Etre étudiant à Nantes en 2021 : "même avec les amis ça se passe en visio"

Publié le Mis à jour le
Écrit par Olivier Quentin
Juline, Chloé et Liani, étudiantes. "Je n'ai toujours pas fêté mes 20 ans !" dit Chloé.
Juline, Chloé et Liani, étudiantes. "Je n'ai toujours pas fêté mes 20 ans !" dit Chloé. © France Télévisions Olivier Quentin

Ils sont étudiants en design, philo ou sciences, ils s'accrochent tant bien que mal à leurs cours qui sont, pour la plupart, en distanciel. Les sorties, les concerts, les rencontres manquent. Et après ? Comment trouver un stage, un job d'été ou un job tout court ? Entre résilience et espoir.

Rencontrée dans le bus 10 qui mène au campus, Margot, en troisième année à l'Institut d'Administration des Entreprises. Ce mardi matin, elle a un travail de groupe à la fac. D'habitude, c'est plutôt le lundi le cours en présentiel. Margot dit s'être faite à cette drôle de façon de faire des études. "Le plus dur, c'est de ne pas voir sa promo. Mais il n'y en a plus que pour deux semaines" dit-elle. Margot avait trouvé un emploi d'animatrice périscolaire. Avec le reconfinement et la fermeture des écoles, plus de boulot ! 

Près de l'entrée de la fac de socio, Juline attend ses copines étudiantes. Elle est en troisième année de licence. 

"Les cours en visio, ce n'est pas passionnant" se désole Juline. Pour les matières qui m'intéressent moins, j'ai du mal."  Certains jours, ce sont jusqu'à six heures de cours à distance, six heures passées concentrée sur l'écran d'ordinateur.

 

Des changements permanents dans l'organisation

Toutes les deux semaines, Juline rentre chez ses parents à Mayenne, sinon, elle vit à Nantes avec son copain. "Sans lui, je serais complètement isolée, dit-elle. Même avec les amis, ça se passe en visio !" 

Juline espère pouvoir faire un master l'année prochaine, avec une partie en alternance dans une entreprise, et pas en visio ! Le rêve !

Arrivent Chloé et Liani, les deux copines de promo. 

"Le plus dur, témoigne Chloé, ce sont les changements permanents dans l'organisation. J'arrive à trouver un rythme et, deux semaines après, on vous change le présentiel ou le distanciel !"

 

"Je n'ai toujours pas fêté mes 20 ans !"

Liani est Rennaise, elle a trouvé un appartement à Nantes mais elle ne sait pas si elle doit le laisser ou le garder pour quatre TD (travaux dirigés) de deux heures dans la semaine.

"Je me dis que c'est ma dernière année" sourit-elle, pour tenir le coup.

"Depuis un an, avoue Chloé, c'est que des hauts et des bas, heureusement qu'il y a la famille. On n'a pas fait une seule soirée pour apprendre à se connaître (entre étudiants), évacuer le stress des cours. Il y en a plein qui ne se lèvent même plus pour suivre les cours. J'ai l'impression qu'on me vole quelque chose, de ne pas avoir eu de vie d'étudiante. Je n'ai toujours pas fêté mes 20 ans ! C'est des choses qu'on ne va pas me rendre !"

Croisé un peu plus loin, Emmanuel, étudiant en éco-gestion. Lui aussi a l'impression de passer à côté de sa vie d'étudiant. Il s'est réorienté en janvier et de ce fait, il n'a pas encore pu vraiment faire la connaissance des autres jeunes de sa promo. Et pourtant, Emmanuel avait rêvé, et même fantasmé sa vie d'étudiant. "Je me suis imaginé que ça serait trop bien !" Déçu Emmanuel. On le comprend. Pour tenir, il se lève de bonne heure et va courir. Même le dimanche matin. Et puis, il va travailler à la BU (bibliothèque universitaire) pour voir ses potes.

 

"Il y a plein de personnes dont je n'ai jamais vu le visage"

Pour Anaïs, étudiante rencontrée sur le campus de sciences, le plus dur c'est d'être à distance avec les profs. Et ce planning distanciel/présentiel qui change tout le temps ! "Il y a plein de personnes dont je n'ai jamais vu le visage sans le masque" se désole Anaïs. Avant, elle faisait de la natation. Fini. Avant, elle prenait des cours d'accordéon. Elle continue, mais en distanciel. La musique a pris encore plus d'importance pour elle. "Je peux penser à autre chose qu'à mes études" conclut-elle.

Olivier est en quatrième année de philo, il ne veut pas se plaindre. Il vit avec Anne-Cécile sa compagne, étudiante elle-aussi, sur une péniche, sur l'Erdre. Un confinement de luxe estiment ces deux trentenaires qui ont choisi de reprendre les études. "En quatrième année, on a les outils pour travailler par nous-même, constate-t-il. Je ne sais pas comment font les "première année". Dans un cours normal, il y a une interaction (avec le professeur). Ce n'est pas évident de poser une question sur Zoom (le logiciel utilisé pour les cours à distance)."

Anne-Cécile, justement, est en première année. "On n'est plus qu'un quart des effectifs, dit-elle, la plupart ont abandonné. Les cours de 10h à 18h30 sur Zoom, c'est carrément impossible, l'attention diminue. Même si les profs sont compréhensifs."

Ce que confirme Antoine qui est en deuxième année d'informatique. "C'est difficile de trouver la motivation de travailler quand on est chez soi" avoue-t-il.

Certains ont décidé de bannir le coronavirus de leurs conversations tant ils en ont assez. Comme Théodore, étudiant en double cursus, IAE/Design. "On ne nous autorise plus à nous divertir, à nous amuser, à nous aimer, constate-t-il. Ce couvre-feu c'est un stress. Comment je vais faire pour aller dormir chez toi ? Il n'y a plus de spontanéité, c'est pourtant le cœur de la vie étudiante." 

Dans ce même groupe croisé assis sur un muret, devant l'Institut d'Administration des Entreprises, Marine appuie les propos de Théodore. Elle rêve d'aller voir un concert ou visiter un musée. "On a besoin de rire" dit-elle.

Ce mardi matin, il y avait du soleil sur le campus, et quelques étudiants qui venaient en cours ou pour un examen. "Ça fait du bien" remarque Lucille. "Vous nous auriez vu en janvier ou février, se souvient Théodore, c'était la déprime, c'était pas vivable."

Tous ont en tête le discours d'Emmanuel Macron annonçant un nouveau confinement et il y a une phrase qu'ils n'ont pas oubliée : "On espère qu'en mai, ce sera vraiment l'ouverture des bars!" s'exclame Lucille.

 

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