Dix BD pour Noël : on vous laisse choisir la couleur du paquet cadeau!

© éric guillaud
© éric guillaud

Je devine vos mines déconfites. Noël approche à la vitesse de la lumière et vous séchez affreusement côté cadeaux. Pas de panique, rien que pour vous, nous avons sélectionné dix bandes dessinées qui feront à coup sûr de l’effet au pied du sapin. Et il y en a pour tout le monde...

Par Eric Guillaud

Pour les romantiques : La Délicatesse

Un concentré d’émotions. Voilà ce qui définit le mieux "La Délicatesse" de Cyril Bonin, adaptation parfaite du roman de David Foenkinos, le genre de bouquin qui vous colle à l’esprit pendant des jours et des jours après sa lecture. Images, textes, dialogues, personnages, couleurs… tout est au service de ce récit intimiste qui a déjà fait les beaux jours de l’édition et du cinéma.

Un travail remarquable, l’un des plus beaux albums de cette fin d’année. Mais rien d’étonnant venant de Cyril Bonin dont on a déjà pu saisir l’immense talent, notamment à travers son diptyque "Amorostasia", actuellement en cours d’adaptation pour le cinéma. Un auteur à suivre de très près !

La Délicatesse, de Cyril Bonin d’après le roman de David Foenkinos. Éditions Futuropolis. 17€

Pour les mélomanes...Le Petit livre Black Music

Certains mettent des images en musique, eux font le contraire. Le Nantais Brüno et son complice Hervé Bourhis viennent d'illustrer leur passion commune pour les musiques noires américaines. Un album complètement funk à nous faire ressortir la platine et les microsillons du placard.

Il a le format carré d'un 45 Tours, un peu plus grand, et un macaron central qui laisse entrevoir à travers le fourreau le visage et la coiffure afro d'une immense artiste : Diana Ross, la reine incontestée de la soul et du r'n'b des années 1960. "Le Petit livre Black Music" n'est pas vraiment une bande dessinée, pas vraiment un livre illustré, un peu des deux tout de même, en tout cas un sacré concentré d'informations, d'anecdotes, de références, de dates, de citations, de pochettes d'albums revisitées par la touche graphique inimitable de Brüno, de croquis et illustrations diverses, de petites et grandes histoires sur les artistes, sur les albums, les maisons de disques qui ont fait la black music, et ce depuis le XVIIe siècle, avec l'apparition des premières works songs, jusqu'à nos jours. Une Gageure relevée avec talent par les deux auteurs Hervé Bouhris et Brüno.

Le Petit livre Black Music, de Hervé Bourhis et Brüno, aux éditions Dargaud. 22,50 €

Pour ceux qui aiment la mer et la peinture : Les voyages d'Ulysse

C’est un livre absolument somptueux que nous ont concocté Emmanuel Lepage, Sophie Michel, René Follet et l’éditeur galeriste Daniel Maghen. Un livre de 272 pages qui nous embarque à bord de L’Odysseus pour un voyage à la croisée de la mythologie grecque, de la peinture, de la littérature et de la bande dessinée. En digne Breton, Emmanuel Lepage aime la mer et le fait savoir. Aujourd’hui à travers le magnifique travail réalisé sur les planches des "Voyages d’Ulysse", hier à travers les albums "La Lune blanche", "Australes" ou encore "Voyage aux îles de la Désolation". 

Ponctué de peintures parfois pleine page de René Follet, réalisées pour des albums précédents ou spécifiquement pour celui-ci, ponctué également de textes d’Homère, de flashbacks sur la vie intime de Salomé, de références à la mythologie grecque, "Les voyages d’Ulysse" est un album très riche qui répond quelque part aux "Voyages d’Anna", un carnet de voyage scénarisé, déjà publié en 2005 chez Maghen. 

Les voyages d’Ulysse, de Lepage, Michel et Follet. Éditions Maghen. 29€

Pour ceux qui s'engagent : Jamais je n'aurai 20 ans

"Le Convoi", "Dolorès", "La Nueve", "Nuit noire sur Brest", "Le Recul du fusil", "No pasarán"… nombreux sont les albums qui, depuis quelques années, s’intéressent directement ou indirectement à la guerre civile espagnole. Mais jamais, je pense, récit n’avait été aussi fort que celui-ci, aussi fort et éclairant sur les divisions profondes qui ont entraîné le peuple espagnol dans la spirale de la guerre. Ce n’est pas la première fois que Jaime Martin aborde cette thématique du franquisme.

