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Génération Senior : des enseignants retraités aident à l'intégration de réfugiés

Danielle Leroy, professeur d'Anglais retraitée, bénévole au GREF, devant un groupe de demandeurs d'asile.
Danielle Leroy, professeur d'Anglais retraitée, bénévole au GREF, devant un groupe de demandeurs d'asile.

Nantes : ils étaient éducateurs ou professeurs, d'autres ne viennent même pas du milieu enseignant, mais tous ont voulu donner de leur temps de retraité pour apprendre le Français à des réfugiés. Ils agissent au sein du Groupement des Retraités Educateurs sans Frontières.

Par Olivier Quentin

Le brouhaha est tel qu'on se demande comment l'enseignement peut se faire. Et pourtant les élèves se pressent à la porte de l'association pour apprendre le Français. Dans cette salle du quartier Chantenay à Nantes, une cinquantaine de demandeurs d'asile viennent deux heures par jour, quatre jours par semaine pour suivre ces cours. Il y a plusieurs tables, une par niveau d'apprentissage, et à chaque table un bénévole de l'association GREF. Assis, prêts à apprendre,  des Kosovars, des Soudanais, des Guinéens désireux de pratiquer la langue de ce Pays qui les accueillera peut-être. Les demandes d'asile sont en cours mais tous n'auront pas le précieux sésame. En attendant, il faut apprendre le Français pour se donner plus de chance de réussir l'intégration. 
"C'est évident que de maîtriser un peu de la langue va les aider à se faire une place en France, mais c'est aussi une façon efficace d'occuper les journées. Tout ce temps passé à attendre un titre de séjour est long et c'est psychologiquement difficile. Ils n'ont pas le droit de travailler." Cécile Delannoy est la fondatrice de l'antenne nantaise de l'association. "Parfois on croise dans la rue des anciens élèves, leur sourire est une récompense pour nous."

>> Voir le Génération sénior du 12 novembre 2015 : 


Génération séniors du 12 novembre 2015

Des images pour commencer à apprendre

Ils sont soixante dix bénévoles qui enseignent le Français aux demandeurs d'asile à Nantes. Une trentaine à Angers. Si certains migrants ont quelques bases, d'autres ne savent ni lire ni écrire, même pas dans leur propre langue. Alors les intervenants s'aident d'images, de photos parfois prises dans la presse quotidienne pour illustrer leurs cours et apprendre les premiers mots, les bases. Yannick, ancienne institutrice s'appuie ce matin sur un article relatant le jet de cocktails molotov contre un squat de réfugiés. L'un de ses élèves habite justement dans cet immeuble attaqué deux jours avant. Elle a aussi collé des publicités de produits alimentaires sur une feuille. Des fruits, des légumes, des objets du quotidien.

Nous vivons des moment extraordinaires


Dans une autre salle, quelques rues plus loin, Pascale, ancienne prof de lettres et la plasticienne Elisabeth Wadecki encadrent un groupe de femmes des Pays de l'est. C'est un atelier d'écriture et d'arts plastiques. Là, l'ambiance est plus feutrée, plus propice aux confidences. "Certaines de ces femmes ont vécu de grandes violences dans leur pays d'origine, nous confient les deux intervenantes, ce petit groupe de travail est plus intime, ça facilite l'expression orale". Dans un Français encore hésitant, Nino, géorgienne, nous exprime toute la reconnaissance qu'elle a pour ses deux professeurs. "C'est vrai que nous vivons ici des moments extraordinaires, des échanges intenses." nous confirme Elisabeth.

Des bénévoles mais un manque de salles

Claude Longuet est membre du Conseil d'Administration du GREF à Nantes. Cet ancien prof d'histoire-géo refuse l'idée d'une "invasion" de réfugiés. "Ce n'est pas la réalité, nous dit-il. Mais c'est vrai que nous manquons de moyens et notamment de salles. Nous avons dû refuser une centaine de personnes à la rentrée, par manque de place."

Il y a aussi de belles histoires qui s'écrivent ici, comme ces ressortissants de deux pays qui se font la guerre et qui, à Nantes, sont amis dans l'exil.

"Prof un jour, prof toujours", nous dit cet autre bénévole heureux d'être là. Pour rajeunir la moyenne d'âge de ses intervenants, le GREF va s'ouvrir aux non-retraités. D'autres antennes devraient être prochainement créées en France.

Fondé en 1990 par Gabriel Cohn-Bendit (fondateur également du lycée expérimental de Saint-Nazaire), le Groupement des Retraités Educateurs sans Frontières intervient également à l'étranger principalement en Afrique subsaharienne pour former des enseignants. L'antenne de Nantes a été créée en 2001.
www.gref.asso.fr/

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