Dimanche en Politique : quelle agriculture après la COVID ? [Voir ou revoir]

L'agriculture n'a pas été épargnée par la crise sanitaire. Un tiers des agriculteurs de l'ouest seront partis à la retraite d'ici 2025. Les modes de consommation des français changent. Le secteur doit se réinventer pour survivre et séduire.

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Cette année, le salon de l'agriculture a été annulé. France 3 Pays de la Loire et France 3 Bretagne ont donc décidé de s'associer pour vous proposer une émission spéciale consacrée à l'agriculture.

Dimanche, dès 11 heures, Christine Vilvoisin et Antonin Billet reçoivent Christiane Lambert, présidente de la FNSEA et René Louail, paysan syndicaliste breton et ex porte-parole de la confédération paysanne.

D'autres invités seront également en duplex : Emmanuel Turban, agriculteur, depuis sa ferme du Vieux Manoir à Pommerit-le-Vicomte (22), des étudiants de l'École Supérieure de l'Agriculture d'Angers entourés de Bertille Thareau, responsable de la Chaire Mutations agricoles, Guillaume Piva, agronome et Sébastien Couvreur, enseignant chercheur en zootechnie.

 

Un état des lieux du secteur agricole

Les agriculteurs ont été directement impactés par la crise sanitaire. Symbole d'une filière aux abois, en mars dernier, des horticulteurs jettent 800 000 euros de fleurs à la benne. Dans tout l'ouest, les professionnels subissent d'importantes pertes et en bout de chaîne 2000 fleuristes auraient définitivement jeté l'éponge.

Fraises de Plougastel, bonnotes de Noirmoutier, la récolte n'attend pas, mais la main d'œuvre manque, et les distributeurs habituels ne sont pas au rendez-vous. Pas de cantines, des restaurants fermés, plus de 30 % des agriculteurs disent avoir connu des problèmes de débouchés. C'est ce que révèle une étude de l'IFOP réalisée entre mars et avril 2020.

Sur la côte atlantique les bateaux restent au port.

Pendant ce temps-là, les abattoirs tournent jour et nuit à des cadences quasi-infernales. Mais en Pays de la Loire comme en Bretagne, les clusters se multiplient, les salariés tombent malades les uns après les autres.

Alors qu'en sera-t-il en 2021, le monde agricole se relèvera-t-il de cette année noire ?

 

Comment les agriculteurs s'organisent-ils face à la crise sanitaire ?

Face à la COVID et pendant la crise, les agriculteurs se sont adaptés. Pour vendre et communiquer, ils ont eu recours au numérique. Sites internet, plateformes d'échange et chaînes You Tube se sont développés pendant la crise. Mais chacun à sa conception de son métier et tous ne sont pas égaux face aux usages du numérique.

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DEP : les viticulteurs face à la COVID

Les deux propriétaires du domaine des Trois Toits à Vertou près de Nantes ont réinventé leur façon de vendre. Ils produisent essentiellement du muscadet. Mais cette année, pas de salon pour vendre leur vin, pas de restaurant pour écouler leurs produits et mettre en valeur leurs nouveaux crus. Ils ont dû mettre en place des ateliers de dégustation virtuels, des ventes en ligne, mais les temps sont durs.

Les Français changent leur mode de consommation. Ils recherchent des produits sains, locaux. À Guingamp, 13 agriculteurs se sont regroupés pour vendre directement aux consommateurs et développer leur circuit-court. Le développement de la vente directe et locale, c'est une des conséquences de la crise sanitaire. Mais des études révèlent qu'un an après le premier confinement, les consommateurs reprennent leurs habitudes et concentrent à nouveau leurs achats dans les grands magasins. 

 

Autosuffisance : un défi sociétal et environnemental

L'agriculture urbaine elle aussi s'est développée. L'Etat a même décidé d'aider au financement des fermes urbaines et jardins partagés. Une enveloppe de 30 millions y est consacrée dans le cadre du plan de relance.

L'élevage, très majoritaire dans l'ouest, l'est aussi près de nos villes. Dans la métropole rennaise, les éleveurs occupent ainsi 80 % des terres agricoles. À contrario, seulement 1 % des surfaces agricoles des 43 communes de Rennes Métropole sont consacrées à la production de fruits et légumes d'après l'AUDIAR (Agence d'urbanisme de Rennes).    

Conséquences de ce déficit de production maraîchère : si la métropole exporte des produits d'élevage (viande, lait…), elle ne produit que 19 % de ses besoins alimentaires, d'après une étude de l’Agrocampus de Rennes.

En se basant sur des hypothèses de régime alimentaire moins carné et une utilisation optimale des surfaces "vertes" disponibles (toits, espaces publics...), l'étude de l'Agrocampus affirme que la métropole rennaise peut assouvir ses besoins alimentaires dans un rayon de 22 kilomètres.  

"L’autonomie alimentaire est un objectif vers lequel la métropole doit tendre, poursuit Ludovic Brossard. Aujourd’hui, les grandes villes ne possèdent que trois jours de stocks alimentaires. Les pénuries sont possibles en cas de crise majeure."  Mais l’autosuffisance au niveau d’une métropole, c'est une autre affaire aux yeux de l’agriculteur.

 

Peut-on produire sans pesticide ?

Des produits sains, le respect de l'environnement et le bien-être animal. C'est ce que réclament aujourd'hui les consommateurs. Le défi des agriculteurs, c'est donc de réduire l'utilisation des pesticides et autres produits phytosanitaires.

La Bretagne connaît encore chaque année une prolifération des algues vertes. Les eaux sont saturées de nutriments dont elles se nourrissent, essentiellement l'azote et le phosphore issus des nitrates. Ces nitrates sont présents dans les engrais utilisés dans l'agriculture.

En Maine-et-Loire, la polémique a eu raison du métam-sodium. En 2019, l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a retiré les autorisations de mise sur le marché de tous les pesticides qui contiennent cette substance. Mis en cause dans l'intoxication de 70 personnes, les produits à base de métam-sodium étaient utilisés pour lutter contre les champignons et les vers qui s'attaquent à certaines cultures.

Des alternatives ont été développées par les maraichers : désinfection à la vapeur, rotation des cultures, désherbage manuel.

Les agriculteurs de demain

Un tiers des agriculteurs de l'ouest partiront en retraite d'ici 2025. Comment trouver la relève ? Un service de remplacement des agriculteurs permet à des étudiants de se faire la main avant d'envisager le rachat de terres. Il offre aussi la possibilité aux agriculteurs de prendre des vacances et de ne plus être dans son exploitation jour et nuit, 7 jours sur 7.

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DEP : service de remplacement pour les agriculteurs

Proposer aux futurs exploitants une vie plus"normale", c'est peut-être l'une des clefs pour attirer des jeunes vers cette profession.

 

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