TEMOIGNAGES. Grève des profs jeudi 1er février : "Je me mobilise demain car je refuse de faire partie d'une Education nationale qui pratique la ségrégation scolaire"

De nombreux établissements scolaires n'ouvriront pas leurs portes ce jeudi 1er février à l'appel de la FSU, la Fnec-FP-FO, la CGT et Sud éducation. De la maternelle au lycée, le mouvement intersyndical devrait être assidûment suivi. Salaires, postes, conditions de travail... Trois enseignantes nous expliquent pourquoi elles seront en grève.

Trois enseignantes aux fonctions différentes, l'une en maternelle, l'autre professeure spécialisée et une directrice ont accepté de témoigner pour expliquer les "raisons de la colère". Toutes trois représentantes syndicales, elles nous expliquent la complexité de leurs conditions de travail et leurs inquiétudes pour l'avenir de leur métier. 

Pour Muriel, enseignante en maternelle à Pantin en Seine-Saint-Denis et membre du FSU-Snuipp 93, la mobilisation est une façon d'alerter sur les problèmes d'effectifs au sein des classes. "Dans mon école, nous avons eu une nouvelle fermeture de classe cette année. Il y en avait déjà eu une l'année dernière. Chaque fois qu'une classe ferme, une autre se retrouve avec plus d'élèves. Cela rend notre travail d'autant plus compliqué. Les élèves ont besoin d'un suivi individualisé et plus la classe est grande plus il est compliqué à mettre en place pour l'enseignant", selon elle. La professeure des écoles fera partie des 55% d'enseignants grévistes en maternelle et primaire dans le département jeudi d'après des chiffres syndicaux.

Des difficultés pour accompagner les élèves

L'accompagnement des élèves, c'est aussi le quotidien d'Agnès Guichard à Romainville, également membre du plus important syndicat enseignant du premier degré. Elle est enseignante en RASED. Le RASED, c'est le Réseau d'Aide Spécifique aux Elèves en Difficulté. "Ce réseau est constitué de deux enseignants spécialisés. L'un pour l'aide pédagogique et l'autre pour l'aide relationnelle. Nous avons aussi un psychologue scolaire dans l'équipe", définit-elle. Elle note qu’à certains endroits de la Seine-Saint-Denis, ce dispositif "ne peut pas être mis en place car il manque des psychologues scolaires." Cela crée selon elle un manque de liens entre les écoles et les centres médico-sociaux qui accueillent des élèves concernés par le dispositif.

De son côté, Catherine Da Silva est directrice d'une école à Saint-Denis. Comme 150 autres écoles du département, la sienne sera fermée jeudi. "Je me mobilise demain car je refuse de faire partie d'une Education Nationale qui pratique la ségrégation scolaire en faisant le tri de ses élèves. En tant que personnels de direction, nous allons devoir créer des classes de niveau entre les CM2 et 6èmes à partir des résultats de nos élèves en primaire et je le refuse." Catherine Da Silva indique qu'elle refuse une "école libérale dans laquelle chacun est assigné dans sa catégorie sociale et où les enfants des classes populaires ne pourraient pas trouver leur voie".

130 écoles fermées à Paris

Cette grève sera suivie par 65% des enseignants en maternelle et primaires à Paris selon la branche parisienne du FSU-Snuipp. Pour Léa Dubresseuil, co-secrétaire départementale dans la capitale, ce mouvement comporte plusieurs revendications. "On est en colère. Nous demandons d'abord 300 euros de salaire en plus pour l'ensemble des enseignants", indique-t-elle. La question de l'attractivité du métier d'enseignant se pose également. "À Paris, beaucoup d'enseignants se sentent sous pression car le système dysfonctionne et qu'on a besoin davantage de recrutements pour répondre aux problématiques du remplacement et des suppressions de postes massives", indique la représentante syndicale.

Selon elle, ce manque d'attractivité est lié à la détérioration des conditions de travail. "Il y a d'abord une difficulté pour accéder à la formation. Ensuite, le gouvernement nous emmène vers des programmes de plus en plus formatés avec de moins en moins de liberté pédagogique pour les enseignants. Depuis 2017, notre métier est attaqué en permanence", déplore Léa Dubresseuil.

Elle cible en particulier la labélisation des manuels scolaires et les évaluations nationales en CP et en CE1. "Cela devient des outils de pilotage pour le gouvernement. En fonction des résultats, il y a de plus en plus d'ingérence dans le travail des enseignants", conclut-elle.