Nuisances sonores près des aéroports : élus et associations veulent moins d'avions au-dessus de leur tête

Une consultation publique est organisée à Gonesse pour demander des mesures contre les nuisances sonores et l'instauration d'un couvre-feu pour le trafic aérien à l'aéroport de Roissy-CDG.

L'avion permet de voyager vite et loin. Mais pour ceux qui habitent à côté des aéroports ou au-dessus de couloirs aériens, difficile de ne voir que des avantages dans ce moyen de transport.

"Les menaces qui pèsent actuellement sur la santé et le climat ne sont plus soutenables, surtout avec les prévisions de croissance du trafic aérien", indique Charlène Fleury, coordinatrice de l'association Rester sur Terre, un regroupement d'associations écologistes.

Ce collectif organise, en partenariat avec l'Union Française Contre les Nuisances des Aéronefs (UFCNA), une mobilisation pour le plafonnement du trafic aérien ce mercredi 13 mars. Des actions ont lieu sur 22 sites dans l'Hexagone et en Europe.

Effets sur la santé

L'Île-de-France est particulièrement concernée avec deux aéroports de taille internationale : Orly (au sud de Paris) et surtout, Roissy – Charles-de-Gaulle.

Concernant ce dernier, plusieurs associations demandent ainsi "un plafonnement à 440 000 mouvements/an (-12% vs 2019)", détaille un communiqué de l'association Rester sur Terre, qui précise qu'une "étude d’impact par approche équilibrée pilotée par le préfet du Val d’Oise - qui permettrait la mise en place d’un plafonnement et d’un couvre-feu demandés par les associations - est en cours à Roissy".

Françoise Brochot, responsable d'une antenne de l'Association de Défense Contre les Nuisances Sonores (Advocnar), dénonce "l'opacité" dans laquelle cette procédure se déroule. Si des auditions ont bien eu lieu, elle affirme ne pas avoir accès à leurs comptes rendus : "Fin décembre, le préfet nous annonçait que contrairement à la lettre de mission de Clément Beaune, il n'allait pas étudier uniquement des scénarios de plafonnement de l'aéroport de Roissy, mais qu'il allait réexaminer ce qu'on appelle les trois premiers piliers de 'l’approche équilibrée de la gestion du bruit' : c'est-à-dire des mesures non contraignantes de type renouvellement volontariste des flottes par les compagnies."

Des mesures qui ne rassurent pas le Dr Pierre Souvet, membre de l'Association Santé Environnement France (ASEF) pour qui il s'agit d'une "urgence sanitaire mondiale car les pollutions sont devenues la première cause de mortalité au monde" et d'évoquer de multiples maladies comme des "pathologies cardiovasculaires, tensions artérielles, risques d'infarctus ou du stress".

Arrêt des vols la nuit

À Orly, le Groupe ADP promet des émissions sonores en baisse de 6 décibels entre 22h et 23h30 grâce à des appareils moins bruyants en 2035 malgré 16% de passagers en plus comparé à 2023 (et une "stabilisation" du nombre de mouvements à 229 000, fruit d'avions plus grands et mieux remplis).

À Gonesse, le maire (PS) de la commune, Jean-Pierre Blazy, demande en premier lieu l'arrêt des vols la nuit. Actuellement, la compagnie FedEx opère quand les autres compagnies restent au sol.

"Le doublement des pistes de Roissy a amené le nombre de mouvements annuels à 500 000 avec un accroissement des vols de nuit. Les nuisances et le bruit, c'est aussi une nuisance atmosphérique", regrette Jean-Pierre Blazy.

Ce dernier a lancé une consultation publique (sur place ou en ligne). Les habitants franciliens peuvent répondre à la question suivante : "Pour votre santé et face à l'urgence climatique, souhaitez-vous la limitation des vols et leur interdiction la nuit entre 22 heures et 6 heures ?"

En mai 2023, 300 élus franciliens avaient déjà demandé le plafonnement et la réduction du trafic aérien dans une lettre adressée au ministre du Transport de l'époque, Clément Beaune.

"On a fabriqué un des plus beaux aéroports au monde. Mais en même temps, on a fait voter quelque chose qui ne semble plus avoir de limite. Le Terminal 4 a été, pour l'instant, condamné par le Covid. Il faut avoir un équilibre entre l'économie et la santé, l'environnement et l'urgence climatique", ajoute M. Blazy qui espère que la France s'inspirera de la décision de l'aéroport d'Amsterdam-Schiphol.

Aux Pays-Bas, une décision en suspens

Le gouvernement entendait ainsi réduire le nombre maximum de vols par an, le faisant passer de 500 000 à 460 000 à partir de 2024 afin de réduire les nuisances sonores à proximité d'un des plus grands carrefours aériens d'Europe.

Mais le gouvernement néerlandais a annoncé en novembre la suspension de cette mesure en raison d'un avis négatif européen, détaille l'AFP.

Le gouvernement a expliqué avoir reçu une lettre de la Commission européenne des transports exprimant de "sérieuses préoccupations", et appelant les Pays-Bas à prendre "de toute urgence (...) toutes les mesures possibles pour garantir le respect du droit européen".

Les plans avaient également suscité une vive opposition des autorités américaines début novembre, tandis qu'un pourvoi en cassation de compagnies aériennes est en cours.

"Le gouvernement a décidé de suspendre" ses plans de réductions "au moins jusqu'à ce que la Cour suprême se prononce sur la procédure en cassation", décision qui n'est pas attendue avant le deuxième trimestre 2024.

Le ministre de l'Infrastructure Mark Harbers a reconnu qu'il s'agissait d'une "pilule dure à avaler pour l'environnement", mais a souligné que "le gouvernement s'engage à rétablir l'équilibre entre Schiphol et son environnement".