Nantes : une défaillance de l'électronique expliqurait les deux décès du “coeur Carmat”

Un technicien de la société Carmat travaille sur un cœur artificiel prototype en 2009 / © Franck Fife / AFP
Un technicien de la société Carmat travaille sur un cœur artificiel prototype en 2009 / © Franck Fife / AFP

L'équipe médicale française à l'origine de l'implantation d'un coeur artificiel Carmat à trois patients, dont deux sont aujourd'hui décédés, a présenté les avantages de sa bio-prothèse dans la première étude scientifique publiée sur le sujet par la revue médicale britannique The Lancet.

Par AFP - éditing Claude Bouchet

Dans le journal médical, le Pr Alain Carpentier, à l'origine du projet ainsi que les chirurgiens cardiaques Daniel Duveau, Christian Latrémouille et Jean-Noël Fabiani, qui ont réalisé les premières interventions, estiment que leurs "expériences initiales" incitent à "l'optimisme" quant à l'utilisation d'une bio-prothèse. Le coeur Carmat est tapissé à l'intérieur d'un revêtement constitué de bio-matériaux tirés de tissus animaux (bovins) pour éviter la formation de caillots sanguins. Les auteurs de l'étude relèvent que les deux patients n'ont montré aucune complication imputable à la formation de caillots, alors même que l'un d'entre eux est resté sans traitement anticoagulant pendant une durée de 50 jours. Ils ajoutent que les deux décès ont été provoqués par la défaillance de composants électroniques dont la source "a été identifiée et corrigée" depuis.

Trois essais

Le premier coeur Carmat avait été greffé le 18 décembre 2013 à l'hôpital Georges Pompidou à Paris chez Claude Dany, un patient de 76 ans en insuffisance cardiaque terminale, qui est décédé 74 jours après l'intervention. 

Le second, un patient de 69 ans, greffé à l'hôpital de Nantes le 5 août 2014, a vécu 270 jours durant lesquels il a pu quitter l'hôpital grâce à l'utilisation d'un appareil portatif. Mais quatre mois après son retour à domicile, il avait dû être ré-hospitalisé à la suite d'une baisse du débit cardiaque. Il
n'avait pas survécu à la tentative de changement de son coeur artificiel.

Très peu de détails ont circulé jusqu'à présent sur les causes précises des décès des deux hommes. Les auteurs de l'étude insistent sur le fait que l'analyse des bio-prothèses n'ont pas révélé de "défaillances mécaniques" mais seulement des problèmes portant sur des composants électroniques.
Ils précisent que le premier patient est mort subitement alors qu'il discutait avec sa famille et qu'il buvait un soda.

Depuis l'acceptation de l'article par la revue, un troisième patient a été implanté le 8 avril. Et, 104 jours après l'intervention, il faisait l'objet de "soins de
rééducation" non loin de sa ville de résidence, précisent les auteurs.

La première phase de l'essai clinique en cours prévoit d'équiper un total de quatre malades. Le coeur Carmat, qui se distingue d'autres modèles de coeur artificiel, notamment par le choix des matériaux inédits, vise à pallier le manque de greffons. Dans un commentaire joint à l'article, deux cardiologues allemands, Alexander Stephanenko et Friedrich Kaufmann, soulignent l'intérêt de la biocompatibilité de la prothèse Carmat, mais estiment qu'elle ne pourra devenir une vraie alternative aux pompes d'assistance ventriculaire que si ses composants font preuve d'une "extrême longévité".

Le Pr Carpentier est célèbre pour avoir développé dans les années 60, les premières valves cardiaques "bioprothétiques" recouvertes de biomatériaux, permettant d'éviter la formation de caillots.

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