Procès de Tony Meilhon à Nantes : le récit du troisième jour d'audience

© Antoine Boilevin / france 3
© Antoine Boilevin / france 3

Le procès de Tony Meilhon, âgé de 33 ans, a débuté mercredi aux Assises de la Loire-Atlantique à Nantes. Il est accusé d'avoir enlevé et tué Laetitia Perrais en janvier 2011 avant d'en démembrer le corps et d'en dissimuler les morceaux dans deux plans d'eau. Aujourd'hui, la parole était aux experts.

Par Christophe Turgis avec XC



18h l'audience est suspendue et reprendra lundi à 9h



17h18 L'intervention de Loïc Villerbu, psychologue "il vient de trop loin pour vivre au diapason des autres"

"J'ai rencontré Tony Meilhon deux fois, il m'a dit qu'il n'avait rien à me dire, il avait l'air las, il est reparti vers sa cellule j'avais l'impression d'avoir à faire à un fantôme..."
"Alors j'ai regardé son parcours de vie, à 11 ans la rupture avec sa mère du fait de l'arrivée de son beau-père, à 18 ans, incarcéré, il n'a pas pu se rendre à l'inhumation de son père qu'il dit qu'il ne connaît pas..."
"Dans l'ensemble des récits qu'il fait sur lui même, il dit je ne sais pas et il ajoute toujours un, ça ne vous regarde pas, et puis de toutes façons je vais porter plainte. Tout ce qui touche à son histoire le met en difficulté en situation d'implosion sur lui même. Dans l'incapacité de parler de sa propre intimité".

"Tous les experts se rejoignent sur une même problématique sociale, Mr Meilhon s'absente et on vient tenir des discours du passé. Ils fondent une identité négative, alors faute d'exister socialement il existe dans la délinquance".

"Dans son refus d'exister on voit apparaître une dimension sadique, donner de la souffrance lui donne de l'importance. Il s'invente un diplôme pour se donner une meilleure image de lui même. Mr Meilhon prend des toxiques, dont il connaît parfaitement les conséquences, pour oublier le parcours chaotique voir négatif de sa vie".

"Alors que la relation à la mère était idéalisée, avec l'arrivée du beau-père, ces personnes deviendront hostiles, il idéalisera alors le père absent. On voit apparaître à 24 ans des moments de panique, cauchemars, scarifications, il retourne les même armes relationnelles que celles dont il a été l'objet, il se coupe de ses émotions, il se coupe des émotions des autres. Il entre dans un comportement destructif".

"Tout aveu de sentiments, de sensibilité, est interdit. Être amoureux est impossible, il entre dans un processus d'effacement de soi. Il dit : je pète les plombs, il se déconnecte en fait de la réalité".

"Il y a un moment donné, sa quête d'histoire ne lui apporte pas d'éléments pour construire un scénario".

"Avec Laëtitia, il a cherché à lui rendre les gants qu'il lui avait offert, il l'avait protégée d'un tiers, il voulait lui rendre service". "Il met en avant son absence d'intentionnalité. Ensuite il met en avant une amnésie, il dira ensuite, je devenais complice de mes actes. Il met en place une stratégie consciente pour se débarrasser de ça" !

"Parce que tout aveu est profondément destructeur, alors il s'en échappe. Il n'a pas d'amis, seulement des connaissances". Aucune relation sentimentale n'est possible, la violence fondamentale empêche toute relation d'intimité et de dépendance.

"Dès qu'on cherche à en savoir plus sur lui il dit : tu veux ma mort ou encore je suis déjà mort. Il s'efface" !

"Le milieu d'extrême violence dans lequel cet enfant a grandi a construit un comportement psychopatique."


"Est-il possible de le réadapter ? On ne peut envisager actuellement de changement, et sans doute entrera t-il dans un processus suicidaire si on ne le protège pas.
Il vient de trop loin pour vivre au diapason des autres".


17h10 Question de Me Brahim, vous émettez l'hypothèse qu'il n'a pas voulu la mort de la jeune fille

"Oui c'est l'hypothèse la plus plausible, si on a pas d'éléments dans la première séquence, la seconde implique forcément une préméditation".

Me Brahim : "Et si il se dit au moment ou il la renverse, avec mon passé, la prison, jamais on ne me croira" ?

"On peut imaginer cette solution, mais on serait devant une rareté, on a jamais vu quelqu'un renverser une personne par inadvertance et ensuite la découper pour la faire disparaître..."


