Des abeilles jamais observées dans la région découvertes par une équipe de recherche de l'école vétérinaire de Nantes

La compilation de plusieurs recherches vient d'être publiée par un écologue nantais, directeur du centre de la faune sauvage à Oniris, l'école vétérinaire de Nantes. Ses travaux ont permis de mettre au jour des espèces que l'on pensait typiques du bassin méditerranéen. Certaines sont rares.

Abeille sauvage Hylaeus photographiée au Vallon du Gobert à Mauves-sur-Loire. Espèce jusqu'alors inconnue sur le massif armoricain.
Abeille sauvage Hylaeus photographiée au Vallon du Gobert à Mauves-sur-Loire. Espèce jusqu'alors inconnue sur le massif armoricain. © Oniris Olivier Lambert

Les abeilles sauvages sont des insectes incontournables pour la biodiversité. 80 % des plantes à fleurs sont pollinisées par des abeilles. Et certaines plantes ne sont pollinisées que par une seule espèce d'abeille. Si cette abeille disparaît, la plante disparaît.

Olivier Lambert est le directeur du Centre Vétérinaire de la Faune Sauvage, une des structures d'Oniris, l'école vétérinaire de Nantes et dont l'une des missions est de réaliser des études scientifiques concernant la faune sauvage européenne et les écosystèmes.

Depuis plusieurs années, ce centre compile des données concernant les abeilles sauvages. Des données accumulées au fil de recherches commandées par divers organismes publics.

Oniris vient de publier le fruit de ces recherches débutées en 2014 et qui se poursuivent encore. 

 

Des observations principalement en Loire-Atlantique

Dirigée par Olivier Lambert, l'équipe d'une dizaine de personnes a multiplié les observations et les prélèvements dans trois départements des Pays de la Loire, Loire-Atlantique, Vendée et Maine-et-Loire. La Loire-Atlantique concentrant 75 % des données recueillies.

"Le but était de faire un tour d'horizon des abeilles sauvages présentes dans la région" explique Olivier Lambert. 

Olivier Lambert, directeur du Centre Vétérinaire de la Faune Sauvage à la recherche des abeilles sauvages de la région.
Olivier Lambert, directeur du Centre Vétérinaire de la Faune Sauvage à la recherche des abeilles sauvages de la région. © Erwan Balança

Ces recherches ont permis notamment de découvrir la présence en Pays de la Loire de nombreuses espèces d'abeilles sauvages. Sur les 1 000 répertoriées en France, 370 ont été observées dans cette région et, comme les recherches continuent, Olivier Lambert estime qu'on devrait passer bientôt le cap des 450 espèces.

"Ça montre la richesse de la région liée à la richesse des paysages, constate Olivier Lambert, littoraux, zones dunaires, zones boisées, marécages, bocages, vallées angevines... Il y a une diversité végétale, donc une diversité d'abeilles."

 

Des espèces du bassin méditerranéen

C'est ainsi que l'équipe a découvert la présence d'espèces rares connues pour habiter plutôt le bassin méditerranéen. Une conséquence du réchauffement climatique ? Non, estime le Dr Lambert, car les abeilles ont une capacité de colonisation très réduite. Elles devaient donc être présentes depuis déjà longtemps. Mais, comme on ne les avaient jamais cherchées, on ne les avait jamais trouvées !

Ces recherches ont aussi permis de localiser des espèces rares en ville. Notamment au jardin des plantes de Nantes, lieu qui se trouve pourtant dans une zone très urbanisée. Dans un carré précis de ce parc, se trouvent des plantes sauvages prisées de certaines abeilles sauvages.

Parcours de golf de Saint-Sébastien-sur-Loire. Abeille Andrena Vaga, une abeille qui affectionne les saules.
Parcours de golf de Saint-Sébastien-sur-Loire. Abeille Andrena Vaga, une abeille qui affectionne les saules. © Oniris Olivier Lambert

Autre exemple, sur le parcours de golf de Saint-Sébastien-sur-Loire, nos chasseurs d'abeilles ont découvert des Andrena Vega, une espèce en danger qui apprécie la proximité des saules. Ce golf est semble-t-il un lieu prisée des abeilles sauvages tout comme le parc Balzac, près du lac de Maine à Angers.

"On peut trouver des abeilles sauvages partout, estime Olivier Lambert, dès lors que s'y trouvent les espèces de plantes sauvages dont elle se nourrissent."

Le scientifique aime à donner un exemple concret : "Si je vous donne une coupe de champagne très haute et mince, explique-t-il, et que pour la boire, je vous fournis une paille courte, vous n'aurez pas accès à grand chose dans cette coupe. Alors que si on vous donne une coupe plus large, vous aurez accès à plus !" Conclusion : pour aider à la survie des abeilles sauvages, il faut leur proposer des végétaux qui leur conviennent.

 

"Mieux vaut des mauvaises herbes, des pissenlits"

"Les collectivités ont une vraie responsabilité, souligne Olivier Lambert, mais aussi les particuliers. La présence de parcs urbains est importante mais aussi le maillage de jardins qui vont fournir de la nourriture et des zones de nidification. Les jardins décorés avec beaucoup de minéraux sont catastrophiques. Mieux vaut des mauvaises herbes, des pissenlits, une végétation sauvage et d'origine locale." Halte aux variétés exotiques type bambous !

Bombus Muscorum, espèce menacée trouvée dans un milieu marécageux près du littoral, Colletes Fordiens, autre espèce rare observée sur une zone sablonneuse, ces abeilles sauvages que nous croisons sans les connaître sont vitales pour la biodiversité.

"Si l’abeille venait à disparaître, l’homme n’aurait plus que quelques années à vivre." Une phrase que l'on attribue à Einstein. Pas sûr qu'elle soit du grand physicien mais il est certain que préserver les insectes pollinisateurs est primordial et urgent.

 

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