Intempéries et inondations : "il faut s'adapter, on rehausse la chaussée de 10 à 12 cm"

Villeneuve-le-Roi, victime à plusieurs reprises des crues de la Seine, rehausse et "désimperméabilise" une partie de sa voirie. Un chantier test pour la métropole du Grand Paris. Toutes les communes franciliennes sont exposées à des risques d'inondations liés, en très grande partie, à du ruissellement en raison de phénomènes météo de plus en plus soudains et violents.

"Pendant les inondations de 2016, on n'était pas là, on était en vacances en Bretagne, mais on s'est inquiété. On n'a pas eu de dégâts dans la maison. En tout cas, ce n'était rien par rapport aux inondations de 1955 ou là, dans les rues inondées, on marchait sur des planches", se souvient ce couple de retraités, résidant au numéro 10 de la Voie de Seine à Villeneuve-le-Roi, au sud-est de Paris.

En 2016 et en 2018, la Seine a submergé à deux reprises les voies riveraines du fleuve, et l'eau s'est engouffrée dans toutes les rues riveraines et dans la Voie de Seine qui traverse ce quartier pavillonnaire proche du fleuve. Les inondations ont bloqué les habitants chez eux et ont empêché d'autres de rejoindre leur domicile. "On peut considérer qu'au moment des inondations, on a dû intervenir auprès de 2 500 à 3 000 personnes", se souvient Didier Gonzales, le maire (LR) de Villeneuve-le-Roi.

Rehausser des "axes stratégiques"

Aujourd'hui, dans ce quartier, l'enjeu primordial pour la municipalité de Villeneuve-le-Roi, "c'est de maintenir une circulation le plus longtemps possible en cas d'inondations". Pour que,"pendant le pic de crue, on puisse rester chez soi, qu'on puisse s'approvisionner, aller aux urgences, continuer à vivre. C'est ça le challenge", lance le maire de la ville.

Ce petit territoire urbain qui préoccupe l'édile se trouve à proximité de la Seine et présente "un profil en coteau". Les quartiers d'habitations sont construits sur des hauteurs. Une inondation comme celle de 2016 ne peut théoriquement pas atteindre ces hauteurs. En contrebas, en revanche, des voiries comme la Voie de Seine qui desservent le quartier sont tout de suite inondées en cas de fortes crues.

La Ville a donc identifié dans cette zone urbaine "des axes stratégiques". La Voie de Seine, qui traverse longitudinalement tout le quartier et longe sur plusieurs centaines de mètres le fleuve, en fait partie. Depuis quelques semaines, des travaux sont en cours sur cet axe. La route est progressivement rehaussée.

"On va tout simplement remonter le niveau d'une dizaine ou d'une douzaine de centimètres et quand l'eau du fleuve va monter, elle va arriver moins vite sur cet axe, voire ne pas arriver", explique Julien Pringot, le responsable des travaux.

Ce sera comme si vous rouliez sur une sorte de mini-digue qui est hors d'eau"

Julien Pringot, responsable de travaux.

Les compteurs électriques de la rue ont également été mis hors d’eau. "Si vous passez devant un transformateur électrique, vous le verrez monté sur pilotis. Pour y accéder, vous prenez des escaliers, l'armoire électrique est située à un mètre plus haut que la chaussée, ce qui permet en cas d'inondation de laisser sous tension les habitations", précise Julien Pringot.

De noues en noues

Un peu plus près du fleuve, la chaussée de la rue Raoul Delattre qui dessert un quartier dense constitué pavillons et de logements sociaux, est un autre "axe stratégique" aux yeux de la municipalité.

La rue Raoul Delattre est la voie principale qui permet d'entrer dans le quartier. Elle est parallèle au fleuve. Quand les berges de la Seine sont inondées, cet axe, qui est maintenant hors d'eau, permet de ravitailler par l'arrière les habitants qui résident dans les logements à proximité du cours d'eau.

La rue a également été rehaussée tout comme les compteurs électriques. Mais surtout, la voirie est parsemée de noues, de petits fossés végétalisés destinés à recevoir les eaux de ruissellement. Un dispositif de "désimperméabilisation". Le surplus d'eau, en cas de fortes pluies, circule de noues en noues, rejoint plus loin en sous-sol, une vaste aire naturelle au cœur du quartier, un parc en bordure de la Seine où l'eau s'infiltre alors lentement dans le sol.

"Plus vous permettez l'imprégnation par la terre, moins vous avez à gérer d'eau", argumente Didier Gonzales. Ainsi, le long de la Voie de Seine, un couloir de terre et de plantations est aménagé pour faciliter l'épanchement des eaux et de ruissellement.

L'exemple norvégien

Pour concevoir ses aménagements, la Ville de Villeneuve-le-Roi s'est inspirée de concepts d'urbanisation développés par les Norvégiens. Un changement de paradigme, de point de vue sur les travaux d'aménagements à mener en matière de politique de prévention.

Bloquer l'eau, on n'y arrive pas avec des digues, on ne sait pas faire. L'eau passe et elle remonte partout, il faut plutôt s'adapter à l'inondation et faire en sorte que vous puissiez continuer à vivre sur une courte période en cas d'inondation.

Didier Gonzales, maire de Villeneuve-le-Roi

Les inondations peuvent être dues à des crues majeures comme en 2016 mais sont fréquemment le résultat de phénomènes de ruissellement en raison de précipitations d’intensité exceptionnelle. En Île-de-France, selon une étude publiée en novembre 2013 par l'institut Paris Région, "toutes les communes franciliennes sont potentiellement exposées aux inondations et aux ruissellements".

Entre 1982 et 2021, d'après l'étude, "5 045 arrêtés de catastrophe naturelle (dit arrêté CatNat), ont été promulgués sur cette période pour plus de 715 événements" liés a des inondations, des remontées de nappes phréatiques et dans la très grande majorité des cas, des phénomènes de ruissellement (de 88% des arrêtés CatNat).

92% des communes franciliennes sont concernées estime ce rapport qui liste les villes les plus impactées depuis 1982 : Argenteuil (17 arrêtés), Saint-Denis (14 arrêtés), Paris, Mitry-Mory, Signy-Signets, Yerres, Tremblay-en-France, Sarcelles (13 arrêtés). L’agglomération parisienne, très urbanisée et avec une imperméabilisation de ses sols importante, concentre à elle seule 50% des arrêtés.

Un chantier test

À Villeneuve-le Roi, les aménagements pour faire face aux inondations vont coûter un million d'euros. Des travaux financés à parts égales par la mairie et par la Métropole du Grand Paris qui rassemble 150 communes, dont la capitale. Pour la métropole, en charge de la gestion des inondations, la compétence GEMAPI, les travaux actuellement menés à Villeneuve-le-Roi font figure de chantier test.

En 2022, un rapport du G.R.E.C francilien, le Groupe régional d’expertise sur le changement climatique et la transition écologique en Île-de-France, expliquait que "les précipitations extrêmes ont augmenté en intensité depuis 1950 d’environ 10-20 % en moyenne, signe probable d’une influence du changement climatique" et que ces phénomènes vont se poursuivre et s'intensifier. "Environ 20% d’ici la fin du siècle par rapport au passé récent pour les scénarios climatiques élevés", alerte le rapport.