17h Tony Meilhon conteste la manière de présenter les faits

"Mr l'expert vous me prêtez des gestes que vous associez à votre expérience, ce n'est pas vrai que je vous ai dit les choses comme ça, vous n'êtes pas psychologue, vous êtes un enquêteur" !



16h40 Le président : "Tony Meilhon met en cause un nouveau tiers, de votre point de vue ça rentre dans le cadre d'une auto-protection d'une amnésie" ?

"Dans la réalité il y a toujours un langage, des gestes, des mots avant le passage à l'acte sexuel, on peut dire qu'on s'est trompé... nier un viol, c'est banal en criminologie, mais dans le cas du découpage, il y a quelque chose qui choque soit même ou la société. Il convient de faire apparaître un personnage mystérieux pour se débarrasser de cet acte. Ce qui révèle une part de son humanité, cette protection ça traduit sa part humaine.

"Pour le psychisme apprendre à reconnaître cet acte impossible c'est difficile, il dit (Tony Meilhon) ça me revient dans des cauchemars, on voit bien que le dégoût, son acte le dépasse. S'il en est bien responsable".


16h15 Le médecin psychiatre élargit le champ de la compréhension de l'amnésie de l'acte

"Les gens qui ont fait des choses de graves me disent, je ne dis pas tout du premier coup, après je ne vais plus intéresser" ! "Il y a quelque chose de normal dans l'être humain de ne pas accepter les choses qui lui renvoient une mauvaise image de soi" ! 

"Il faut saucissonner (sic) le passage à l'acte. L'agression sexuelle, Tony Meilhon dit c'est Alain Duhaut mais les enquêteurs disent qu'il n'y était pas, pour l'accident ? il dit c'est un accident, pour le découpage ? (sic), je ne me souviens pas je ne sais pas pourquoi j'étais au milieu de ça..."

"J'avais la peur de me faire prendre je voulais pas revenir en prison, la peur de revenir dans le milieu carcéral est de mon point de vue le moteur de son action" ! 


"Il n'y a pas maladie mentale de mon point de vue. L'amnésie alléguée dans son scénario ! Elle est surtout mise en avant sur le découpage, il ne se prête pas une difficulté à s'en rappeler. De cette amnésie on peut garder la drogue... à haute dose pourquoi pas, on peut faire des actes désordonnés mais pas des actes ordonnés..., il reste en fait l'amnésie alléguée, c'est la chose la plus fréquente, il faut avoir une solidité mentale pour supporter les questions des enquêteurs, alors on évacue" !

"La mémoire fonctionne avec le flou de l'image de l'action quand la personne a pris de la drogue ou de l'alcool. Et dire la vérité ne peut se dire qu'en plusieurs fois. C'est humain que quelqu'un ne se souvienne pas des choses horribles qu'on a pu faire. Il a du mal à nous dire les détails des faits les plus compliqués".

Tony Meilhon passe d'une phase d'attention intense à une moue dubitative. Il se pince les lèvres !

"Les failles du raisonnement de Tony Meilhon, il nous donne un scénario écran pour empêcher l'explication".

"Cette séquence rare en criminologie, on agresse sexuellement, on tue la victime parce que le viol implique de nouvelles difficultés, ensuite on démembre le corps, à plusieurs reprises je l'ai vu, les sujets disent je tue tout, je fais tout disparaître ou je me fais tuer par les policiers pour ne pas revenir en prison".


"Le sujet ne sait pas ce qui va se passer ensuite. Le sujet transgressif se trouve devant des situations imprévues cette séquence, elle est tout à fait rare mais balisée dans nos études".


15h45 Reprise de l'audience avec Roland Coutanceau, médecin psychiatre des Hôpitaux de Paris

"Pour dire les choses franchement nous n'avons pas à nous mettre sous la dent de signes de maladie mentale, même s'il a comme tout un chacun des moments de déprime passagère... Tony Meilhon sait lire et écrire, maîtrise les 4 opérations, au regard de la brièveté ou de la modestie de sa scolarité il a plutôt un bon niveau".

"On va décrire les éléments adaptatifs, il est autonome, il y a quelqu'un ! Il a un contact assuré, il n'a pas peur de l'autre, il n'a pas d'anxiété permanente, parfois comme chacun d'entre nous il en a un peu, dans ce cas il s'alcoolise..."

