Argenteuil : nouveaux éléments sur la mort de la jeune Alisha

Une conférence de presse a été donnée ce mercredi après-midi par le procureur de la République de Pointoise Eric Corbaux afin de faire un point sur l'enquête.

Comment expliquer la mort de la jeune Alisha ? Les enquêteurs de la police judiciaire de Cergy-Pontoise (Val-d'Oise), saisi par le parquet pour des faits d’assassinat, tentent de déterminer les circonstances du drame. Les investigations se poursuivent, alors que deux suspects âgés de 15 ans, un adolescent et sa petite amie, ont été interpellés dans la nuit de lundi à mardi, avant d’être placés en garde à vue le 9 mars.

C’est la mère de l’auteur présumé qui a signalé les faits, selon le parquet, en se rendant au commissariat d’Argenteuil lundi soir. Elle a expliqué que son fils lui avait confié avoir - avec sa petite amie - "frappé une jeune fille" avec qui il avait entretenu une relation amoureuse, et qu’elle était "tombée dans la Seine".

Les faits sont déroulés lundi après-midi sur un chemin de terre à l'ombre du viaduc de l'autoroute A15, à proximité de voies de chemin de fer. Le signalement a permis aux policiers de retrouver le corps de la victime au niveau du quai Saint-Denis, immergé et comportant des traces de coups au niveau de la tête.

L'un des deux adolescents mis en cause soupçonné d'avoir piraté le compte Snapchat de la victime pour diffuser des images intimes

Les deux suspects fréquentaient le même établissement que la victime : le lycée professionnel privé Cognacq-Jay, à Argenteuil. Ils n’avaient pas d’antécédent pénal. Les trois jeunes appartenaient à une section de Troisième préparant aux formations professionnelles.

Selon les premiers éléments de l’enquête, un conflit avait éclaté entre les trois jeunes pendant les vacances scolaires, sur fond de rivalité amoureuse et de harcèlement sur les réseaux sociaux. L'un des deux adolescents mis en cause est soupçonné d'avoir piraté le compte Snapchat de la jeune Alisha, pour diffuser des images intimes de la jeune fille. Alisha et l’adolescente se serait ensuite battues il y a quelques jours au sein du lycée. 

D'après Franceinfo, la mère de la victime avait effectué le mois dernier un signalement pour harcèlement auprès de la direction de l’établissement, qui lui aurait alors conseillé de porter plainte. Un conseil de discipline devait d'ailleurs se tenir ce mardi. Le rectorat de Versailles a depuis exprimé sa "plus vive émotion", et annoncé la mise en place d’une cellule d'accompagnement psychologique.

Conférence de presse

Afin de faire la lumière sur cette affaire, le procureur de la République de Pointoise Eric Corbaux a tenu une conférence de presse ce mercredi après-midi. Il en ressort effectivement qu'"une brève relation amoureuse s'était nouée pendant une semaine entre le jeune homme et la victime. En septembre 2020, une autre relation se noue entre le jeune homme et la jeune fille (...) Les deux jeunes filles gardent des relations amicales, ce que le garçon a du mal à accepter". A propos de l'affaire de la photo évoquée plus haut, "au cours du mois de février 2021, une photo de la victime en sous-vêtements est diffusée sur snapchat, et qui a été piratée sur son propre compte qu'elle avait laissée ouvert", affirme le procureur, expliquant que "le 5 février, le lycée a été avisé par un élève de ces faits et de la la diffusion de ces photo. Aucune plainte ou main courante n'a été enregistrée à ce jour pour évoquer ces faits devant le commisariat d'Argenteuil".

Concernant le déroulé exact des faits, récoltés aux termes de la garde à vue qui a pris fin ce mercredi entre 15h40 et 15h45 pour les deux adolescents, le procureur a mis en évidence les éléments suivants. "Des SMS ont été échangés entre le jeune homme et la jeune fille où ils évoquaient 'quelque chose à faire' avec la victime. A la demande du jeune homme, la jeune fille et la victime (...) auraient convenu de se voir lundi 8 mars à la gare d'Argenteuil. Elles s'y sont retrouvées toutes les deux, puis elles se sont rendues au niveau du quai Saint-Denis où elles avaient l'habitude de se rendre. Après avoir discuté quelques minutes, le jeune homme, qui était resté dissimulé se serait approché de la victime et lui aurait donné par surprise des coups au visage, lui aurait tiré les cheveux, puis lui aurait fait une balayette la faisant tomber au sol", explique le procureur.

La victime est décédée par "noyade"

S'en sont suivi de longues secondes où Alisha a reçu des coups. Le jeune homme "lui aurait donné des coups de pied alors qu'elle était au sol, dans le dos et dans la tête. La jeune fille n'aurait pas donné de coup à ce stade des investigations. La victime, à ce moment-là, était encore consciente et gémissait les yeux ouverts. Le jeune homme et la jeune fille auraient alors attrappé la victime pour la jeter dans la Seine en contrebas du quai. Ils se sont ensuite rendus au domicile du jeune homme, se sont changés, évoqué les faits à la mère du jeune homme, puis se sont rendus à Paris pour manger avant de se réfugier chez un ami qui n'était pas au courant des faits qui venaient de se dérouler, là où ils ont été interpellés".

Selon le procureur, la victime était encore consciente au moment où elle a été jetée dans la Seine. "Les éléments médicaux-légaux indiquent que la victime est morte noyée (...) des analyses toxicologiques et anatomo-pathologiques sont en cours", explique M. Corbeaux. "Il n'y a pas d'autres causes qui pourraient expliquer le décès. Il n 'y a pas de fracture du crâne. On constate des hématomes très importants sur le crâne compatibles avvec les coups de poings et les coups de pieds, une contusion à l'oeil compatible avec les coups de poings, et également des ecchymoses dans le dos", ajoute-t-il.

"Les deux mineurs ont été déférés cet après-midi au parquet de Pontoise pour une ouverture d'information pour des faits d'assassinat avec réquisition d'un mandat de dépôt", a conclut le procureur, expliquant que "ces faits sont passibles de 20 ans de prison en raison de l'excuse de minorité dont ils bénéficient, et qui pourrait être prononcé s'ils étaient déclarés coupables par le tribunal pour enfant, statuant aux criminels".

 

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