Coronavirus : croyants et confinés, comment vivent-ils les fêtes de Pâques ?

En raison de l'épidémie de coronavirus, les messes ne sont plus célébrées en public. / © PHOTOPQR/REPUBLIQUE DU CENTRE/MA
En raison de l'épidémie de coronavirus, les messes ne sont plus célébrées en public. / © PHOTOPQR/REPUBLIQUE DU CENTRE/MA

Alors que tous les lieux de culte sont fermés au public, les religions juive et catholique célèbrent leurs fêtes de Pâques. C'était le 8 avril pour les juifs, c'est le 12 pour les catholiques. Comment vivent-ils ces moments importants alors que tous sont confinés ? Nous leur avons posé la question.

Par Amélie Lepage

Pour le dimanche des Rameaux (dans la religion catholique, le dimanche des Rameaux est celui qui précède le dimanche de Pâques et qui marque l'entrée dans la Semaine sainte), Nicole Gellusseau est allée sonner les cloches de l'église de Quimiac (Loire-Atlantique). Un geste symbolique pour cette catholique très investie dans la vie de sa paroisse. "Ça montre qu'on est tous ensemble".

Pour elle, cette période de confinement est l'occasion de faire des efforts afin "se rapprocher du Christ". D'habitude, Nicole assiste à la messe tous les dimanche. Aujourd'hui, elle la regarde en ligne. Le diocèse en diffuse certaines en direct sur sa page facebook. "Hier (dimanche 5 avril, ndlr), j'ai regardé la messe des Rameaux. Le fait que ça se passe dans la cathédrale de Nantes, qu'on connaisse certains des prêtres présents, ça nous parle plus que la messe de France 2".
Le diocèse de Nantes a obtenu une dérogation pour célébrer la messe dans la cathédrale en présence de 4 prêtres. / © Capture d'écran youtube
Le diocèse de Nantes a obtenu une dérogation pour célébrer la messe dans la cathédrale en présence de 4 prêtres. / © Capture d'écran youtube
Le père François Renaud, administrateur du diocèse de Nantes, commente : "Célébrer une messe devant une cathédrale complètement vide, c'est une expérience inédite. Mais j'ai reçu à l'issue de la célébration une bonne quarantaine de messages de fidèles et il y avait plus de gens connectés que la cathédrale n'aurait pu en contenir. C’est assez émouvant parce que les gens ont besoin de se rassembler, de se connecter en même temps sur le même site, même s’ils sont chez eux."
 

Vivre sa foi plus intensément

Sophie, elle, est confinée avec son mari à 45 minutes de Nantes. Elle profite de ce temps pour vivre sa religion "de manière plus intense". Elle replonge dans des lectures qu'elle avait mises de côté ou encore essaye de prendre le temps de regarder en replay la messe quotidienne du pape François qu'il célèbre à huis clos en la chapelle de la Maison Sainte-Marthe.

Bénévole au Secours catholique, elle échange également beaucoup avec d'autres chrétiens sur les façons de "se rendre utile pour les autres".  Pour Pâques, elle suivra la messe sur France 2. "Quand on regarde la messe, c'est un moment très fort. On se met à genoux, on met une bougie, on vit pleinement la célébration."  
 

Du pain azyme pour tout le monde

Dans la religion juive, la fête de Pessah a eu lieu ce mercredi 8 avril. Pour René Gambin, président de la communauté juive de Nantes, l'isolement est contraire aux habitudes.

"Ce sont des fêtes qu'on passe en famille et avec des amis. C'est un crève coeur de laisser des personnes âgées toutes seules ce jour là." Comme partout en France, la synagogue de Nantes est fermée. "Dans la religion juive, on se voit toutes les semaines pour shabbat. On se retrouve à la synagogue, on discute, c'est un lieu d'échange. Alors prier tout seul, ça change tout".

Pour ne pas que sa communauté se sente trop isolée, le rabbin Ariel Bendavid, qui gère la région des Pays de la Loire, discute quotidiennement avec sa communauté sur Whatsapp. Tous les jours, il invite ses fidèles à prier ensemble aux alentours de 19 heures. "Prier au même endroit, c'est impossible. Mais prier au même moment, on peut le faire".

Il a également oeuvré ces derniers jours pour que toute la communauté puisse célébrer Pessah comme il se doit. "La difficulté, c'est qu'il faut se procurer des denrées particulières comme le pain azyme. On a essayé de faire des livraisons pour toutes les personnes qui ne peuvent pas sortir". 
Le pain azyme, c’est-à-dire sans levain, fait partie des aliments traditionnels des fêtes de Pessah. / © Robert B. Fishman/picture alliance / Robert B. Fis/MaxPPP
Le pain azyme, c’est-à-dire sans levain, fait partie des aliments traditionnels des fêtes de Pessah. / © Robert B. Fishman/picture alliance / Robert B. Fis/MaxPPP


"D'habitude on est 15, là on sera 2"

Aux Sables d'Olonnes, en Vendée, Paul Chicheportiche s'est préparé à célébrer Pessah malgré le confinement. "On le vit difficilement. On est bien obligés mais d'habitude pour Pessah, on est 10, parfois 15 à la maison, là je serai seul avec ma femme. Ça ne m’empêchera pas de faire le rituel, mais je vais le faire en solitaire alors que c’est une fête de réjouissance où tout le monde se rassemble", nous disait-il deux jours avant cette célébration.

Difficile également de faire appel au rassemblement virtuel puisque normalement, à Pessah comme pour le shabbat, les juifs n'ont pas le droit d'utiliser l'électricité. "Dans ce moment particulier du confinement, certains envisagent des aménagements, explique le rabin Ariel Bendavid. Beaucoup de membres de la communauté vont se connecter avec leur famille avant la fête et laisser les ordinateurs branchés. Mais si ça coupe...la question n'est pas tranchée."

Dans 15 jours, les musulmans se poseront eux aussi la question de la célébration de leurs fêtes religieuses puisque le ramadan doit commencer le 24 avril prochain. Et si le confinement est pour l'instant affiché jusqu'au 15 avril, le gouvernement a laissé entendre qu'il pourrait se prolonger.



 

Messes diffusées en direct de la cathédrale de Nantes

Pour les fêtes de Pâques, le diocèse a obtenu une dérgoation de la préfecture. Quatre messes seront célébrées dans la cathédrale pour le jeudi et le vendredi saints à 19 heures, le samedi pour la veillée pascale à 21 heures, et le dimanche de Pâques à 10 heures. Pour ces célébrations, quatre prêtres sont présents, quatre soeurs de Sainte-Croix, un organiste, un sacristain et trois techniciens. Toutes seront diffusées en direct sur la chaîne Youtube du diocèse.

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