"Les élément saillants. Il est dysthymique, des moments de blues fugaces, c'est banal, il a un appoint exotoxique, sans être dans l'accoutumance. C'est un sujet qui mène une vie normale, il consomme de la coke, il cherche l'excitation il y en a des milliers dans nos rues comme lui !
Il y a des moments d'impulsivité, pas systématique, c'est le descriptif classique des psychopatiques. Il a une forte personnalité. Dans cette psychopathie il y a deux problématiques de l'égo.
Il a des traits dysharmoniques,  prudent rigide têtu avec une certaine rigidité? toute opposition de l'autre est interprétée comme une tonalité paranoïaque. des paranos interprétatifs, comme voulant les embêter en un mot les faire chier !"

"Il y a un mec qui m'a piqué ma copine, des mois après je suis allé lui casser sa voiture, je lui ai mis un pistolet dans la bouche..." "ça c'est l'axe paranoïaque" !
"L'axe égocentrique, c'est être centré sur soi au carré, quand on le met au cube c'est la mégalomanie !
Ces deux axes ont ici une intensité importante. On est dans une psychopathie affirmée.

Il n'est pas inhibé d'un point de vue sexuel, il a un comportement égocentrique quand il passe à l'acte, il est capable de charmer, pour dire les choses, de draguer et d'obtenir une relation avec une femme" !



15h25 L'audience est suspendue pour 10 minutes




15h10 Questions de Me Brahim

"Mr Jadech, Tony Meilhon a passé 13 ans de sa vie en prison, vous n'en dites pas un mot, ou bien est-ce que 13 ans de prison pour Tony Meilhon on s'en fout puisque c'est de lui qu'il s'agit" ?

"Mr Meilhon sait que lorsqu'on agit dans la transgression grave, on risque de se faire réprimer. Lorsque je rencontre le Tony Meilhon de 2011, je n'ai pas le sentiment qu'il ait eu aucun changement d'avec celui de 1999... Qu'est-ce que j'aurais pu mentionner... que ce n'est pas idéal, mais de quel moyen dispose t-on pour rectifier la trajectoire insatisfaisante, d'un adulte qui ne ne coopère pas" !

"Il est tout le temps dans une attitude fantasmatique la réalité est-elle celle qu'il raconte ? Sa mère est elle aussi rejetante... je ne la connais pas. Tony Meilhon ne relativise jamais ! Il est attaché à une mère qui aurait dû se consacrer exclusivement à lui... Qui peut jeter la pierre à une femme en souffrance qui essaie d'organiser sa vie ? La vie qu'il raconte n'est peut-être pas la réalité, mais c'est sa réalité" !



15h00 Question de Me De oliveira

"Depuis le début du procès, Mr Meilhon est poli courtois et affable en dépit de grand moments de tension..." "Oui c'est ce que j'ai déjà dit, il est plutôt intelligent, il présent un déséquilibre psycho-affectif, mais qui a de très bonnes possibilités. Il retrouve facilement un travail, une socialisation, à chaque sortie de prison, mais à chaque fois il retourne à des conduites déviantes..."


14h55 Une question de Me Poquet : " l'amnésie peut-elle provenir de la prise de stupéfiants" ?

On ne peut pas exclure l'hypothèse, la prise de psychotropes provoque un trouble mental, mais quand même j'ai du mal à penser quand il dit qu'il s'est retrouvé au milieu d'outils ensanglantés sans savoir pourquoi, j'ai du mal à croire qu'il ne puisse pas se souvenir de ce qui c'est passé juste quelques heures avant" !


14h30 Toujours l'amnésie du démenbrement

Tony Meilhon a livré à Fulbert Jadech une version similaire à celle faite aux autres médecins, accident de voie publique, réveil au milieu d'un corps démembré. Il me dit c'est peut-être mon corps qui ne veut pas se souvenir. Il dépeint le début des circonstances conduisant à la mort de Laëtitia, il évoque clairement un mécanisme de refoulement".

"L'hypothèse de pathologie mentale doit être tout à fait exclue". Dans le rapport de 1999 la question était posée et exclue, en 2003 également, c'est quelque chose que l'on remet en évidence en 2011. C'est un hyper émotif, hyper affectif avec un tonus débordant. Il est victime de dystimie et d'omnipotence comportementale, il n'est pas sans savoir que s'il continue il sera immanquablement interpellé. Je l'ai écrit en 2003. Il est intelligent, dans des conduites destructrices", l'expert cite encore Tony meilhon, "je suis dans une machine lancée, je n'ai pas voulu faire de mal à qui que ce soit, depuis que je suis jeune je n'ai pas de repère je n'ai pas de conseil..."

