Coronavirus et confinement : à Nantes, les locataires des jardins familiaux interdits de cultiver

Les jardins familiaux risquent de souffrir du confinement, faute d'entretien. / © Joël Garreau
Les jardins familiaux risquent de souffrir du confinement, faute d'entretien. / © Joël Garreau

Pourquoi interdire l'accès aux jardins familiaux ? Ceux qui bénéficient d'une parcelle trouvent cette décision bien injuste et craignent de perdre tout ce qu'ils ont planté avant le confinement. Témoignages à Nantes.

Par Olivier Quentin

En faisant un peu de marche la semaine dernière pour s'entretenir, Nicky est passée près des jardins de la Crapaudine. Même si certains bravent parfois l'interdiction, les parcelles sont quand même à l'abandon.

91 parcelles de 35 à 150 m² qui rendent bien service à leurs locataires. Et Nicky est de ceux-là.

Elle a patienté cinq ans pour y avoir droit, la liste d'attente est longue. 

Depuis qu'elle en bénéficie, Nicky y fait de belles récoltes. Cette année, avant le confinement, elle y a planté des petits pois, des pommes de terre, des oignons et des haricots verts.

"Là, je ne peux rien y faire se désole-t-elle. Tout est sec."
Nicky Malundama peut cultiver ses légumes depuis maintenant trois ans sur sa parcelle de la Crapaudine. / © Nicky Malumdama
Nicky Malundama peut cultiver ses légumes depuis maintenant trois ans sur sa parcelle de la Crapaudine. / © Nicky Malumdama
Au début du confinement, les locataires pouvaient aller sur leur parcelle et puis ils ont reçu un message du service des espaces verts de Nantes mettant fin à cette tolérance. Les jardins étaient désormais interdits.

Nicky ne comprend pas cette mesure. On peut faire du sport, on peut promener son chien, on a même le droit d'aller acheter ses légumes dans la supérette d'à côté mais interdiction d'aller passer une heure dans son jardin pour désherber ou arroser.

"Moi, le jardin ça m'aide" explique Nicky qui y trouve de quoi contribuer à nourrir toute la famille avec son mari et ses trois grands enfants.

Même ressenti chez Eric Bonnesœur, le président de l'association des jardins de la Crapaudine. "La Secrétaire d'État (auprès du ministre de l'Économie et des Finances, Agnès Pannier-Runacher), a pourtant considéré les semences potagères comme des produits de première nécessité" s'étonne-t-il.

Effectivement, les jardineries sont autorisées à vendre des plants potagers et pour ceux qui jardinent ailleurs qu'à leur domicile et notamment dans les jardins familiaux, c'est incompréhensible, injute même qu'ils soient interdits d'accès.
 

"C'est une source d'économie appréciable pour eux"

Les distances de sécurité imposées par les précautions sanitaires ? Elles ne sont pas mises plus à mal dans les parcelles que dans les grandes surfaces disent les jardiniers.

"Là, avec la chaleur et un peu de pluie, ça va accélérer la pousse, estime Eric Bonnesœur, les gens vont regretter de ne pas pouvoir y aller. Il y a de l'incompréhesion chez les jardiniers. Pas mal habitent le quartier du Clos-Toreau, c'est une source d'économie appréciable pour eux."

Joël qui a une petite parcelle de 20 m² environ dans les jardins des Escartons, vers Pirmil, aurait bien aimé qu'on fasse un peu plus confiance aux associations qui gèrent ces jardins partagés.

"On n'est pas des cinglés dit-il, on propose de mettre en place un planning pour que chacun puisse s'y rendre à tour de rôle sans mettre en danger les autres."
 

Une décision dogmatique

Au lieu de cela, c'est une interdiction totale qui est tombée. "Une décision dogmatique, estime Joël. On est dans un rayon de 400 m de distance des domiciles. On est dans la limite du 1 km autorisé pour les déplacements.".

Sur sa parcelle, Joël arrive à cultiver des framboises, des fraises, des fleurs, des radis, des tomates et des pommes de terre en appliquant les principes de la permaculture et en densifiant au maximum.

"Il y a beaucoup de femmes dans l'association, explique-t-il, qui vivent en HLM et qui ont des petits revenus. Les jardins, c'est pour se ressourcer mais aussi pour se nourrir."
Les jardins sont souvent situés à proximité du domicile de ceux qui les cultivent. / © Joël Garreau
Les jardins sont souvent situés à proximité du domicile de ceux qui les cultivent. / © Joël Garreau
Dans la demande qu'il a faite auprès de la mairie de Nantes pour rouvrir les jardins, Joël a joint l'arrêté pris par le préfet de la Loire qui a autorisé à nouveau l'accès à ces jardins.

"Pour ce qui concerne les déplacements des personnes disposant d’un potager dans un jardin ouvrier, explique le communiqué de la préfecture de la Loire, ils sont autorisés si le jardin se situe au-delà de la zone d'un kilomètre autorisée pour les promenades, il est alors possible de s'y rendre pour le motif achats de première nécessité et si le jardin se situe dans la zone d'un kilomètre autour du domicile de la personne, il s'agit alors de la catégorie déplacements brefs."
 

Le gouvernement n'a pas demandé cette interdiction

Cette décision du préfet de Loire-Atlantique va d'ailleurs dans le sens de ce qui est très précisément écrit sur le site du gouvernement. A la question  : "A-t-on le droit d’aller faire son jardin pendant le confinement ?", il est répondu :

"La récolte de fruits et légumes dans un jardin peut s'inscrire dans l'acquisition à titre gratuit de produits de première nécessité. Si son jardin n'est pas attenant à son domicile, il est possible de s'y rendre en cochant, sur l'attestation de déplacement dérogatoire, la case Déplacements pour effectuer des achats de première nécessité."

Dès lors, pourquoi interdire cet accès ?
 

"On s'est donné quinze jours"

Voici la réponse qui nous a été donnée par le directeur général des services de la Ville de Nantes :

"A Nantes, on s'est donné un fil rouge qui est de faire primer l'aspect sanitaire des choses explique Olivier Parcot. On a la chance à Nantes, d'avoir un confinement qui est arrivé avant le stade épidémiologique, on s'est donné quinze jours la semaine dernière (pour les jardins familiaux) et on est à la moitié du parcours. Ou le système bascule dans une épidémie comme à Paris et dans l'est ou il ne bascule pas. On ne peut pas changer de ligne tous les deux jours."

C'est dans le même esprit que la Ville a choisi d'interdire les marchés alors que d'autres communes ont eu plus de souplesse. 

Des décisions d'ailleurs qui ne recueillent pas le soutien de tous les élus de la majorité municipale.

"Les semis pourront bien tenir une semaine de plus" conclut Olivier Parcot.

 

Nantes et les jardins familiaux

Aujourd'hui, selon les données fournies par la Ville, Nantes compte 77 sites de jardins collectifs, représentant 1 209 parcelles 

• 27 sont des jardins familiaux (individuels)
• 50 sont des jardins partagés (cultivés par plusieurs personnes)

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