Les Sables-d’Olonne : procès Xynthia ou la chronique d’une catastrophe annoncée

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Écrit par Christophe Turgis
Les secours à la recherche de disparus, le 02 mars 2010, ici à  La Faute-sur-Mer
Les secours à la recherche de disparus, le 02 mars 2010, ici à La Faute-sur-Mer © FRANK PERRY / AFP

Pour cette deuxième journée, le tribunal a entendu les experts qui sont venus expliquer à la barre comment le phénomène de submersion s’est produit et surtout comment il a déjà eu lieu au cour des siècles passés.

L'historien Thierry Sauzeau, chercheur à l’université de Poitiers est un homme passionnant et passionné. Avec un réel talent de conteur, il explique comment les hommes se sont installés dans cette baie de l’Aiguillon au cour des siècles. Pour le pastoralisme d’abord, pour l’agriculture ensuite. Et dans une période très récente, pour ce qu’il appelle : "le désir de rivage". Phénomène constaté partout dans le monde qui consiste à vouloir établir sa résidence au plus près de l’estran.

Dès le 13ème siècle, Thierry Sauzeau indique que l’on trouve des traces de doléances des éleveurs qui se plaignent de perdre du bétail qui pâturait dans les laisses de mer. Ces espaces où la mer vient de loin en loin lors des très fortes marées. Demandant que l’on érige des digues.

"Les anciens savaient la vulnérabilité du littoral de la Baie de l’Aiguillon, en 1711, 1788, 1890 ou 1895 les chroniques de l'époque racontent des phénomènes de surcote de la pleine mer durant quelques heures. Conjugaison d’une très forte marée avec une tempête de sud-ouest".



Des témoignages anciens de submersion

Il cite Louis Chevallier qui raconte une nuit de cauchemar : "le Lay déborde, le coefficient de marée est de 100, le vent souffle en tempête de sud sud-ouest…" Louis Chevalier est né en 1911 la nuit de cauchemar se passe en novembre 1940. Le même phénomène se reproduit en 1941, puis en 1957…

Ensuite, la nature reste tranquille jusqu’au 28 février 2010. Une quarantaine d’années de répit. "Pas une rémission" précise le scientifique. Ce qui fait que ces tempêtes passées n’ont pas fait de victimes humaines, "c’est la placidité des habitants qui avaient la conscience du danger et construisaient leurs habitations sur les parties hautes. La société sait qu’elle vit sur un territoire sensible, et se trouve en préparation organisée, psychologiquement armée, les marins vérifient les amarres de leurs outils de travail. Terriens et marins affrontent les éléments avec sang froid".

Mais c’était avant la civilisation balnéaire. La commune de la Faute se détache de la Tranche-sur-Mer en 1953. En 1956, un audit des ingénieurs des Ponts et Chaussées souligne la vulnérabilité de la digue est. Plus on la recharge dans l’espoir de la surélever, plus elle s’enfonce dans les vases sableuses de l’estuaire du Lay.

Aujourd’hui encore, c’est une loi de 1807 qui régit le processus de construction de cette digue par le prélèvement de matériaux sur place dans la perspective de la mise en culture des terres ainsi protégées…


Urbanisme balnéaire forcené

Mais des cultures agricoles, on est passé à la l’urbanisation balnéaire. Thierry Sauzeau cite un autre chercheur, Freddy Vinet, de l’université de Montpellier qui a dressé une typologie des constructions à la Faute-sur-Mer. Aucune maison ancienne n’a été touchée par les flots, celles dans lesquelles ont a retrouvé des victimes sont de construction récente.
"On a construit en moyenne 250 maisons par décennie de 1960 à 1990, 450 pour la décennie 1990 2000 ! Puis à nouveau 250 depuis". Le chercheur parle de droit de tirage, autrement dit, "si on avait les moyens d'acheter personne ne s'est occupé de savoir si le terrain était constructible ou pas. D’une zone agricole inondable, on est passé à une tâche urbaine dense. Mais toujours sous le niveau de la mer dans un polder".

Une amnésie de la génése ?

195- 2010, le président du tribunal interroge le chercheur, "y a t-il eu une perte de mémoire collective et involontaire ?"
"Non" répond Thierry Sauzeau. "À mesure que les événements s’éloignent, on minimise les enjeux". "La perte de mémoire collective a bon dos ?" insiste le président. "C’est bien la même génération qui a connu les dernières submersions et qui a déclenché le processus d’urbanisation".

"Y a t-il eu des lanceurs d’alerte ?" demande à nouveau le président. La réponse de l’historien chercheur est éloquente quand il se fait sociologue. "On croise systématiquement sur le territoire de la commune des gens porteurs d’une parole dévalorisée du fait qu’ils ne sont pas élus, anciens ou jeunes à qui les parents ont raconté les submersions passées… Ils vivent sur place, ils n’ont pas bénéficié du "boom balnéaire", et n’ont pas quitté la commune".

"À la Faute comme ailleurs les gens ne gardent pas la date en tête, ils ont le souvenir de l’événement. Ils ont la connaissance du risque, ils me disent, ma maison est sous le niveau de la mer mais les chambres sont à l’étage !"

Le président reprend : "quel écho le travail des chercheurs a t-il trouvé chez les décideurs ?" ... "Les travaux des chercheurs n’ont trouvé aucun écho chez les décideurs… Les aléas du territoire auraient dû appeler à plus de vigilance. On a construit des maisons de type "vendéen" sur rez de chaussée dans une zone agricole inondable".

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