"Tony Meilhon est accessible à l'introspection et à l'analyse de soi. Il est volontaire et parfois assez bavard" !
"Volontaire" confirme le Président Pannetier.

L'intéressé regarde par terre.



14h05 Reprise de l'audience avec Fulbert Jadech expert psychologue

Il a rencontré Tony Meilhon à deux reprises pour cette affaire et deux  fois précédemment dans d'autres affaires en 1999 et 2003.
D'emblée en 2003 il m'avait dit : "Ma mère m'a tourné le dos dès qu'elle a rencontré Mr Benbellal, elle faisait l'amour avec lui, j'avais 12 ans et je ne le supportais pas, ensuite mon beau-père me narguait, j'ai tout fait pour attirer l'attention de ma mère, vols etc" ! Ensuite Mr Jadech le retrouve pour cette nouvelle affaire. "Il confirme les propos de 2003". Ici je tourne en rond, je m'arrache les cheveux". "Au cours de l'entretien, il me dit ne se souvenir de rien, reste souvent évasif, pour moi il simule l'amnésie ou la maladie mentale, mais par rapport à mon expérience je vois bien qu'il est dans une tentative de manipulation. Objectivement il essaie de créer un contexte qui lui permettrait de trouver une situation plus confortable pour lui en étant hospitalisé". On voit bien a son attitude lasse mais vive dans ses réactions qu'il n'est pas dans l'état dans lequel il voudrait se faire passer..."

"À notre seconde rencontre, il n'est plus dans la même attitude de maladie mentale".  "Ici (en hôpital psy) c'est bien, on mange bien, les gens sont respectueux, on peut discuter faire du sport... Quand je suis incarcéré, je ne suis pas comme ça"!


C'est ma salope de mère qui m'empêchait de voir mon père, me disant que je finirais comme lui alcoolique et violent, je suis devenu violent et fou à cause d'eux, (sa mère et son beau-père). Commentaire du psy, "il est dans cette persuasion ou auto-persuasion qu'on a saboté son existence". "J'en veux à ma mère et à mon beau père de ne pas m'avoir aidé et de m'avoir fait placer. Devant le juge, ma mère pleurait cette conne et par derrière elle s'en foutait". "Difficile de savoir si c'est la réalité mais c'est son vécu" !



11h55 L'audience est suspendue reprise à 14h



11h45 Me Brahim pose la question de la réadaptabilité

Vincent Alric : "J'ai une bonne opinion de ma profession, et j'ai tendance à vouloir penser que l'on puisse améliorer l'état des personnes, je pense que les choses ne sont pas inéluctables".

"Pourquoi  des gens penchent à droite et d'autres prennent le mauvais chemin" ?
Si je savais répondre à ça je serais Prix Nobel ! Je peux vous parler de Maria Callas qui a été régulièrement abusée par son père et qui est devenue la plus grande cantatrice de tous les temps, elle a sublimé cette souffrance" !


Pour reprendre le cas de Mr Meilhon, je pense que c'est une intelligence dans la moyenne, il est n'est pas du tout déficient, pas détérioré, son état physique ou son faciès ne me font pas pencher pour une psychopathie pathologique ou organique.


11H38 Me Brahim, est-ce une personnalité bi-polaire ?

"Mr Meilhon a vécu avec des compagnes qui ont été amoureuses de lui, et pourtant" ? "Il y a des épisodes dissociatifs effectivement, des épisodes dépressifs, nos anciens maîtres parlaient de complexe du caméléon, mais on ne peut pas poser un constat comme ça sur aussi peu de faits. Tantôt aimant, tantôt violent. C'est insuffisant" !


11h35 Questions de l'avocate générale

"Vous avez évoqué la haute estime qu'il porte de lui même, est-ce assimilable au fait qu'il occulte le démenbrement ou fait reporter la responsabilité sur une personne dont il ne veut pas donner le nom" ?

Mr Alric : "Oui on lui a fait la proposition comme quoi il préférait ne plus rien en savoir et l'écarter, il a refusé cette hypothèse".

"Sur la question du sadisme" ? "Il s'agit de tirer profit de la violence faite à l'autre, on a retenu le besoin d'éprouver sur le corps de l'autre de la souffrance" !

