Loire atlantique : le malaise des éducateurs de la sauvegarde de l'enfance

A Nantes, comme à Saint-Nazaire, les travailleurs sociaux de l'association de sauvegarde de l'enfance, Linkiaa, dénoncent des conditions de travail dégradées et un réel mal être. Une situation qui pèse lourdement sur l'accompagnement éducatif.

© MaxPPP
Alors que l'infanticide de la petite Vanille, dont la mère était suivie, soulève bien des questions, les travailleurs sociaux de Loire-Atlantique dénoncent aujourd'hui des conditions de travail extrêmement dégradées, ainsi qu'un mal-être de la plupart des éducateurs.  

" La politique de management humaine » prônée dans le projet associatif n’existe que sur le papier. La qualité de l’accompagnement éducatif est vivement remise en cause, les conditions de travail se dégradent de plus en plus. Le bilan pour les professionnels, les enfants et leurs familles est lourd", dénonce les syndicat CGT et CFDT

 Selon les travailleurs sociaux, pour la plupart, aidants familiaux de l'association Linkiia "la multiplication des prises en charge, notamment en milieu ouvert, rend quasi impossible un accompagnement humain de qualité, et attente à la santé des salariés."

Perte de sens du travail


Pour les syndicats qui ont longuement entendus les salariés de Nantes et du bassin nazairien, le constat est alarmant. "Les assistants familiaux sont souvent seuls car les services d’accueil sont débordés. Ils n’ont pas ou peu de réponse à leurs questions concernant les enfants.Des relais sont organisés dans l’urgence car les situations n’ont pas été travaillées en amont, faute de disponibilité des éducateurs".
Les éducateurs de la sauvegarde de l'enfance se sont mobilisés ce mardi 11 février pour dénoncer des conditions de travail de plus en plus dégradées.
Les éducateurs de la sauvegarde de l'enfance se sont mobilisés ce mardi 11 février pour dénoncer des conditions de travail de plus en plus dégradées. © Patricia Rezeau


Les éducateurs dénonce par ailleurs un manque de transparencesur la situation des en fants avant l'accueil en famille "comme si les assistants familiaux n’étaient pas considérés comme des professionnels à part entière. Cela ne peut que renforcer les difficultés de recrutement", déplorent-ils.

"Une dégradation des conditions de travail, en lien avec la priorité donnée aux résultats chiffrés, sans tenir compte de la qualité des prises en charges éducatives. L’éducatif est-il encore une valeur défendue par l’association ? ", s'interrogent les salariés

 

Une aile de la maison d’enfants de Paimboeuf a été fermée, ce qui a provoqué un regroupement et une promiscuité. Remplir les foyers, sans tenir compte des problématiques des enfants, c’est provoquer de la maltraitance et de la mise en danger, pour les enfants et pour les professionnels-CFDT et CGT santé sociaux

Pour les salariés mobilisés : "Il n’y a plus d’évaluation ni d’élaboration collective des situations et de la dynamique institutionnelle. Les directions décident, et les professionnels de terrain se doivent d’exécuter, sans commenter. L’action dans l’urgence entraîne une dilution de l’analyse théorique. Cela génère épuisement, usure professionnelle et burn-out chez les salariés, de nombreux arrêts maladie (médecine du travail en alerte), du turn-over."
 

"Un recrutement de personnels non qualifiés"


Pour les syndicats il y a urgence aussi en matière de recrutement. "Le recrutement se fait avec des personnes non qualifiées pour le poste occupé. C'est un choix budgétaire associatif où seul compte le montant du salaire, de faire des économies budgétaires au détriment des enfants. Cela génère de l’insécurité et des passages à l’acte chez les enfants". Ces faits de violence les salariés la mettent en lien direct avec la violence institutionnelle. 


Depuis de nombreux mois, les élus des différentes instances du personnel, interpellent la direction générale sur ces dysfonctionnements  et un réel mal-être au travail, mais disent ne pas être entendus.Ils se réunissent ce mardi 11 février à 17 heures devant les locaux du siège social de Linkiaa à Nantes. Au moment même où doit se tenir un conseil d'administration de l'association de sauvegarde d'aide à l'enfance.
A propos de l'association LInkiaa
Linkiaa est née de la fusion de La Sauvegarde de l’Enfance 44 et d’Enfance & Famille, décidée lors des assemblées générales extraordinaires des deux associations réunies le 7 septembre 2016 qui ont adopté ses nouveaux statuts. Elle prend effet au 1er janvier 2018, après que la conformité aux règles relatives à la reconnaissance d’utilité publique a été actée par les autorités compétentes. Le choix d’une structure regroupant les deux associations s’avère la réponse structurelle la plus appropriée pour prendre en compte les besoins des enfants, des jeunes et de leur famille, dans un environnement en continuelle évolution. 

Linkiaa, reconnue d’utilité publique, assume une mission d’intérêt général dans le cadre de la protection de l’enfance et de l’adolescence en danger et de la protection judiciaire de la jeunesse y compris dans le cadre de missions de prévention de la délinquance. Cette mission s’étend de la prévention à la prise en charge des enfants, mineurs et jeunes majeurs, et de leurs familles, dans une perspective d’autonomie et d’intégration sociale. L’association poursuit une utilité sociale au sens de la loi du 31 juillet 2014 relative à l’économie sociale et solidaire. Elle apporte un soutien à des personnes en situation de vulnérabilité soit du fait de leur situation économique ou sociale, soit du fait de leur situation personnelle et particulièrement de leur état de santé ou de leurs besoins en matière d'accompagnement social et médico-social. Elle agit en soutien aux personnes, usagers et bénéficiaires de ses établissements et services, en difficulté physique, intellectuelle, sociale, psychologique ou morale. Elle inscrit son action dans le respect des différents schémas départementaux et régionaux et des politiques publiques menées par l’État (agence régionale de santé et protection judiciaire de la jeunesse.

Linkiaa emploie 550 salariés et s'occupe de près de 1278 jeunes.
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