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Xavier Beulin (FNSEA) : "Le Salon de l'agriculture a permis des rencontres plutôt positives"

Le 53e Salon de l'agriculture, qui ferme ses portes ce dimanche, aura constitué une "édition exceptionnelle" en raison de la gravité de la crise et de la colère paysannes, a estimé samedi Xavier Beulin, le patron du premier syndicat agricole français.
Selon Xavier Beulin, le président de la FNSEA, il aura aussi permis "des rencontres plutôt positives" car "les professionnels ont pu exposer leurs difficultés". "Maintenant, il nous faut des avancées fortes", afin que "cette crise soit utile pour rebondir". Interview.

Comment s'est déroulé ce Salon, après un début plutôt houleux ?

Ça restera une édition exceptionnelle, avec un état d'esprit de fait très difficile au départ. C'est retombé, mais la colère et le désarroi sont toujours là. Maintenant, il nous faut des avancées fortes. Le Salon a permis des rencontres plutôt positives, comme avec le commissaire européen (à l'Agriculture, ndlr) Phil Hogan : les professionnels ont pu lui exposer leurs difficultés et les solutions, selon eux, à mettre en place pour y répondre. Nous lui avons demandé d'actionner les dispositifs européens existants, comme les outils de limitation de la production (par le retrait des excédents du marché) et le soutien aux exportations. Et que la Commission (européenne) accepte enfin de considérer que le marché seul ne peut pas tout, qu'il faut revenir à une certaine forme de régulation. Sur ce plan, le discours (de Phil Hogan) a changé.

Vous aviez prévenu les politiques que le Salon n'était pas un "concours de beauté" : ont-ils répondu à vos attentes ?

Les politiques présents sur le Salon sont tous venus nous voir sauf Marine Le Pen. C'était son choix. Il y a clairement une prise de conscience de la gravité de la situation parmi eux, bien sûr dans l'opposition, pour qui c'est plus facile, mais aussi dans la majorité, chez les membres du gouvernement et les élus locaux, qui ont découvert pas mal de choses. Notamment qu'ils pouvaient faire jouer la clause de proximité pour les approvisionnements des cantines et collectivités. Les politiques nous sont apparus globalement informés, ils avaient travaillé, sur la nécessité d'adapter la fiscalité agricole par exemple, en imposant sur trois ans pour lisser les effets du marché - on l'a fait dans l'édition, pourquoi pas en agriculture ? Maintenant, nous allons éplucher les réponses au questionnaire que nous leur avions soumis avant le Salon. On en présentera les résultats en milieu de semaine prochaine.

La crise finalement va s'avérer utile ?

Il faut que cette crise soit utile pour mettre sur pied des solutions et rebondir. Il faut un sursaut. Poser les questions sur la réorientation de l'agriculture et de l'alimentation, en resserrant le lien intime entre les deux. Entre le "Brexit" (le risque de sortie de la Grande-Bretagne de l'UE) et la crise des réfugiés, l'Europe est en train de se fissurer. Ce n'est pas la peine d'en rajouter : il est temps de remettre la question agricole au bon niveau. Pourquoi ne pas lier les deux crises et envisager de mettre en oeuvre une aide alimentaire pour les nouveaux arrivants, à l'image des "food stamps" (coupons alimentaires) aux États-Unis, dont bénéficient 50 millions d'Américains. On peut imaginer un financement UE avec les Nations unies. Phil Hogan a promis d'arriver avec des propositions concrètes au conseil des ministres européens de l'Agriculture, le 14 mars. D'ici là, j'entends me rendre ou contacter chacune des 28 capitales (de l'UE).
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