Attaque d'un fourgon pénitentiaire dans l'Eure. Une journée "prisons mortes" et une très vive émotion à Nantes

Le centre pénitentiaire de Nantes est bloqué ce mercredi 15 mai. Les surveillants sont mobilisés et en deuil suite à la mort de deux agents, tués la veille dans une violente attaque meurtrière dans l'Eure.

L'émotion se lit sur chacun des visages. Les surveillants de prison sont rassemblés dans la colère et la douleur ce mercredi matin à Nantes au lendemain de l'attaque d'un fourgon qui a fait deux morts et trois blessés graves. Le pronostic vital d'une des victimes de l'attaque très violente est toujours engagé ce mercredi matin 15 mai.

Ce qui prédomine, c'est une très vive émotion par rapport au drame. Nous avons perdu deux collègues dans des conditions extrêmes. c'est une guérilla à notre encontre

Yann Hervé

Secrétaire Ufap-unsa justice, centre pénitentiaire de Nantes

"La colère, elle viendra après"

"C'est un jour de recueillement pour les personnels, c'est très émouvant d'être confronté à pareille situation", le surveillant, la voix chevrotante, pèse chacun de ses mots.

"La colère, elle viendra après, il y a des années que l'on signale ces problématiques de sécurité de nos équipes pénitentiaires qui interviennent sur des extractions judiciaires. Depuis 2011, nous avons des effectifs spécialisés et armés", précise-t-il.

On ne peut pas rivaliser avec des armes de guerre quand on a seulement une arme de poing

Yann Hervé

Secrétaire Ufap-unsa justice, centre pénitentiaire de Nantes

"En 2019, des collègues ont essuyé des tirs de Kalachnikov sur une tentative d'évasion dans la région de Béziers. Quelles conséquences en a tiré le gouvernement ? Aucun. On demandait des véhicules banalisés, des renforcements sécuritaires en termes de blindage. Rien n'a été fait parce que les budgets ne sont pas là", déplore Yann Hervé.

"On pourra nous mettre des chèques en blanc sur la table, tant qu'il n'y a rien de signé et que l'on n'obtient pas les moyens nécessaires pour faire fonctionner notre administration en termes de sécurité et de protection des personnels, on ne lâchera pas. 

"Nous avons des missions périlleuses au quotidien"

"C'est vrai que nous avons des missions périlleuses et délicates au quotidien, mais ça reste un gros évènement. On a rarement vu ça au sein de la pénitentiaire.  C'est douloureux et compliqué à comprendre", avoue Guillaume Lebreton surveillant. 

"Nous, on fait souvent des extractions de nuit, notamment pour les sorties à l'hôpital. pour ces opérations-là, nous ne sommes pas armés. Et nous n'avons pas de véhicules adaptés, nous nous déplaçons fréquemment en taxi banalisé, mais nous n'avons aucun moyen de protection", ajoute le syndiqué FO.

"C'était une attaque subie, rapide, organisée"

"On pense à nos collègues, ces hommes, ces pères de famille qui perdent la vie comme ça. Moi, je travaille en intérieur, je ne me sens pas en danger. Je ne sais pas si tout a été mis en œuvre pour les protéger", témoigne Yohann Tanvé, un autre surveillant visiblement très ému.

"Deux collègues sont encore dans le coma, nous pensons à leurs familles. C'est presque un attentat, ils ne leur ont laissé aucune chance. Je ne pense pas qu'il y ait un dysfonctionnement, c'était une attaque subie, rapide, organisée", rappelle Thierry Colin représentant syndical de la CGT.

Ces missions sont très difficiles, les agents sont exposés en permanence

Thierry Colin

Surveillant pénitentiaire à Nantes, représentant syndical CGT

"Le dysfonctionnement, il est du côté des délinquants, c'est là qu'il va falloir frapper fort", assène Thierry Colin. 

Ils sont nombreux à s'être mobilisés dès 6 h 30 pour cette journée "prison morte" Ceux qui sont en repos entendent rester là, les autres n'assureront qu'un service minimum. 

Une minute de silence doit être respectée à 11 heures en mémoire des victimes.

À la Roche-sur-Yon, 90 détenus pour 39 places

C'est le centre pénitentiaire le plus surpeuplé de la région. En Vendée, le contexte est extrêmement tendu. Le personnel en grève dénonce un sous-effectif criant. "Il manque 10 agents depuis deux ans. Résultat ? "Des heures supplémentaires en pagaille de 25 h à 40 h et des problèmes de recrutement. En fin de carrière, un surveillant touche 2 600 net par mois, et 700 euros de prime de risque".

L'intersyndicale reçue au ministère de la Justice

Les représentants de la profession seront reçus mercredi à 14 heures place Vendôme par le ministre de la Justice Eric Dupond-Moretti, a précisé la chancellerie.

L'intersyndicale devrait à cette occasion mettre sur la table une série de revendications, "la réduction drastique des extractions en exploitant la visioconférence des magistrats ou leurs déplacements en établissements", "une refonte et harmonisation des niveaux d'escorte" ou encore "le déploiement accéléré des brouilleurs de téléphones portables et du contrôle des drones".

"Nous ne pouvons plus accepter la surpopulation pénale"

Les agents réclament par ailleurs "des équipements et du matériel mieux adaptés."

"Nous ne pouvons plus accepter la surpopulation pénale ainsi que la ventilation des emplois qui délaissent mois après mois nos effectifs tant sur la coursive que dans nos équipages", précise le communiqué. 

"En tout état de cause, cette barbarie doit rester isolée et la réponse de l’administration doit être sans équivoque", conclut l'intersyndicale.

Hommage au palais de justice de Nantes

Le parquet de Nantes s'associe ce mercredi. "Un hommage sera rendu ce jour à 11 heures au palais de justice de Nantes à Fabrice Moello et Arnaud Garcia, les deux agents du ministère assassinés dans l'exercice de leur fonction à Incarville."

Le détenu en fuite, Mohamed Amra, ainsi que ses complices sont toujours activement recherchés. "Des moyens de coopération internationale et de police judiciaire sans précédent" sont mobilisés, a assuré Gérald Darmanin, le ministre de l'Intérieur.

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