsi les cotons jetables.

Certains travailleurs de l’association ont fait de la couture leur profession depuis toujours. "Je suis un professionnel. J’ai travaillé dans le domaine de la couture et dans la confection de tailleurs pendant 46 ans : 16 ans au Maroc et 30 ans en France (…) mais certains emplois, dont le mien, ont été supprimés ou délocalisés", nous explique Mohammed, l’un des rares hommes à travailler dans l’association. Il y travaille depuis deux ans, expliquant en avoir entendu parler "par un ami" à lui qui l’a aiguillé vers l’association. "On est dans une grande famille. Travailler avec une équipe comme la nôtre est très agréable", se réjouit-il.

Ci-contre l’atelier de création de Mode Estime en pleine action. Crédit photo Elie SAIKALI
Ci-contre l’atelier de création de Mode Estime en pleine action. Crédit photo Elie SAIKALI

Emploi et perspectives professionnelles

Mode Estime est une passerelle professionnelle pour ceux qui y passent. "Leur expérience à Mode Estime leur permet de travailler leur projet professionnel, d’accéder à un emploi ou à une formation", nous confie Marie Saudin coordinatrice en accompagnement des salariés et des projets de l’association. Par ailleurs, par la couture et les autres activités qui touchent au domaine (comme le patronage ou encore le contrôle de la qualité d’un produit), le travail permet à ces personnes de retrouver non-seulement une confiance et une estime d’elles-mêmes, mais aussi d’acquérir de nouvelles compétences. "Ces personnes pour beaucoup sans qualification ou expérience professionnelle ont besoin de passer par un parcours d’insertion", insiste Mme Saudin.

Agrémentée par la Direccte (Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi) relevant de l’État, l’association accueille principalement des personnes qui se trouvent en Seine-Saint-Denis. Les salariés sont employés pendant un an en CDD et orientés par les services de l’État pour l’emploi : Pôle Emploi et Cap Emploi. Ce CDD est renouvelable tous les ans jusqu’à deux ans – même si cela peut durer plus longtemps si nécessaire, notamment pour les personnes en situation de handicap ou les personnes de plus de 55 ans.

Ils font également l’objet d’un suivi professionnel et social. "On fait des points réguliers avec les conseillers de chacun, on se rend compte qu’on fait des réunions avec les salariés. Il y a un suivi constant (…) il y a également un suivi avec des services sociaux", poursuit Mme Saudin, ajoutant qu’"on a des objectifs fixés à l’avance vis-à-vis de l’insertion professionnelle des salariés. Il y a des attentes de la part de l’État". 

Écologie et textile

L’association créé principalement des accessoires vestimentaires. Cela va des trousses aux lingettes démaquillantes en passant par des sacs et des masques en tissu. Elle fabrique également des blouses ou encore des kimonos. "On fabrique à la demande pour des clients qui viennent vers nous, des marques indépendantes… Elles nous fournissent leur modèle et leur tissu, et nous on s’occupe de tout ce qui touche à la confection", explique de son côté Mathilde Coin, qui cogère l’atelier de création ainsi que les projets des clients. Les salariés réalisent parfois leurs propres créations. Des ventes ont lieu lors de foires, de marchés, ou via des associations partenaires. 

Une salariée de Mode Estime en train de teindre des sacs avec de l'indigo. Crédit Mode Estime.
Une salariée de Mode Estime en train de teindre des sacs avec de l'indigo. Crédit Mode Estime.

L’association fait beaucoup dans l’upcycling (littéralement : surcyclage) – une méthode de récupération d’objet finis destinés à être jetés et de transformation en objet ayant une utilité supérieure à celui d’origine – une sorte de recyclage amélioré. Tout cela s’inscrit dans une dimension écologique qui est l’un des piliers de l’association. Cela va par exemple de l’utilisation de tissu bio à des projets ponctuels de teinture à partir de matières végétales. On peut faire "du jaune avec de la peau d’oignon, de la fane (feuille) de carotte ou encore du rose avec de la peau et des noyaux d’avocat", explique Mathilde Coin. "Proposer une alternative écoresponsable et solidaire à la filière textile", telle est la devise de Mode Estime.

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