Aéroport Nantes-Atlantique : plusieurs associations dénoncent l'opacité autour du réaménagement

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Quatre ans après l'abandon du projet de transfert de l'aéroport à Notre-Dame-des-Landes, où en est le projet de réaménagement de Nantes-Atlantique ? Si le concessionnaire doit être choisi d'ici l'été 2022, plusieurs associations dénoncent l'opacité autour de l'appel d'offres, dont le contenu n'a pas été communiqué.

"C'est une boîte noire". Porte-parole des Ailes pour l'Ouest, Mathias Crouzet ne comprend pas pourquoi un tel secret semble entourer l'appel d'offre du réaménagement de l'aéroport Nantes-Atlantique. Lancé au mois d'octobre 2019, l'appel public à concurrence doit permettre de recruter le futur concessionnaire, qui dirigera les travaux du réfection de la piste et de l'aérogare Nantes-Atlantique.

Le cahier des charges n'a pas été communiqué

"Depuis, on ne sait pas qui sont les candidats, mais surtout, on ne connaît pas le contenu de cet appel d'offres. On ne sait pas si la piste actuelle va être prolongée, on ne sait pas s'il y aura construction de parkings en silo, ni si l'aérogare sera entièrement déplacée ou simplement rénovée" s'indigne Mathias Crouzet.

Lors des réunions publiques, plusieurs maquettes ont été présentées, mais à l'heure actuelle, ni les Ailes pour l'Ouest, ni les élus, ni les autres associations qui suivent de près ce réaménagement n'ont été informées des choix qui figurent au cahier des charges.

Le secret des affaires ?

Depuis 15 mois, l'Etat a refusé toutes les demandes, arguant qu'il s'agirait du secret des affaires. "Ce n'est pas sérieux. Il y a peut-être des éléments qui sont du domaine de la négociation, mais pas tout", fulmine Jean-Marie Ravier, président de l'Atelier Citoyen. Pendant la lutte contre le projet d'aéroport à Notre-Dame des Landes, l'association s'était attachée à démontrer que le transfert n'était pas indispensable, et aujourd'hui, elle continue à suivre le dossier du réaménagement.

Des informations glanées ici et là

Alors que le concessionnaire sera présenté d'ici l'été, l'Atelier Citoyen a décidé de saisir la commission d'accès aux documents administratifs, pour savoir quels travaux ont été demandés.

A l'heure actuelle, ceux qui suivent le dossier glanent leurs informations au gré de déclarations éparses, dans la presse ou dans les comptes-rendus des réunion publiques. "On sait que le projet de faire une piste transversale a été écartée, mais on ne sait pas si le seuil de la piste actuelle va être décalé", note par exemple Mathias Crouzet des Ailes pour l'Ouest.

Refaire la piste ou simplement la rénover ?

De son côté, l'Atelier Citoyen a surtout relevé les plus récentes déclarations de la direction générale de l'aviation civile "Elle parle de fermer l'aéroport pendant trois mois. Entre les lignes, nous comprenons qu'il s'agirait de détruire entièrement la piste, pour la refaire à neuf", explique Jean-Marie Ravier, qui rappelle qu'en 2017, le rapport des médiateurs sur le projet d'aéroport avait conclu que la piste était en assez bon état. Ce dernier estimait uniquement nécessaire une reprise de la "bosse" située au tiers nord, pour un coût estimé à environ 12 millions d'euros.

"Une expertise avait été réalisée, avec les moyens de la DGAC. Comme pour la recherche de pétrole, on avait envoyé des ondes dans le sol, pour en déterminer la solidité", précise le président de l'Atelier Citoyen. 

Si tout le monde s'accorde à dire qu'il faut bien rénover une piste dont l'entretien avait été suspendu pendant près de vingt ans en raison du projet de transfert, la différence entre une simple rénovation de surface et une refonte totale serait considérable. 

Soupçons de conflit d'intérêts

Selon les calculs de l'Atelier Citoyen, refaire intégralement la piste coûterait près de 250 millions d'euros, avec un bénéfice considérable pour celui qui ferait les travaux. Jusqu'à imaginer qu'il pourrait là s'agir d'un moyen de gonfler la note pour le futur concessionnaire ? Alors que le dossier de l'indemnisation de Vinci pour la résiliation du projet Notre-Dame-des-Landes n'est pas clos, la question planera tant que l'opacité continue à régner sur le dossier, estiment aujourd'hui les responsables de l'association.

De leur côté, les Ailes pour l'Ouest estiment que le flou qui entoure l'avenir de Nantes-Atlantique serait plutôt la preuve de la difficulté à réaménager l'aéroport actuel. "Nous avons toujours dit qu'il n'y avait pas de plan B. S'il faut plus de quatre ans pour sortir un contrat de concession et trouver quelqu'un pour l'assurer, c'est que les choses n'étaient pas aussi simples", lance Mathias Crouzet, porte-parole de l'association. 

Une alarme anti-crash en octobre dernier

Lundi 17 janvier, le jour de l'anniversaire de l'abandon du projet Notre-Dame-des-Landes, les Ailes pour l'Ouest publiaient un communiqué pour demander, entre autres, à ce que la piste d'un transfert soit remise à l'étude. Ce dernier s'appuyait notamment sur l'information révélée l'avant-veille par le journal Presse Océan. Le 20 octobre dernier, un avion en provenance de Lyon avait en effet déclenché une alarme anti-crash, car il volait beaucoup trop bas.

Deux enquêtes sont en cours, mais l'incident rappelle surtout que dans l'attente des travaux d'aménagement, l'aéroport de Nantes demeure l'un des derniers à ne pas être doté d'une assistance ILS (Instrumental Landing Service), un système automatique d'aide à l'atterrissage.