Nantes : Gilles Patron aux Assises ne nie pas “les faits de (sa) relation avec Jessica”

Dominique Pannetier, président de la Cour, lors de l'ouverture de procès de Gilles patron / © MaxPPP
Dominique Pannetier, président de la Cour, lors de l'ouverture de procès de Gilles patron / © MaxPPP

Au premier jour du procès de Gilles Patron, la matinée a été consacrée au parcours de l'accusé. Le père d'accueil est accusé de viols et agressions sexuelles sur Jessica la soeur de Laetitia assasinée par Tony Meilhon.

Par Fabienne Béranger

"On n'a pas eu à se plaindre de notre éducation, on était une famille pauvre car mon père était maçon mais on n'a jamais manqué de rien"

Gilles Patron démarre ainsi le récit de sa vie, racontant sa famille : son père maçon, sa mère femme au foyer pour élever ses 7 enfants.
Une famille au sein de laquelle il décrit peu d'échanges avec ses parents.

"Des violences au sein de votre famille ?", demande le président de la Cour Dominique Pannetier.
"Jamais" répond Gilles Patron, "on vivait une vie simple avec pas beaucoup d'argent ".

Le président de la Cour revient ensuite sur le parcours scolaire de Gilles Patron qui se retrouve en classe préparatoire à la DCN d'Indret : "Je n'avais pas 14 ans, j'étais le plus jeune à me présenter. C'était mon choix : faire autre chose pour aider mes parents" . Il termine sa phrase dans un sanglot.

Gilles Patron apprend le métier de chaudronnier et au terme de son apprentissage, perturbé par la maladie de Scheuermann qui le clouera un an et demi sur une planche, il intègre la DCN.

"Ouvrier et fier de l'être"

Il fera carrière à la DCN, grimpant les échelons : "Je finis au maximum de la catégorie des ouvriers de l'Etat, 27-28 ans."
"J'avais dit à ma femme : un jour on partira à Tahiti, j'ai proposé mon nom, 1 sur 1600 est choisi par an. Le chef du personnel de Tahiti m'a choisi moi, c'est une grosse promotion."


Dominique Pannetier de lui demander : "Certains disent que vous êtes peut-être parti pour des problèmes avec des femmes..."
"Non, en 88 j'ai pas souvenir, à la Montagne y'a des gens qui disent des choses."


En 1991, la famille Patron revient en France. Mais Gilles Patron ne trouve plus aucune satisfaction professionnelle à Indret : "Le poste que j'occupais précédemment était pourvu, le poste qu'on me propose ne me plait pas"

A 45 ans, il quitte Indret. Gilles Patron envisage alors d'être directeur d'une maison de retraite "mais Michelle ne voulait pas quitter son école".
Le couple avait des amis qui faisaient famille d'accueil et se renseigne. Une enquête est entamée.
Gilles Patron quitte la DCN en 95. Sa famille devient famille d'accueil dès décembre pour "aider les enfants à poursuivre leur chemin dans une vie de famille".

La rencontre avec Michelle, sa femme​

"Elle a un an de moins que moi. Son frère Claude était avec moi à Indret. On s'est mariés en octobre 71, Gaëlle, notre premier enfant est né en 73." Après Gaëlle, viendront Oriane et Alexandre.
La famille Patron part à Tahiti. "Une chance de pouvoir partir tous ensemble", précise Gilles Patron.

Sur place, Gilles Patron est membre d'un club de foot, "entraîneur de toutes les équipes de jeunes".

Dominique Pannetier demande à Gilles Patron :

Gaelle a connu des difficultés à Tahiti. Des attouchements par un prof, également père d'une copine de classe. Quelle a été votre réaction ?
"Je suis allé voir le directeur"
"Il dit ne pas s'en souvenir"
souligne le président de la Cour.

"C'est bizarre"
"Gaelle aurait eu d'autres soucis..."
"Oui"
"Un ami aurait eu des gestes déplacés. Mais vous n'avez pas non plus porté plainte.
"Non"


Plus tard dans l'après-midi, Michelle Patron témoignera : "On ne portait pas plainte en ce temps là. On n'a pas eu idée d'aller porter plainte"

"Y'a des erreurs qui se font"

Le président de la Cour revient sur la vie conjugale des époux Patron : "Comment ça se passe ?" demande-t-il
"Ca fait 43 ans qu'on est ensemble, j'ai toujours soutenu Michelle dans son travail."
"Pas de soucis ?
"Qui n'en a pas ?"

