Face à l’insécurité, une justice à bout de souffle à Nantes

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Écrit par Virginie Charbonneau avec Claude Bouchet

La sécurité reste l’une des préoccupations majeures des Français, à moins de 3 mois de l’élection présidentielle. Les crimes et délits augmentent et pour y faire face, la justice manque de moyens. Dans Dimanche en Politique, la rédaction propose un focus à Nantes, sur cette double réalité.

[Note importante : émission enregistrée le vendredi 21 janvier, avant les dégradations commises en soirée au centre-ville de Nantes.]

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France 3 Pays de la Loire a pu suivre le quotidien de juges du Tribunal de Nantes, débordés, désabusés de ne pas pouvoir faire leur travail comme ils le voudraient et les délais s’allongent.

Aux affaires familiales, il faut en moyenne 14 mois pour obtenir un jugement.

 

 

Les renforts demandés n’arrivent qu’au compte-goutte, ce que déplore le Procureur de la République, Renaud Gaudeul, invité de l'émission.

Lorsque vous arrivez dans cette juridiction, vous ne pouvez qu'être impressionné par ces délais qui sont insupportables, évidemment, pour ceux qui travaillent dans ce palais de justice, mais qui sont avant tout évidemment insupportables pour la population qui a à subir ces délais de jugement qui sont beaucoup trop importants.

Le Procureur de la République, Renaud Gaudeul

Renaud Gaudeul lorsqu’il est arrivé en septembre 2021, n'a pas mis longtemps à dénoncer la situation avec cette phrase, notamment : "Hors le champ de l'urgence, la justice nantaise n'est plus crédible, plus audible". Ces mots étaient d’ailleurs ceux de son audience solennelle d'installation.

"C'est vrai" concède Renaud Gaudeul. "Et encore une fois, parce que c'est ce qui est ressenti par ceux qui font vivre cette justice ici à Nantes". Et de poursuivre : "C'est la raison pour laquelle on ne peut en aucun cas imaginer qu'on se satisfait de cette situation. Et d'ores et déjà, je peux vous dire que nous avons depuis déjà progressé pour faire en sorte que là où il y a des marges de manœuvre, nous puissions déjà récupérer des délais de jugement. Même si, très clairement, je continue à le penser, Cela passera aussi par une augmentation des moyens pour écluser les stocks que nous avons, et que nous ne parviendrons pas à régler en l’état, et qui sont considérables."

Ce constat, le Procureur de la République n’est pas le seul, à le faire. Le président du tribunal Franck Bielski, arrivé pratiquement au même moment, le partage également :

 

 

Les renforts de police en revanche sont sur le terrain depuis quelques mois. À Nantes, 42 policiers sont arrivés en septembre, et 10 de plus cette semaine du 17 janvier. Dans le même temps, les effectifs de policiers municipaux sont également en hausse.

Sur le terrain, en centre-ville et dans les quartiers, la situation est très loin d’être idyllique, les trafics, agressions, restent une réalité. Pour autant, les renforts policiers commenceraient à avoir un effet sur l’insécurité affirment des commerçants et habitants.

 

 

"Cela va un peu mieux" affirme le représentant de l’association de commerçants "Plein centre".

C’est aussi l’avis de Pascal Bolo, adjoint sécurité Ville de Nantes.  "C’est le résultat d’un plus grande présence de la Police Nationale et de la Police municipale, y compris à des heures tardives". Une plus grande présence liée à la signature du contrat de sécurité intégrée entre Johanna Rolland et Gérald Darmanin, le ministre de l’Intérieur. Concrètement, il implique que pour la création d’un poste de poicier national, un poste de policier municipal l’est aussi.

50 policiers nationaux ont été nommés à Nantes depuis septembre, dont 10 depuis le début de l’année. 20 autres devraient arriver d’ici fin 2022. 70 policiers supplémentaires, et 70 postes policiers municipaux créés dans le même temps.

Un dispositif renforcé qui satisfait le Procureur : "la vidéoprotection nous aide très clairement, car la preuve par l’image est essentielle, nous en manquions cruellement. Quand nous ne l’avons pas, nous sommes obligés de passer par des moyens d’enquête qui génèrent plus de temps".

"On va également rajouter une soixantaine de caméras de vidéosurveillance, pour permettre de suivre des itinéraires de délinquants" annonce Pascal Bolo. La ville de Nantes en comptera alors autour de 200.

Les chiffres, rien que les chiffres !

Mais au-delà du ressenti, Nantes est-elle une ville plus violente, moins sûre que les autres ?

Pour le savoir, Dimanche en Politique a étudié les chiffres officiels, pour les comparer à ceux d’autres villes de la région et de France.

 

Qu’on ne fasse pas croire que Nantes est Chicago sur Loire

Pascal Bolo, adjoint à la sécurité de la Ville de Nantes (PS)

 

Les chiffres de délinquance, compilés par le ministère de l’Intérieur, montrent que la délinquance est très présente à Nantes, bien plus que dans les autres villes de la région. Mais la comparaison avec d’autres grandes villes françaises amène un autre regard.

Il y a plus de plaintes à Toulouse ou Montpellier qu’à Nantes, notamment pour les violences aux personnes, qui ont plus diminué à Nantes qu’ailleurs en 2020. Les cambriolages en revanche y sont plus nombreux, même s’ils ont baissé en 2021.

"C’est un constat que nous faisons sur ces chiffres de délinquance. Qu’on ne fasse pas croire que Nantes est une sorte de Chicago sur Loire. Mais il y a une réalité de problèmes que nous connaissions pas il y a une 10ne d’années et auxquelles nous devons faire face et sur lesquelles nous sommes mobilisés" affirme Pascal Bolo

Mais qui dit plus de policiers sur le terrain, dit plus d’affaires renvoyées devant la justice… Or à Nantes, aucune annonce d’importants renforts en titulaires ne sera faite avant les élections.

D’où ce risque d’aggraver encore cette "situation d’embolie généralisée de la chaine pénale" que dénonçait le Procureur à son arrivée.