Coronavirus : cabinets désertés et pathologies en suspens, les médecins généralistes tirent la sonnette d'alerte

En laissant entendre que la priorité va aux soins d'urgence et du covid-19, le gouvernement détourne, de fait, les patients de leurs médecins traitants. Les généralistes alertent sur les risques encourus par les patients aux pathologies chroniques.
 

Les médecins généralistes tirent la sonnette d'alarme
Les médecins généralistes tirent la sonnette d'alarme © MaxPPP
"D'habitude j'ai 8 à 10 jours de délais pour mes consultations...là quand je regarde mon agenda et ceux de mes collègues, ils sont quasiment vides, et je sais que beaucoup de cabinets médicaux sont désertés", Pauline Jeanmougin, médecin généraliste installée à Nantes est inquiète.

Lundi 23 mars, Le gouvernement a axé sa communication de crise sur les soins urgents et et la détection du COVID-19.

"C'est oublier que nous, médecins de premiers recours, nous suivons beaucoup de patients atteints de maladies chroniques, de pathologies psychiques, des nourrissons...si ces gens se sentent mis à l'écart et repoussent leurs visites chez leur médecins traitants, combien d'entre eux risquent de décompenser ?, s'interroge Pauline Jeanmougin, il faut vraiment que les injonctions soient plus claires et que les suivis se poursuivent."
 

La téléconsultation ne peut pas tout 

Paul Frappé préside le collège des médecins généralistes, et parle, à ce titre, au nom de quelques 50 000 professionnels.

Ce mercredi matin, il se sent animé d'une colère froide. "Les bras m'en tombent, on ne peut pas demander aux patients de différer des soins qui leur permettent d'avancer, de se stabiliser".

"Nous recevons des personnes qui ont des dépressions installées, qui subissent des violences intra-familiales. Si nous ne les voyons plus, leur état de santé risque de se dégrader très vite,
raconte-t-il,  Je pense à l'une de mes patientes. Son mari violent et autoritaire lui interdit de téléphoner... Que va-t-elle devenir, comment va-t-elle supporter cette situation ? On le sait, les réactions sont exacerbées et certaines personnes perdent pied avec cette crise !"

Paul Frappé poursuit, "la téléconsultation n'est pas satisfaisante pour ce qui concerne les soins du quotidien nécessaires pour traiter l'hypertension, le diabète, prévenir l'obésité. Tous ces suivis sont indispensables. Ça a été prouvé, ils ont un impact positif sur la mortalité". Si le généraliste, installé à Saint-Etienne dans la Loire, n'a pas envie de polémiquer, il demande cependant aux autorités sanitaires d'envoyer une information plus explicite à la population afin de ne pas laisser s'installer le doute chez les patients.

Son message à lui est on ne peut plus limpide : "Ne négligez pas vos soins. Ne vous négligez pas !"

"La prise en charge des cas graves de Covid-19 capte toute l’attention de notre société, et cela est bien normal. Dans ce contexte, les conditions de déplacements pour raisons de santé ont été limitées aux consultations et soins ne pouvant être assurés à distance ou ne pouvant être différés" 
écrit dans un communiqué le collège de la Médecine générale à l'attention du gouvernement.

"Les médecins généralistes veulent lancer l’alerte sur le risque, suite à cette annonce, de délaisser les soins de santé primaire, qui regroupent les soins de base et les soins chroniques. Il est connu et reconnu que ces soins sont ceux qui ont le plus d’impact sur la mortalité", poursuit le collège de la Médecine générale.
 
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