Vous avez eu beaucoup de maîtresses ?
"Je ne sais pas combien on m'en a attribué… 3..."

"Pourquoi ? Votre vie était insatisfaisante ?
"Ma vie était satisfaisante, je n'ai jamais eu envie de quitter ma femme, je suis bien avec elle, y'a des erreurs qui se font".


A propos de sa vie intime avec son épouse : "Une vie normale, je pense."
"Des pratiques sexuelles particulières ?"
"Aucune, on me prête encore des intentions qui ne sont pas les miennes"
"On parle beaucoup de pénétration digitale.. ce sont des pratiques que vous avez avec votre épouse ?"
"Non, c'est pour ça que je suis fort étonné de ce que l'on dit"
"Et la masturbation ?"
"Non c'est pas fréquent, c'est bizarre. depuis 5 ans j'ai un problème de prostate…"
"Et avec Jessica ?"
"Oui c'est ça j'ai deux mains droites…"

Infect, macho ?

Au cours des différentes dépositions, Gilles Patron est vu comme quelqu'un faisant preuve "d'une autorité naturelle, plutôt un leader, travailleur, perfectionniste, serviable mais plus négatif ce qui revient souvent : assez imbu de vous même, dirigiste, vantard" explique Dominique Pannetier.
"C'est une interprétation de chacun mais c'est pas ça. Ce que je dis, tout ce que j'ai pu apprendre je veux le mettre au profit des autres."
"Plusieurs disent aussi qu'avec votre épouse vous étiez assez infect, macho"
"Ma femme vous dira ce qu'elle en pense. Y'a toujours des choses qui se disent dans un couple."

Après lecture du témoignage défavorable d'une nièce, il dit  : "Michelle n'a jamais été soumise"

Interrogée sur la personnalité de son mari, Michelle Patron dira dans l'après-midi que c'est plutôt un "manque d'assurance" qui fait qu'il se comporte ainsi.

Une mise en avant médiatique

Le président de la Cour revient sur sa prise de position ferme sur les délinquants sexuels lors de l'affaire Laëtitia en janvier 2011. Le Conseil Général l'avait d'ailleurs rappelé à l'ordre, le mettant en garde sur ses prises de position.

Ce n'est pas moi qui suis allé vers Nicolas Sarkozy mais lui qui m'a sollicité"

"Ma question n'est pas là. Pourquoi n'informez vous pas le Conseil Général" dit Dominique Pannetier.
"Quand ça se fait c'est du jour au lendemain, le préfet vous appelle pour vous prévenir"
"Vous étiez sur le devant de la scène"
"C'est ce que je paie aujourd'hui"
lâche Gilles Patron.

La relation de Gilles Patron avec Jessica

Ce mardi matin, interrogé par le président de la Cour sur les accusations à son encontre, l'accusé a dit ne pas nier "les faits de (sa) relation avec Jessica, je les regrette évidemment" avant d'étouffer un sanglot et de poursuivre "je dénonce complétement les autres accusations".
A la reprise de l'audience en début d'après-midi, il ajoutera à propos de Jessica :

Jessica est une jeune femme courageuse, volontaire, déterminée, je me revoyais dans elle.

C'est comme ça qu'est née une certaine complicité. Elle essayait de partager avec moi ce que je faisais. Je lui souhaite de continuer."

Michelle Patron, interrogée à la barre, dira dans l'après-midi : "Je n'ai jamais rien vu de sexuel entre eux, une grand amitié, une grande complicité, elle voulait l'adoption…,ça ne m'a pas effleuré un seul instant qu'il pouvait y avoir quelque chose comme ça entre eux. Une grande affection c'est tout… Jessica était aussi très affectueuse avec moi, je n'avais aucune raison de me méfier. Oriane (la fille des patron) est venue un jour me dire "Maman, attention Jessica veut prendre ta place". Je lui ai dit "tu es folle ma pauvre fille", je n'ai rien vu".

Le procès de Gilles Patron se poursuit pour viols et agressions sexuelles jusqu'au 28 mars. Il encourt 20 ans de réclusion.

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