Loire-Atlantique : le blues des brocanteurs et des organisateurs de vide-greniers interdits par la crise sanitaire

En Loire-Atlantique, l’interdiction des brocantes et vide greniers se termine officiellement le 6 mai. Un coup dur financier pour les professionnels dans une période déjà compliquée, et aussi pour les associations qui financent avec les vides greniers le fonctionnement de leur structure. 

 

 

Des milliers d'objets originaux attendent que les chineurs les achètent dés la levée de l'interdiction, comme dans ce hangar situé à Nort-sur-Erdre en Loire-Atlantique
Des milliers d'objets originaux attendent que les chineurs les achètent dés la levée de l'interdiction, comme dans ce hangar situé à Nort-sur-Erdre en Loire-Atlantique © Vincent Calcagni

Plusieurs milliers d'objets de décoration s'entassent dans cet entrepôt de 400 métres carrés situé à Nort-sur-Erdre, au nord de Nantes.

Il rassemble les trésors accumulés par 4 brocanteurs de la région, dont Marie Bizeul Gantier et son mari Dominique.

Ils sont brocanteurs depuis 35 ans et spécialisés dans le design des années 50 et 60.

Marie Bizeul Gantier et son mari Dominique, brocanteurs depuis 35 ans et spécialisés dans le design des années 50 et 60.
Marie Bizeul Gantier et son mari Dominique, brocanteurs depuis 35 ans et spécialisés dans le design des années 50 et 60. © Vincent Calcagni

Presque pas de clients en un mois

"Lors des deux premiers confinements on vendait" explique Marie, "moins bien mais ça marchait".

"Ce confinement-là a davantage sapé le moral des gens apparemment car on a moins vendu", conclut-elle.

Dominique renchérit : "On a été quasiment sans rien vendre pendant un mois mais on sent un frémissement récent" .

Comme beaucoup de brocanteurs le couple n'a pas de boutique mais se déplace de marchés en marchés.

"Nous sommes présents lors des 3 jours de Viarme à Nantes et aussi lors des foires d'été comme celle de Saint-Christophe-du-Ligneron en Vendée ou encore sur Noirmoutier" détaille Dominique.

Marie et Dominique préparent une armoire années 50 avec pieds compas pour un click and collect
Marie et Dominique préparent une armoire années 50 avec pieds compas pour un click and collect © Vincent Calcagni

Une journée portes ouvertes au mois de juin incertaine

Dans leur entrepôt aménagé depuis le mois d'octobre 2019, ils organisent des "click and collect" mais aussi des évènements portes-ouvertes 4 fois par an.

Les 4 brocanteurs déballent tous leurs objets devant le hangar et accueillent les clients.

Le prochain rendez-vous est prévu les samedi 5 et dimanche 6 juin.

Il demande une semaine de préparation.

Mais ils ne savent pas encore s'ils pourront l'organiser en raison des restrictions sanitaires.

© Vincent Calcagni

C'est cette incertitude qui mine le plus les professionnels comme Marie et Dominique

Autre exemple le déballage marchand du Mans, un rendez-vous mensuel qui rassemble plusieurs milliers de brocanteurs et réservé aux professionnels.

Il devait se tenir le 21 avril dernier mais été annulé au dernier moment.

Une présence numérique qui sauve les meubles

Pour palier à cette abscence de marchés les deux brocanteurs ont depuis des années développé leur site internet Brocantix.

Mais celui-ci ne remplace pas le contact direct avec la clientèle.

Sandrina Geffroy, associée avec Marie et Domnique au sein du hangar de Nort-sur-Erdre, elle, a développé dés le départ une  activité numérique.

Avec notamment son compte Instagram RetropolisXXème sur lequel elle présente ses objets en vente et leur  histoire.

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Une publication partagée par Rétropolis XXème (@retropolis_xxeme)

"Trés rapidement à partir du mois de mars, le confinement a été bénéfique pour la brocante dématérialisée, en tout cas ça a compensé les salons qu'on avait pas" explique Sandrina Geffroy.

