Amiante : "victoire morale" pour les ex salariés du Tripode à Nantes

Le 27 février 2005, le Tripode, l'un des plus haut bâtiments de l'agglomération nantaise disparaissait du paysage. L'immeuble amianté avait été évacué en 1993. 140 agents exposés aux poussières d'amiante vont finalement être indemnisés par l'Etat.

La destruction du Tripode à Nantes, le 27 février 2005
La destruction du Tripode à Nantes, le 27 février 2005 © FRANK PERRY / AFP
Pour les 140 agents de la fonction publique exposés aux poussières d'amiante de la tour Tripode de Nantes, c'est une "victoire morale" saluée par les syndicats et la fin d'un long combat judiciaire. L'État a renoncé à faire appel de sa condamnation à les indemniser.

Fin août, le tribunal administratif de Nantes avait condamné l'État a indemniser ces 140 agents des ministères des Finances publiques, des Affaires étrangères et de l'Insee pour leur exposition à l'amiante entre 1972 et 1993, selon l'Intersyndicale amiante du Tripode Beaulieu.
           
Deux mois plus tôt, des décisions similaires avaient été rendues par la cour administrative d'appel de Nantes pour dix agents et en juin 2019 pour une ancienne fonctionnaire, au titre du préjudice d'anxiété.
           
Les indemnisations prononcées vont de 2 000 à 11 000 euros.

Bercy a confirmé ce jeudi 5 novembre que le ministre des Comptes publics, Olivier Dussopt, avait annoncé en réunion téléphonique avec les représentants syndicaux que l'État ne ferait pas appel des dernières décisions du tribunal administratif de Nantes.

"Une victoire morale très importante"       

L'intersyndicale amiante du Tripode Beaulieu de Nantes salue dans un communiqué "une victoire morale très importante, bien au-delà des indemnisations" pour ces agents "dont les études épidémiologiques ont démontré la perte d'espérance de vie (de deux à six ans) et la surmortalité significative vis-à-vis de leurs collègues".

Cela "met un terme à plusieurs années de combat judiciaire pour faire reconnaître les préjudices des agents exposés à l'amiante", a commenté Me François Lafforgue, l'avocat des agents du Tripode.
           
L'avocat a souligné qu'il s'agissait d'une "décision exemplaire et d'une première en France concernant ce type d'exposition", à savoir dans "des bureaux dont les plafonds étaient floqués à l'amiante" et pas "lors de travaux sur des matériaux contenant de l'amiante".
           
Construit à la fin des années 1960, le "Tripode", immeuble situé sur l'Ile de Nantes, a hébergé à compter de 1972 des services du ministère des Affaires étrangères, de l'Insee et du Trésor.

Entre 1972 et 1993, 1 800 fonctionnaires ont travaillé dans le Tripode, réalisé avec un recours massif à une protection en amiante, matériau très prisé à l'époque pour sa résistance à la chaleur.
           
Ce matériau a cependant été interdit d'utilisation à partir de 1997 en raison des graves risques pour la santé, notamment des risques de cancers à très mauvais pronostic (poumon, plèvre), que faisaient courir aux occupants l'inhalation de micro-fibres d'amiante.
           
Les maladies liées à l'exposition à l'amiante peuvent survenir au bout d'une période de latence de 15, 20 voire 40 ans. La tour Tripode a été évacuée à partir de 1993 pour être désamiantée puis démolie en 2005.

 
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