Déjà, dans "Les Guerres silencieuses", il racontait le service militaire de son père dans le Sahara espagnol et, au-delà, la jeunesse de ses parents dans l’Espagne des années 50, une Espagne tenue d’une main de fer par les institutions, l’armée, la religion. Avec "Jamais je n’aurai 20 ans", l’auteur ne se limite pas à montrer l’horreur de la guerre, il raconte aussi la vie de ceux qui n’ont pas choisi l’exil à la fin de la guerre et ont dû courber l’échine jusqu’à la mort de Franco en 1975. Un récit passionnant au trait réaliste simple et séduisant ! 

Jamais je n’aurai 20 ans, de Jaime Martin. Éditions Dupuis. 24€

Pour les fans de Disney mais pas que : La jeunesse de Mickey

Il faut quand même être sacrément balèze pour s’attaquer à Mickey. C’est du lourd. Du très très lourd. Mais Tébo n’est pas du genre à avoir peur d’une légende. Peut-être un peu des araignées et des fourmis mais jamais des légendes.  Ce beau et jeune Caennais – si si  –  est suffisamment musclé des doigts et du cerveau pour se jeter dans une aventure comme celle-ci et en revenir entier.

À l’arrivée, même pas mal le Tébo et un bel album qui sent bon la postérité. Après Cosey, Keramidas, Trondheim, le papa de "Captain Biceps", de "Samson et Néon" et de plein d’autres beaux albums nous offre un Mickey qui décoiffe, un Mickey bourré de légèreté, d’humour et d’aventure. Et ça, ça fait sacrément du bien en ce moment ! 

La jeunesse de Mickey, par Tébo. Éditions Glénat. 17€

Pour les baroudeurs : Les brumes de Sapa

Inutile de le cacher, la première chose qui a arrêté mon regard est le nom de l’auteure. Lolita Séchan. Ça me rappelait quelque chose. Une chanson peut-être.  Mais oui bien sûr, c’était la Lolita de Renaud, la fille du chanteur énervant, celle dont il se disait complètement morgane. Bon ok ! Mais un nom, aussi illustre soit-il, ne fait pas tout. Et ce qui m’a vraiment décidé à ouvrir et lire l’album est franchement ailleurs, dans l’atmosphère de cette magnifique couverture, dans ce bleu intense et dans ces traits, cette multitude de petits traits constituant l’illustration.

Avec son graphisme délicat, mais aussi ses mots, son extrême sensibilité, Lolita décrit ses voyages au Viêt Nam, elle nous parle des Hmongs, ce peuple de montagnards vivant au nord du pays, elle évoque aussi ses amours – on aperçoit Renan Luce –  et puis sa famille avec notamment une scène extrêmement émouvante la montrant aux côtés de son père qu’on imagine en cure dans une clinique. Il y a dans cette scène, je ne sais pourquoi, un petit quelque chose de Corto Maltese, la solitude du héros face à son destin peut-être. C’est beau, c’est fort, c’est poignant. On a simplement envie de dire « Merci Lolita » 

Les Brumes Sapa, de Lolita Séchan. Éditions Delcourt. 24,95€

Pour les humanistes : Le petit bourreau de Montfleury

Avec son costume rouge de super-héros et sa bouille de bon vivant, amoureux de la vie, rien ne laisse présager son métier. Seule la hache qui ne le quitte jamais peut en constituer un indice. Notre personnage est bourreau, oui, bourreau de père en fils. Plus qu'une fonction, un statut. Dans le village, on l'appelle Bourreau tout simplement. Mais c'est un bourreau au grand cœur que nous a imaginé Marty Planchais pour son premier album jeunesse, un bourreau humaniste et artiste. Car notre bourreau est aussi peintre, d'ailleurs il se dit surtout peintre. Comme son père avant lui, il n'a jamais tué qui que ce soit mais a peint quantité de toiles, des champs de soleils ou de coquelicots, beaux comme du Van Gogh !

