Témoignages. Salon de l’Agriculture de Nouvelle-Aquitaine : après les manifestations de janvier, "l’important, c'est de se retrouver entre nous"

Publié le Écrit par Arnaud Connen de Kerillis

Le Parc des Expositions de Bordeaux accueille le Salon de l’Agriculture de Nouvelle-Aquitaine. Un millier d’animaux sont présents sur place pour cette grande transhumance annuelle des bovins, ovins, équins, caprins et volailles. Un moment de communion pour les agriculteurs après les manifestations de janvier dernier. Sur place, les éleveurs n’ont pas oublié, et continuent de pointer du doigt le manque de soutien à leur profession.

Le Salon de l’Agriculture Nouvelle-Aquitaine est de retour dans le cadre de la Foire Internationale de Bordeaux, et ce, jusqu’à dimanche. Sur place, les visiteurs ont pu rencontrer plus de 1 000 bêtes, notamment des volailles, après quatre années d’absence.

Des éleveurs ambassadeurs 

Dans les allées du Salon au parc des Expositions de Bordeaux, certains éleveurs ambassadeurs se démarquent avec le hashtag  #AimeTonAgri.

Le Salon est essentiel pour garder et nourrir le lien avec les consommateurs, comme le sont les actions menées sur le terrain par #AimeTonAgri”, explique Luc Servant, président du Salon de l’Agriculture Nouvelle-Aquitaine et de la Chambre régionale d’agriculture de Nouvelle-Aquitaine. Bruno Millet, commissaire général du Salon de l’Agriculture Nouvelle-Aquitaine, insiste lui aussi sur l’importance de recréer des liens entre les consommateurs et les éleveurs : “Nous développons en direction des publics jeunes, mais également des personnes en recherche de reconversion, une communication basée sur l’attractivité de l’agriculture. C’est l’une des principales missions du Salon”. 

Nous développons en direction des publics une communication basée sur l’attractivité de l’agriculture. C’est l’une des principales missions du Salon.

Bruno Millet

Commissaire général du Salon de l’Agriculture Nouvelle-Aquitaine

Un travail commun face à l’inquiétante diminution du nombre d’agriculteurs au fil des ans. De 1,6 million en 1970, ils n'étaient plus que 389 000 agriculteurs lors du dernier recensement agricole effectué en 2020 par la MSA (Mutualité sociale agricole).

En l'espace de dix ans, 100.000 fermes ont notamment disparu.

Une baisse d'activité constatée  

Parmi les activités phares de ce salon de l’Agriculture Nouvelle-Aquitaine, les concours de bovins. 
Les vaches et taureaux étaient à l’honneur pendant trois jours avec les concours de différentes races bovines de la région Nouvelle-Aquitaine, et notamment, bien sûr, la race limousine.

Nicolas Couderc, éleveur depuis plus de vingt ans à Séreilhac en Haute-Vienne et présent les trois premiers jours sur le Salon, a constaté un manque d'engouement du public cette année. En janvier, il a pris part aux différentes manifestations dans le département. "Il y a toujours de la colère, je pense que les choses ne sont pas finies, tout ne va pas s’arranger en si peu de temps. L’important, c'est de se retrouver entre nous, ce sont les échanges entre les différents collègues qui vont faire avancer les choses".

Même constat pour Philippe Bouchenoir, originaire de la Vienne, présent au Salon bordelais depuis cinq ans. Cette année, il a décroché la troisième place avec Phibee, une vache de cinq ans en troisième lactation. Au fil des années, il a vu le nombre de participants aux concours chuter. “On est de moins en moins d’éleveurs à y participer du fait des contraintes des exploitations”, explique l’éleveur aux 135 vaches laitières. “On a moins de temps pour se libérer. Cette année, avec le climat de tension et les contraintes économiques aussi, c'est compliqué”, conclut-il.

En janvier, il a participé, pour la première fois, au mouvement des agriculteurs. Mais il reste très déçu des annonces, en dessous de ses attentes. “C’est la première fois que j’y participais, car le mouvement paraissait plus dynamique et sérieux, on espérait enfin que les dirigeants prennent l’ampleur du mouvement, surtout au niveau du renouvellement générationnel”, indique l’éleveur. “Mais rien n’a changé”, regrette-t-il.

