Le passage à niveau "le plus dangereux de France" de Deuil-la-Barre et de Montmagny en travaux

Il détient un triste record : trois décès et 67 accidents en l'espace de 15 ans. Des travaux viennent enfin de commencer sur le passage à niveau qui sépare les communes de Deuil-la-Barre et de Montmagny dans le Val-d’Oise avant sa suppression définitive fin 2026.

Il aura presque fallu une décennie de concertation pour que le chantier de réaménagement du passage à niveau qui sépare les communes de Deuil-la-Barre et de Montmagny (Val d'Oise) débute enfin.

Depuis le 17 juillet et jusqu'au 18 août, les automobilistes qui empruntent d'ordinaire cette voie sont priés de faire un détour. Car derrière les barrières, des ouvriers s'affairent à dévoyer les réseaux d’électricité et de gaz du secteur. Une première étape avant la suppression d'ici 2026 de ce passage classé en première position sur la liste des passages à niveau à supprimer par le Ministère des Transports et SNCF Réseau et véritable source d'angoisse pour les riverains. "Les barrières ne sont pas bien synchronisées et elles se baissent trop tardivement", nous confie une habitante. "Une de mes tantes a assisté à un accident mortel ici, et je connais des personnes qui sont décédées. C’est assez traumatisant", explique une autre habituée du passage à niveau. "Quand tu es pressé, tu n'as pas le temps de regarder. Donc tu passes et tu te fais écraser. C’est un soulagement qu'il y ait enfin des travaux."

67 accidents en 15 ans

Depuis 15 ans, 67 accidents, dont trois mortels, ont été recensés sur ce passage "maudit", malgré la mise en place de mesures de sécurisation comme l'installation de quatre demi-barrières et d’un radar de franchissement.

Le 21 novembre 2013, une femme de 51 ans y avait trouvé la mort après avoir été percutée par un train de la ligne H. Elle avait tenté de traverser à pied le passage à niveau alors que les barrières étaient abaissées et que les signaux lumineux étaient allumés.

En 2015 puis en 2017, plusieurs conducteurs s’étaient retrouvés coincés sur les rails. Percutés par des trains, tous s'en étaient sortis miraculeusement avec des blessures légères.

Plus récemment, en décembre 2022, un train lancé à pleine vitesse avait percuté un camion-benne de 19 tonnes. Le chauffeur, pris au piège et qui s’était préparé à l’impact dans son habitacle, avait été légèrement blessé au visage.

En mai dernier enfin, c’est un automobiliste qui une fois encore s’était retrouvé coincé entre les deux barrières. Son véhicule, dont il avait réussi à s’extraire in extremis, avait été entièrement broyé par le train. L'incident avait entraîné plusieurs heures de perturbations sur le trafic de la ligne H.

Une liste noire bien trop longue pour le maire (LR) de Montmagny, Patrick Floquet. "C'est le passage à niveau le plus accidentogène de France, et cela fait quarante ans que chacune des communes essaye de mettre en place un projet de déviation." Une priorité "absolue" pour Deuil-la-Barre et Montmagny mais qui aura mis longtemps avant de se concrétiser. "Il y avait 80 parcelles à racheter, un pavillon à exproprier. Ce sont des procédures longues avec un coût financier élevé. Il fallait réunir toutes les forces du département, de l’État et de la SNCF pour arriver à une solution," reconnaît l'édile. 

Des travaux jusqu'en 2026

Ce passage à niveau, traversé par 188 trains (qui assurent des dessertes journalières au travers du Transilien Ligne H, en direction de Paris-Nord et du TER Hauts de France), deux lignes de bus, et 7000 véhicules en moyenne par jour, est le carrefour ferroviaire/routier le plus fréquenté d’Île-de-France.

Il a, en outre, la particularité d’être emprunté par un grand nombre de piétons : 500 en heure de pointe. Autant de publics à prendre en compte pour ces travaux d'ampleur. "Actuellement, tout le monde partage le même espace et c’est bien le problème. Surtout à l’ouverture du lycée où sont scolarisés 1400 élèves", explique Dominique Petitpas, maire adjointe de Deuil-la-Barre, déléguée à la jeunesse. "Nous avons donc décidé de donner la priorité aux piétons et aux vélos en créant un passage souterrain situé juste en dessous de la voie. Les véhicules motorisés pourront quant à eux emprunter un pont ferroviaire situé 600 mètres en amont."

Ces travaux, financés par l’État, la Région Île-de-France, la SNCF et le Conseil départemental du Val-d’Oise sont estimés à 45,5 millions d’euros. Ils devraient commencer au second semestre 2024 et s'achever fin 2026 avec la supression définitive du passage à niveau. Pendant la durée du chantier, des déviations seront mises en place pour les automobilistes qui devront prendre leur mal en patience. 

Les passages à niveau en question

En France, il existe environ 15 000 passages à niveau sur les lignes ouvertes au trafic du réseau ferré national. 144 d'entre eux posent encore problème, dont douze en Île-de-France (cinq en Seine-et-Marne, trois dans l’Essonne, trois dans le Val d’Oise et un dans les Hauts-de-Seine). Ils sont inscrits sur la liste des passages à supprimer.

Les accidents aux passages à niveau ont provoqué en 2018 16 décès (contre 42 en 2017 et 31 en 2016). Selon la SNCF, la quasi-totalité des accidents de passage à niveau est imputable au non-respect de la signalisation routière. Chaque année en France, 60 collisions se produisent entre un train et des véhicules ou des piétons.