11h22 Poursuite de l'examen psychiatrique

Me De Oliveira, : "Quelle est la place de l'inceste dans la constitution psychologique de Tony Meilhon" ? "Je sais pas s'il y a trouble psychopatique de la personnalité, pour moi il y a une personnalité psychopatique ! Qui est le résultat d'une histoire, d'un parcours personnel où le manque de cadre ou d'éducation est patente".

Me De Oliveira : "Mr Meilhon a fait subir une fellation à un co-détenu, il dit c'était pour le punir... "Oui, il objective la personne comme il parle de Laëtitia Perrais comme d'un "dossier dans suite"...
Le sentiment d'altérité dans sa sexualité est faible, il est branché sur ses besoins plutôt que l'empathie de l'autre".

Tony Meilhon semble absent.



11h L'audience peut reprendre avec le retour de Me Brahim

Le président repose la question de la psychose à Mr Alric : "Le sujet ne présente pas un ensemble insuffisant pour parler de psychose, plutôt de psycho-pathologie. Il dit : "y a pas eu abolition, je suis coupable" !
Tony Meilhon rejette ses difficultés sur les autres, il est incapable à ce moment là de se remettre en cause. Il n'a pas fait de travail sur lui même.

Sur la question de l'altération du jugement au moment des faits et de la prise de toxiques, Vincent Alric attire l'attention de la Cour sur sa prise en considération, "cela peut-être un élément minorant pour la peine à venir, ou majorant du fait que Tony Meilhon connaît parfaitement l'effet de ces toxiques.
Intéressant également, Tony Meilhon ne présente pas de syndrome de sevrage... il n'a pas pris de traitement substitutif..."

Me Rousseau : "vous parlez de sadisme"... "Oui il s'agit de l'épisode lié à l'altercation avec son frère, à la suite de laquelle il avait crevé ses deux lapins pour se venger". "Et cela en fait un acte sadique" ? "Oui tout autant que celui de porter un pistolet dans la bouche de sa compagne" !


9H33 L'audience est suspendue l'avocat de Tony Meilhon est sorti sans prévenir



10h10 Le témoignage de Vincent Alric, médecin psychiatre à Saint-Nazaire

"J'ai pu conduire plusieurs entretiens avec Mr Meilhon. Pas facile au début, puis au fur et à mesure du temps, il se livre. Mr Meilhon présente une vision idéalisée de la vie avec sa mère, une vie qui se serait dégradée avec l'arrivée d'un beau-père violent selon lui. L'examen ayant été conduit à l'âge de 30 ans dont 13 passés en prison, le souvenir de l'enfance est altéré".

Le médecin poursuit rapidement : "Tony Mielhon a eu plusieurs compagnes, et un enfant dont il ne s'est pas occupé.
Il ne présente pas de névrose ou psychose telles que définies légalement. Sur la question des hallucinations acoustico-verbales, on ne peut pas fonder une pathologie sur un seul symptôme hallucinatoire, pour une pathologie telle que la schizophrénie" !

"Il présente une image valorisée de lui même, il a une bonne image de lui même, et il évoque un rapport aux femmes particulier.
Il dit de lui : je suis beaucoup émotionnel, j'aime pas le mensonge, et quand j'ai bu, je peux devenir méchant !
Il projette sur les autres ses propres difficultés, il fait preuve de comportement violent, de sadisme, ne semble plus avoir de moralité et de remords..."

Le médecin a également recueilli une version du déroulement des faits, Tony Meilhon lui dit : "Au cours de la soirée avec Laëtitia, je l'ai renversée au cours d'une fausse manœuvre, ma cigarette était tombée entre mes jambes, je l'ai renversée, il y avait du sang partout, je l'ai mise dans le coffre croyant qu'elle était morte, je suis allé me coucher. Au réveil, il y avait du sang des membres, je ne pouvais pas avoir fait ça, il fallait que je me lave de ça, jeter le corps à l'eau !

C'était pas moi j'étais défoncé, du chit, du LSD, de la coke et de l'alcool, il n'y a pas eu agression physique, c'est un accident de voie publique". "J'étais inconscient au moment des faits" !


9h45 Questions des parties civiles

Me De Oliveira : "Tony Meilhon vous dit : "je me réveille la nuit essoufflé, je me retrouve au milieu d'un corps démembré", pensez vous que cela traduise une angoisse réelle" ?
Professeur Millet : "effectivement, il me l'a dit, je ne peux pas affirmer que ce soit le fruit d'une hallucination, mais c'est assurément le résultat d'une réelle souffrance".

