Loire-Atlantique : la galère des agriculteurs victimes de la pluie

Pas une semaine sans pluie depuis des mois, les champs sont saturés d'eau, les semis souffrent, les cultures pourrissent et les agriculteurs s'inquiètent. Témoignages d'éleveurs et de cultivateurs de Loire-Atlantique.

Par Olivier Quentin avec Vincent Raynal.

Jamais contents les agriculteurs ? Ils se plaignent de la canicule, ils se plaignent de trop de pluie... Justement ! C'est le trop qui pose problème. 

En agriculture, on dit qu'un beau temps, c'est un temps qui ne dure pas. De la pluie c'est bien, du soleil c'est bien aussi mais il ne faut pas tomber dans l'excès. Sinon, c'est la catastrophe garantie et quand on travaille avec la nature, on est terriblement dépendant de la météo.
 

Après le trop peu... le trop plein.

Jusqu'en octobre, on a souffert de la sécheresse et voilà qu'aujourd'hui les champs sont gorgés d'eau mais les effets seront les mêmes, des cultures en souffrance et des animaux dont il faudra acheter la nouriture faute de l'avoir produite.

Vers Ancenis, à Maumusson, Sylvain produit du blé mais les graines ne montent pas.

"Pour être bien, il faudrait 200 pieds au m², nous explique-t-il. Là, il y a 10 pieds au m². Le blé a été noyé. L'année dernière, on a subi une grosse sécheresse qui a fait que sur notre exploitation on a dû acheter pour 12 000 € de maïs. Là, on est en train d'acheter de la paille pour l'hiver prochain. Et les prix montent. Ça signifie une perte d'au moins 50 000 euros sur une année."
Sylvain Bondu dans un champ de blé sans rendement du fait des pluies trop abondantes. / © France Télévisions
Sylvain Bondu dans un champ de blé sans rendement du fait des pluies trop abondantes. / © France Télévisions

Lorsque le terrain est bien drainé, tout va bien. Sur ce morceau de parcelle, une graine de blé semée donne bien trois tiges et trois épis à venir. 

"Ce qu'on veut dans un champ, explique Bénédicte Bazantay, conseillère agronome à la chambre d'agriculure de Loire-Atlantique, c'est avoir au final 600 épis au m² pour assurer un rendement correct."

Mais dans ce champ, pour un m² bien drainé et qui donnera un bon rendement il y a de larges zones où il n'y a rien.
 

"On a des sommes de températures historiquement très élevées..."

"L'automne et l'hiver qu'on a connus ressemblent à 2001 mais en pire constate Bénédicte. En 2001, ils avaient réussi à semer. Cette année, ils ont semé dans des conditions dantesques avec des mauvaises levées. Et en plus, on a des sommes de températures historiquement très élevées donc la végétation est en avance et les interventions des agriculteurs sont en retard parce-qu'ils ne peuvent pas passer dans leurs champs."

Et le constat est gobal sur le département de Loire-Atlantique. Selon Bénédicte Bazantay, il y a 30% des surfaces en céréales qui n'ont pas été semées. 50 % de ces semis se portent mal et 25% sont à la limite de la perte.

Moins de rendement dans les champs, cela signifie moins de paille à venir pour les éleveurs.
 
Si le blé ne pousse pas, c'est autant de moins de paille pour les élevages. / © France Télévisions
Si le blé ne pousse pas, c'est autant de moins de paille pour les élevages. / © France Télévisions

Florent Fruchaud est agriculteur à La Rouxière. Il a dû acheter pour 8000 € de paille et 2000 € de foin.

"Normalement fait remarquer Florent, le paturage a commencé depuis 15 jours dans une année normale. Mais là, on n'est pas près de sortir les vaches avant 15 jours. On déstocke notre foin, on a même été obligé d'en racheter. S'il avait fait le temps pour, c'est des vaches qui allaient en champs et qui auraient mangé de la bonne herbe. On ne les sort pas, elles abimeraient les patures, elles s'enfonceraient."

Florent se désole aussi de voir toute cette eau qui tombe et qui part. Il aurait aimé disposer d'un étang qui lui servirait de réserve... pour quand il ne pleuvra plu.

voir notre reportage
 







 

Sur le même sujet

Les + Lus