Coronavirus : quand la téléconsultation remplace le contact physique, peut-être un nouveau modèle pour les praticiens

Publié le Mis à jour le
Écrit par Fabienne Béranger
Les praticiens s'adaptent pendant l'épidémie de coronavirus et la période de confinement
Les praticiens s'adaptent pendant l'épidémie de coronavirus et la période de confinement © Canva

Il est kiné, elle est dentiste. Depuis trois semaines, ils ont adapté leur pratique au confinement par le biais de la téléconsultation, car il n'est plus possible pour eux de continuer à pratiquer en cabinet.

"Il a fallu trouver d'autres solutions parce qu'il était hors de question que je laisse mes patients comme ça, explique Sébastien Troger, kinésithérapeute à Nantes, notamment ses "patients en chirurgie post-opératoire". 

Armé de sa tablette, Sébastien Troger s'est mis à la téléconsultation.

C'est un peu rock'n roll mais j'arrive à donner quelques conseils via la téléconsultation - Sébastien Troger, kinésithérapeute

"Même si on n'a plus droit aux contacts tactiles, ça permet d'avoir un contact visuel et on peut montrer, expliquer, rassurer, conseiller, évaluer"

"J'ai eu ce matin une dame qui s'est fait poser une prothèse totale d'épaule il y a trois semaines. Elle devait aller en centre de rééducation. Comme ce n'était plus possible, elle a été livrée à elle-même, raconte Sébastien troger, il a donc bien fallu trouver une solution."

"Épaules, dos",
le kiné nantais suit différentes pathologies par téléconsultation : "Une dame qui a mal au dos et une tendinite au niveau du coude, un autre patient qui a une suspicion de tendinopathie au niveau de la cheville, une qui a une capsule rétractile de l'épaule et une patiente qui a une paralysie au niveau du nerf sciatique suite à une intervention chirurgicale qui n'a pas très bien tourné."

 

"Une situation inédite"

Dentiste à Vannes, Virginie Cléré a été obligée, par la force des choses, de se mettre à la téléconsultation. "C'est quelque chose qui nous a été imposé, en quelque sorte", précise-t-elle d'entrée de jeu. "C'est une mesure qui a été prise par le Conseil de l'ordre national en demandant aux cabinets dentaires de fermer leur accès aux soins courants donc on se retrouve à gérer en première intention nos patients par téléconsultation."

On a des instruments qui posent problème aujourd'hui, notamment nos rotatifs qui, par effet de nébulisation, peuvent entraîner des contaminations - Virginie Cléré

"Il y a tout un système qui a été mis en place pour pouvoir assurer les urgences dans de bonnes conditions de sécurité, car on a la particularité d'être très exposés et on n'a pas du tout le matériel pour accueillir nos patients dans ces conditions, malgré le fait qu'on ait l'usage du masque chirurgical depuis toujours", explique-t-elle.

L'objectif de la téléconsultation pour les dentistes est donc de gérer la "bobologie" pour soulager le Samu. Les patients habituels de Virginie peuvent laisser un message sur le répondeur du cabinet dentaire où elle exerce avec un autre praticien.

Les patients sont ensuite rappelés "soit pour être rassurés, soit afin de se voir prescrire des médicaments". Un changement dans la façon de traiter les pathologies pour la dentiste vannetaise.

"Dans notre discipline, on n'est pas grands prescripteurs, on est surtout de soignants, précise Virginie, là, on se retrouve dans une situation où on va, dans une première intention, prescrire même des antalgiques majeurs."

On monte d'une classe de prescription - Virginie Cléré

"On est une discipline très exposée au problème de douleur, des douleurs majeures. On se retrouve à utiliser des Tramadol et autres, des choses qu'on ne faisait pas antérieurement parce que nos actes pouvaient suffire pour soulager."
 

La téléconsultation, une idée à creuser pour l'avenir ?

Conserver le dispositif de téléconsultation quand sera levé le dispositif de confinement ? "Oui, c'est envisageable", lance Virginie.

"On est dans une société où on a besoin d'être rassurés, explique la dentiste, il y a vraiment des gens anxieux. Le côté psychologique (de la téléconsultation, NDLR) est important. Et puis, il y a cette notion de soins accessibles." 

"Évidemment, ça ne vaut pas une séance en vrai avec les gens mais c'est un outil qui permet une continuité de soins et qui peut offrir des perspectives,
souligne Sébastien Troger, on fait dix séances et moi je peux proposer, plutôt que de se revoir, on se programme une téléconsultation : tel jour, telle heure, voilà comment tu vas ?"

Actuellement, les téléconsultations données par les kinés ne sont pas facturables, et même si "un accord est en cours de négociation entre notre syndicat et la Sécurité Sociale", Sébastien Troger ne fera pas payer ses patients pendant la période de confinement.

En attendant de revoir ses patients, le kiné nantais imagine "faire des vidéos, envoyer des pièces jointes en direct via des fiches ou des liens sur Youtube, tout est envisageable avec les outils numériques".

"Bien entendu, il faut être formé pour faire ça",
reconnaît Virginie Cléré.

"Ça peut être un très bel outil pour envisager une continuité de soins, une prise en charge à distance après une prise en charge au cabinet, précise-t-il, sur du post-opératoire, ça peut être pas mal. Notamment lorsque les gens sont en vacances", mais "pas pendant les miennes", précise Sébastien avec le sourire.
 

"Cervicalgies, dorsalgies, lombalgies, epicondylalgies"

A la fin du confinement, tout comme Virginie, Sébastien Troger reprendra son activité en cabinet. Pour autant, il s'attend à ce que son activité reparte "tout doucettement".

"Je vois beaucoup de post-opératoires. Comme ils n'auront pas été opérés, ils devront l'être"
et viendront donc plus tard consulter. Le cabinet pourrait alors se remplir de patients atteints de pathologies liées au télétravail.

"Les gens chez eux ne sont pas forcément installés comme il faut, souligne le kiné nantais.  J'ai l'exemple de ma femme : elle n'est pas bien installée, ce n'est pas le bon outil, tout n'est pas bien réglé, ce n'est pas la même machine, il y a plus de stress aussi parce qu'elle ne fait pas forcément tout ce qu'elle voudrait, c'est plus lent."

"Il va y avoir une recrudescence de troubles musculo-squelettiques. Tout ce qui est cervicalgies, dorsalgies, lombalgies, epicondylalgies", énumère Sébastien. Mais comme le télétravail de masse, "ce n'est jamais arrivé dans notre histoire, donc il y a zéro recul".



 

 

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