Son compte Instagram Retropolis XXème se consacre au mobilier du XXème siècle, comme son nom l'indique.

Elle est brocanteuse depuis 2018.

Sandrina Geffroy est brocanteuse depuis 2018 et dés le début s'est lancée dans l'aventure sur internet
Sandrina Geffroy est brocanteuse depuis 2018 et dés le début s'est lancée dans l'aventure sur internet © Vincent Calcagni

Les trois jours de Viarme dans le flou

Comme ses collègues Marie et Dominique, Sandrina est présente notamment au Trois Jours de Viarme, à Nantes.

Ce rendez-vous traditionnel de la brocante qui rassemble plusieurs centaines d'exposants venus de toute la région se déroule traditionnellement au début du mois de mai.

En Loire-Atlantique, l’interdiction des brocantes et vide greniers se termine officiellement le 6 mai, comme l'indique la préfecture de Loire-Atlantique.

Quid donc des fameux Trois jours de Viarme qui doivent se dérouler cette année à Nantes à partir du 7 mai, soit une journée pile-poil après la levée officielle de l'interdiction préfectorale?

"Il est urgent d'attendre" nous fait répondre en substance le service concerné à la mairie de Nantes.

Contacté le 23 avril, la mairie de Nantes indique via son service presse qu'il est "encore trop tôt pour répondre" sur la tenue ou non de l'événement "dans l'attente des consignes nationales".

MISE A JOUR. "L'arrêté préfectoral du 7 avril 2021 interdisant les braderies, brocantes, vides-greniers, ventes au déballage et assimilés pour lutter contre la propagation de l’épidémie de covid-19 dans le département de la Loire-Atlantique, étant en vigueur jusqu'au 6 mai, la Brocante de Viarme, initialement prévue du 7 au 9 mai est reportée aux 18, 19 et 20 juin, en accord avec les brocanteurs", a précisé la ville de Nantes le 28 avril.

Des associations dans le rouge avec l'annulation des vide-greniers

Mais il n'y a pas que les professionnels à souffir de cette situation car l'interdiction concerne également les vide-greniers organisés par les particuliers et les associations.

Dans de nombreux cas il s'agit d'une manne financière non négligeable pour le bon fonctionnement de ces structures fragiles économiquement.

D'autant plus en cette période de crise sanitaire où le bénévolat est en baisse et les sources de revenu quasi inexistantes.

Ce dimanche 25 avril par exemple, l'annulation du vide-grenier au complexe sportif de Geneston en Loire-Atlantique est un réel coup dur pour son organisateur, le club de basket Montbert Geneston le Bignon Basket.

© capture d'écran site du club MGBB

"Financièrement ça a des conséquences", explique Gildas Gueneheux, le président du club MGBB. "En recettes on attendait environ 2000 euros, principalement avec la buvette et la restauration prévue".

Pas négligeable en effet pour ce club départemental où évoluent 250 licenciés et dont le budget annuel est de 45000 euros.

D'autant plus vu le contexte sportif où les matchs sont suspendus et la saison terminée.

Le MGBB venait juste d'embaucher un salarié à 35 heures et s'attend en plus à une baisse du nombre de licenciés en raison de l'impossibilité d'organiser des rencontres.

"On avait pas la possibilité d'organiser la restauration donc ce n'était même plus un aspect financier qui me motivait mais surtout la possibilité que les membres du club puissent se voir entre eux" détaille le président du MGBB.

"On se pose beaucoup de questions sur l'avenir du club" souffle Gildas Gueneheux.

Et les brocanteurs, eux, comment voient-ils l'avenir après le déconfinement?

Avec les beaux jours les gens vont-ils avoir envie de décorer leur intérieur plutôt que de se promener à l'extérieur?

Marie et Domnique sont confiants.

"Après chaque déconfinement les gens ont eu envie de se faire plaisir avec de petits objets de déco" souligne Marie.

"On sent déjà un frémissement depuis quelques jours, ca sent le déconfiment! ", conclut Dominique dans un sourire.

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