Mais l'heure est grave. Un nouveau maire a été élu à la tête de son village et avec lui une vision plus ferme et répressive de l'autorité municipale. Il a besoin d'un coupable. Peu importe de quoi. Un coupable qui devra passer entre les mains, ou plus exactement sous la lame du bourreau. Histoire de donner l'exemple... 

Le Petit bourreau de Montfleury aux éditions Sarbacane 12,50€

Pour ceux qui aiment les biographies : Martha et Alan

Qu’est ce qui fait qu’une vie mérite ou non d’être racontée ? Bonne question. Peut-être que toutes les vies le méritent finalement et que tout ou presque réside dans la façon de raconter. En ce sens, la vie d’Alan Ingram Cope n’a rien de fondamentalement extraordinaire ou héroïque.

Depuis seize ans pourtant, Emmanuel Guibert nous en livre régulièrement des épisodes avec une façon à lui qui rend l’ordinaire passionnant. Dans "Martha et Alan", l’auteur se penche sur la première histoire d’amour de son ami. Son prénom est Martha. Alan la rencontre à l’âge de 5 ans. Ensemble, ils partagent pendant quelques années des moments joyeux avant que les liens ne se distendent. La mère d’Alan décède. Son père se remarie avec une jeune femme de 20 ans qui entreprend d’éponger les dettes de son nouveau mari. Nous sommes au coeur de la Grande Dépression. Un moment très difficile pour Alan et sa famille. Juste avant de partir pour la guerre, le jeune homme revoit Martha, le temps d’apprendre qu’elle a attrapé la polio. Avec un trait vaporeux comme les souvenirs et des dessins en double page sans cases, sans bulles, Emmanuel Guilbert nous embarque avec beaucoup de justesse, d’émotion et un brin de nostalgie dans cette nouvelle tranche de vie. Un véritable hommage à l’ami Alan en même temps qu’un fabuleux témoignage sur l’Amérique du XXe siècle ! 

Martha et Alan, d’Emmanuel Guibert. Éditions L’Association. 23€

Pour ceux qui aiment l'histoire : La Déconfiture

Lorsqu’on commence à parler en matière de livre du « nouveau untel » ou du « dernier tartempion », c’est que le untel ou le tartempion en question n’est plus à présenter, qu’il fait partie des meubles en quelques sortes, de notre patrimoine culturel et des étagères de nombre de lecteurs. C’est le cas bien sûr de Pascal Rabaté. Et que vaut ce « nouveau Rabaté » qui a pour nom "La Déconfiture" et parle de la débâcle ?

C’est un petit bijou. Mais est-ce vraiment surprenant ? Des dialogues savoureux, un trait réaliste épuré et raffiné, une narration formidablement fluide, des personnages qui nous ressemblent… Le « nouveau Rabaté » ne devrait pas déclencher d’exode mais au contraire une affluence record dans toutes les bonnes librairies de France et de Navarre. 

La Déconfiture (première partie), de Rabaté. 
Éditions Futuropolis. 19€

Pour comprendre l'autisme : La Différence invisible

La Nantaise Julie Dachez a été diagnostiquée autiste Asperger à l'âge de 27 ans. Depuis, elle use de tous les moyens pour expliquer ce qu'est l'autisme et en combattre les préjugés. Avec Mademoiselle Caroline, elle a publié une bande dessinée sur son expérience. Le récit nous permet de suivre la jeune femme dans son quotidien sur plusieurs mois, voire plusieurs années, avant, pendant et après le diagnostic. Elle partage avec nous ses émotions, ses doutes, ses errances, ses difficultés ou ses maladresses.

Et on comprend dès lors comment le diagnostic justement a pu être pour elle un soulagement, une libération. On la voit sauter de bonheur, hurler de joie. "Après 10 ans d’errance, ce diagnostic m’a libérée car il est venu poser un mot sur ma différence. Il était absolument essentiel pour me permettre d’apprendre à respecter mes limites tout en me focalisant sur mes points forts". La vie de Julie change en même temps que l'atmosphère graphique du récit. Avec le diagnostic reviennent les couleurs de la vie, reléguant aux oubliettes l'atmosphère sombre des premières pages, des questionnements. Pas de leçon de morale dans les pages de cet album mais une sacré leçon d'humanité.

La Différence invisible de Mademoiselle Caroline et Julie Dachez. Éditions Delcourt. 22,95€
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