Me Rousseau, "vous évoquez une particularité morphologique du faciès et vous évoquez un possible trouble de la personnalité (Tony Meilhon n'a pas de sourcils), vous n'êtes pas expert généticien, mais vous n'avez pas envie d'aller sur le terrain du passage par la génétique" ?
"Je ne suis pas sûr de bien avoir compris votre question. Les pathologies psychiatriques sévères se constituent durant l'enfance et l'adolescence mais rien ne permet de lier cette émergence à des problématiques d'ordre génétique, se sont des choses du passé que les scientifiques ont abandonné".

"Est-ce qu'il faut aller sur le terrain génétique, amalgamer argument d'anomalie chromosomique et comportement ? Un pas impossible à faire, on entre dans l'interprétation".

Me Benbrahim, combien de temps avez vous rencontré Tony Meilhon" ? "Une heure". "Et vous dites vous mêmes que c'est insuffisant". "Oui il aurait fallu au moins une heure trente, répété plusieurs fois, mais la personne n'était pas particulièrement coopérative..."

Tony Meilhon, " au cour de l'entretien, je vous ai dit vous m'énervez, pourquoi je vous l'ai dit, parce que vous me parliez de mon peu de sourcils et de mon front dégarni, est-ce que je vous parle de votre physique moi ?"


9h30 Impossible de vérifier l'authenticité d'un système psychotique hallucinatoire

En mais 2011, Tony Meilhon revient devant le professeur Millet pour un autre entretien, toujours pour déterminer s'il doit être hospitalisé ou incarcéré.
Professeur Millet : "je lui demande s'il mange normalement" : "L'autre ne veut pas, il veut que je le fasse rire" ! "Rien ne m'intéresse, je regarde la télé, je fais de la muscu..."

Bruno Millet : "Le patient présente une psychopathologie atypique. Difficile d'affirmer un un système psychotique hallucinatoire sans possibilité d'en vérifier l'authenticité. D'évidence, il manifeste un refus de l'autorité, un complexe de frustration. Il est impossible d'éliminer un complexe psychotique délirant..."

Le professeur Millet doute, car Tony Meilhon ne présente pas devant les personnels soignants d'un comportement réellement halluciné.

Le président, "vous avez noté un niveau intellectuel plutôt bas, nous avons en face de nous une personne plutôt à l'aise sur son dossier, avec un bon niveau d'élocution..."
Professeur Millet, "je n'ai pas fait de tests ou de mesure, je m'en tiens au comportement de l'intéressé avec moi, je ne peux pas deviner si la personne répond correctement ou pas, le patient prenait des produits sédatifs qui peuvent altérer la vigilance..."

Bruno Millet : "les personnalités présentant un comportement psychopathique ou anti-social, présentent souvent une carence éducative majeure, l'utilisation de toxiques précocement, le recours à la violence.
Mais on sait qu'il y a chez ces personnalités des périodes de basse intensité, de perte d'appétit, de perte de poids.

Tony Meilhon reste tête baissée.


9h18 Témoignage de Bruno Millet professeur de Psychiatrie à Rennes.

Le professeur Millet à rencontré Tony Meilhon lors de son incarcération à l'unité de Plouguernevel, unité pour malades difficiles. Il présente les notes relevées au fur et à mesure des entretiens.
"Je ne veux pas retourner en prison, c'est dur pour moi, ils m'ont saqué, je vais me suicider", il explique,

"j'ai eu un accident de voiture, je me suis retrouvé avec des morceaux de corps partout, j'ai tout jeté à l'eau..."


Le professeur Millet parle d'hallucinations acoustico-verbales : "J'entendais des voix d'hommes, je tape dans les carreaux, mon père il vient me voir souvent, il vient me dire des choses, Laëtitia me dit des choses". Il dit : "je ne sais pas depuis quand je suis hospitalisé. Ça se passe bien, les gens sont gentils, je veux mourir, je veux partir en voyage..."


9h15 La Cour entre dans la salle, l'audience est reprise

Le président Pannetier demande que l'on fasse entrer l'accusé.

Tony Meilhon entre, tee-shirt rouge, toujours son blouson noir et ses cheveux noirs tirés et attachés en arrière.


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