Coronavirus : le confinement va à l'opposé des principes de soin dans les hôpitaux psychiatriques

Quand le soin est d'abord le contact, la relation, l'échange, le groupe, comment fait-on quand tout cela est restreint ? C'est ce qui inquiète des soignants des hôpitaux psy. Ils se soucient également des malades renvoyés chez eux en confinement

Quand le contact humain est grandement limité, comment aider ceux qui en ont le plus besoin dans leur thérapie ?
Quand le contact humain est grandement limité, comment aider ceux qui en ont le plus besoin dans leur thérapie ? © Pixabay
L'épidémie de coronavirus et les règles de confinement et de distanciation sociale obligent nombre de secteurs à trouver de nouveaux procédés pour poursuivre l'activité et notamment lorsqu'elle est indispensable.

Ainsi, le secteur des soins psychiatriques vit actuellement une remise en question de ses soins qui ne peuvent plus se pratiquer dans les conditions habituelles.

"On réinvente les soins psychiatriques" constate Rachel Bocher, présidente de l'intersyndicale des praticiens hospitaliers et également médecin psychiatre au CHU de Nantes.

Car l'interdiction des visites et le confinement vont à l'encontre des activités et des thérapies de groupe qui sont un des maillons essentiels des soins en unité psy.
 

"On ne connaît pas les conséquences du confinement sur des personnes sujettes aux angoisses"

"On peut toujours parler au patient, précise Rachel Bocher mais il n'y a plus d'activités de groupe, tout se passe en entretien individuel soit avec le psychiatre, soit avec l'infirmier."

Les outils existent, selon la praticienne, pour continuer de travailler avec le patient mais elle reconnaît qu'on ne connaît pas les conséquences du confinement sur des personnes déjà fragilisées et sujettes aux angoisses, à l'anxiété.

"On met en œuvre des pratiques nouvelles, on est très en lien les uns avec les autres" explique Rachel Bocher qui n'hésite par à parler de "recherches" pour essayer d'identifier les décompensations liées au covid et au confinement. Au centre de santé mentale angevin de Sainte-Gemmes-sur-Loire, près d'Angers, une trentaine de lits se sont libérés en quelques jours. Les malades dont l'hospitalisation n'était pas indispensable ont été renvoyés chez eux pour alléger la charge d'un personnel qui doit désormais travailler en individuel.

"On se demande comment on va retrouver les gens après ça" s'inquiète Benjamin Létang, infirmier psy et secrétaire de la CGT santé dans le Maine-et-Loire. "On a maintenu le volet visites à domicile par téléphone, précise-t-il, notamment pour les cas de psychose afin d'éviter les replis sur soi. Mais ça ne remplace pas le contact physique."

Le danger, craint-il aussi, c'est l'incurie, des patients qui, revenus à domicile, ne prendraient plus soin d'eux ou de leur environnement en l'absence d'aides ménagères.

L'infirmier constate cependant que, globalement, les patients appliquent plutôt bien les consignes de confinement à l'hôpital. "On essaye d'être au maximum présent dit Benjamin, mais le confinement va à l'opposé de ce qu'on essaye de mettre en place."

Et comme dans les EHPAD, on utilise les outils numériques pour rester en contact avec les familles.   

Le risque du recours à la pharmacie

Le personnel médical ne risque-t-il pas d'augmenter le recours à la pharmacie pour limiter la dégradation des états de santé mentale ? C'est le risque, disent certains médecins et infirmiers.

"Ça va être une gestion de crise, reconnait Phillipe Burgaud Grimart, animateur de la commission nationale psychiatrie CGT et infirmier au CHS Georges Mazurelle de La Roche-sur-Yon. Forcément, les médecins vont devoir s'adapter."

L'infirmier s'inquiète notamment pour les enfants hospitalisés en pédopsychiatrie et pour qui l'obligation de garder une distance avec les soignants va poser un problème."On ne peut pas demander à un gamin malade de ne pas se rapprocher du soignant !"

Une distance d'autant plus stricte que le matériel de protection est insuffisant. 
 

"On ne pourra protéger les gens que pendant trois ou quatre jours"

"Il faudrait que tous les soignants et tous les patients aient des masques, point barre ! exige Philippe. Et du gel hydroalcoolique et des tests !"

Mais les consignes sont claires dans tous les établissements. On a adapté l'utilisation du matériel de protection au manque de stock. Donc, on n'utilise le peu de masques que l'on a que lorsqu'il y a des symptômes de covid-19. "On a moins de matériel de protection que les caissières de Leclerc, s'indigne Phillipe Burgaud Grimart. En cas de covid, on ne pourra protéger les gens que pendant trois ou quatre jours."

Et pour ceux qui sont retournés chez eux, il faudra être vigilant sur l'automédication, la consommation d'alcool. 

Les psychotropes risquent d'entraîner des difficultés respiratoires, alerte le Dr Rachel Bocher. Du pain béni pour le covid-19.
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