On espérait enfin que les dirigeants prennent l’ampleur du mouvement, surtout au niveau du renouvellement générationnel, mais rien n’a changé.

Philippe Bouchenoir

Eleveur

Des éleveurs solidaires

Au sud de Limoges, l'éleveur Nicolas Couderc dispose de 160 limousines. “C’est la première fois que je viens au Salon de Bordeaux avec des animaux”, indique-t-il. Un événement d'une importance capitale pour les nouvelles générations. “Nos lycées agricoles sont pleins de jeunes passionnés. L’inquiétude est de savoir comment donner à ces jeunes la possibilité de faire ce métier sans se décourager. Aujourd’hui, la problématique, c'est le revenu”, explique-t-il.

Parmi les éleveurs, certains jeunes justement se démarquent et donnent de l’espoir aux anciens. Jordan Burguez en fait partie. Âgé de 27 ans et originaire des Pyrénées-Atlantiques, il se consacre entièrement à l’élevage depuis 2019. Petit, il se voyait déjà agriculteur, et réalise, par la suite, des études dédiées à Limoges. 

Il a désormais repris la ferme de son grand-père et s’épanouit pleinement dans sa profession. “Sur ce salon, je fais principalement des présentations où je parle de la race bordelaise”, explique-t-il. “On fait redécouvrir cette race au public. Dans les années 1970, il ne restait plus que douze vaches de cette race, maintenant, on est à 500 femelles et 400 éleveurs en 2023”.

 

Le jeune éleveur dispose d’une ferme de dix vaches de race bordelaise. Il en a emmené cinq au salon, et se réjouit de l’ambiance sur place. “On discute de tout et de rien, du métier d’éleveur, c’est plus enrichissant que les autres éditions, car on est tous réunis les uns avec les autres”, indique-t-il. “C’est important qu’on soit là, qu’on montre nos pratiques d’élevage et de communiquer dessus. Une foire comme celle-ci donne de la visibilité que l’on n’a pas l'habitude d’avoir”, conclut-il.  

Une visibilité exceptionnelle que beaucoup chérissent. “On n'est pas là pour parler des manifestations et de ce qui ne va pas”, lance Philippe Bouchenoir. “On est là pour parler positif. C’est un métier où on est isolé au quotidien. Se retrouver entre passionnés, et d’échanger, c’est un moment important”, insiste l'éleveur.

C’est important qu’on soit là, qu’on montre nos pratiques d’élevage et de communiquer dessus. Une foire comme celle-ci donne de la visibilité que l’on n’a pas l'habitude d’avoir.

Jordan Burguez

Eleveur, 27 ans

Un devoir de transparence

Parmi les éleveurs du Salon, certains mettent un point d’honneur à valoriser leur pratique d’élevage. “Les gens sont curieux, ils demandent ce que l’on fait, ils nous soutiennent sur nos pratiques d’élevage. On essaye de faire le maximum possible pour élever avec du foin et dans de bonnes conditions”, indique Jordan Burguez. Pour sa première fois au salon bordelais, l’agriculteur insiste sur la transparence de ses méthodes. “Je fais de la vente directe, parfois même du porte-à-porte dans la petite commune de Diusse”, explique-t-il. “Quand on explique aux gens le produit que l’on vend, ils nous font confiance”. 

De son côté, l’éleveur Philippe Bouchenoir se montre transparent sur la difficulté du métier. “On est tout le temps à la ferme, si on ne prend pas de temps repos, c’est compliqué, il y a beaucoup de stress”, affirme-t-il. Pour lui qui fait de la sélection depuis trente ans, la vie d’agriculteur est rude, mais nécessaire. “On gagne notre vie correctement, mais cela demande énormément de présence, de temps de travail, beaucoup plus que d’autres catégories sociales”. Avant d'ironiser : "On profite de chaque minute ensemble dans ce salon, parfois le matin, on est un peu fatigués, car les soirées sont longues". Plus que quelques jours à tenir, avant le clap de fin du Salon de l'Agriculture de Nouvelle-Aquitaine, ce dimanche 26 mai. 

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